TEMOIGNAGES D’ANCIENS RESIDENTS

....... EN MOTS

About the MEET experience...

It’s quite subtle, I think, what you get out of residencies as a writer. There are the obvious aspects - that you’re taken out of your usual routines and are set down into a context where the writing ethic prevails. So you have time to reflect and re-assess, as well as to get on with particular projects on which you may be working.

Certainly MEET felt very good in this way. You’re installed in a luminous apartment at the top of a tower block right at the mouth of the Loire, wonderfully sparse and devoid of distractions, with a sense of being quite apart, and entirely alien from life’s everyday. There are great windows and a balcony, the sense of height and space, and there are ships continually passing with the imaginative restlessness they bring, and the tides and the light forever changing on the water.

There is also a strangeness about St. Nazaire. It’s a white, new city along a golden foreshore. Its monuments continually assert a history that is dramatic, alien, tragic. But the combined effect is of a place where life is busily re-inventing and moving on. It feels culturally exciting. Also, here you are quite alone, which is so necessary in the writer’s life. The MEET staff are friendly, helpful, ever-willing - but they are not intrusive, not in minute-by-minute contact with you.

I enjoyed the presentational aspects of the residency - the visits to read or be interviewed in French schools, the readings and lectures to be given in the university in Nantes - they seemed to me opportunities to avail yourself of which was a gift, and I would hope they’re available to many who are invited to MEET. I found the visits to Nantes particularly fascinating, or even troubling. For me with my Huguenot family name, this city after all, through its Edict and the Revocation of that, has profound historical resonance - that you encounter disturbingly even in the atmosphere of the streets. Like the memory of water that flowed there.

Also, intangibly through MEET’s role as a small multi-lingual publishing house, the sense of a world literary community of interest, and one not predicated on fashion or ephemeral values, is strong. To have the opportunity to be published in one of those slim, white-bound, elegant volumes, that so resonate with their home-place, was somehow very moving. As I found the whole experience of being there ; and even now, more than a month away from it, the aroused resonances are still thrumming away as insistently as the engines of those enormous freighters slipping along the tideways in the depths of the glittering night ; which you would hear in your dreams and wake to see gliding there about purposes quite other than your own, inspirationally.
Jim PERRIN

Saint-Nazaire

C’était en 1987. Du dixième étage du Building je pouvais embrasser d’un seul regard les ponts, les écluses, le bunker de la base sous-marine, les quais, les grues, les remorqueurs. Je restais comme ensorcelé par la force de ce paysage de métal, de béton, de vent et de mer. Je me souviens d’une tempête à l’équinoxe d’automne. Des lames d’eau et des bourrasques d’air semblaient vouloir tout emporter. L’univers m’apparut en proie à un tourbillon d’énergie sans limite. Ainsi ai-je trouvé à Saint-Nazaire tout ce dont j’avais besoin pour écrire. La puissance de l’homme, de la civilisation et celle de la nature. Je découvris le jeu colossal des marées, spectacle étourdissant pour qui vient de la Méditerranée. Les bars des dockers, les bars des plus formidables buveurs du monde. En ces lieux j’avais la sensation de laisser émerger une partie enfouie de moi-même. J’écrivais et de nouveaux projets ne cessaient de naître. Je faisais de longues promenades, plus longues encore quand le vent soufflait plus fort. Un jour je me suis demandé avec stupeur comment il pouvait se faire que j’aie désormais un plus grand nombre d’amis à Saint-Nazaire que dans ma propre ville, en Italie.
Giuseppe Conte

À Saint-Nazaire je suis devenu écrivain. Auparavant j’étais un enseignant qui écrivait. Depuis lors, écrivain et rien d’autre.
Je me levais tôt le matin dans ma tour sur l’estuaire et je regardais le ciel de France. Des paquebots et des dragues passaient lentement sous mes yeux et des oiseaux d’argent m’apportaient des lambeaux de poésie. Ces goélands avaient dans leur bec des algues noires : les fils des histoires que des femmes et des hommes avaient abandonnées au bord de la mer pour que quelqu’un les recueille. Les goélands sont les éboueurs de la littérature, les auxiliaires des poètes.
Tandis que ces oiseaux criaient de désespoir et de joie dans le ciel pastel qui changeait de couleur, le vent entamait son concert. Ou plutôt il reprenait haleine, car il n’avait jamais cessé d’annoncer la tempête. Il secouait les grues, balayait les môles du port, soulevait des tourbillons de vieux papiers, menaçait de briser les réverbères, s’engouffrait dans les maisons du Petit Maroc, luttait avec les goélands, tentait d’entrer en hurlant par la porte et les fenêtres de ma tour et m’apportait les filaments noirs des histoires : lacets de chaussures d’homme et cheveux de femmes abandonnées.
Et tout cela dans une sorte de perpétuelle odeur saline que je n’ai respirée qu’à Saint-Nazaire : l’odeur même de la poésie.
Alberto Nessi


Je suis en ce moment en France, à Saint-Nazaire. Je voudrais simplement demander à ce ciel resplendissant, à cet océan qu’il m’est donné de contempler pour quelques jours encore, d’abriter ma terreur.
Reinaldo Arenas
Extrait de Méditations de Saint-Nazaire, meet

Kit de survie pour un étranger en provenance du Mexique.
1.En Bretagne, comme au Mexique, un étranger est un ami.
2. De l’appartement à un phare, il y a une distance, de l’appartement à un autre phare, il y a une autre distance.
3.Les pigeons vous souhaiteront la bienvenue, mais les mouettes protesteront.
4.Quand vous avez perdu le compte des bateaux qui passent, vous pouvez toujours recommencer à zéro.
5.Question de goût, vous pouvez toujours imaginer que les nuages sont du tofu, et le vent pourrait bien être du piment.
6.Un post saint-nazaire est la beauté suprême.
7.Saint-Nazaire est la maison de l’étranger, pas La Baule, ni Le Croisic.
8.Tout le feng-shui est dans le port, la ville en est la triste arrière-cour
Hu Dong
Extrait de la lettre à Ronaldo Menendez qui lui succédait dans l’appartement

À Saint-Nazaire j’ai fini d’écrire deux nouvelles, relu et corrigé une vingtaine de pages d’un ancien manuscrit. Je suis persuadé que ce travail a été possible par l’harmonie des sensations que procure ce lieu calme et en altitude. Je crois aussi en l’énergie laissée par les précédents occupants de cet appartement. Tous ceux qui séjournent dans cette atmosphère particulière ressentent un fantastique élan, entrent dans le cercle et laissent une trace invisible mais permanente.
Ronaldo Menendez.
Extrait de la lettre à Yoko Tawada qui lui succédait dans l’appartement

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