Le fait que je sois descendu dans cet hôtel d’un quartier du nord de la capitale doit répondre à d’autres buts, avoir des raisons plus profondes que le simple désir de changer de lieu. La rive droite de la Seine m’a toujours paru être – comme pour beaucoup de résidents de la rive gauche – un monde lointain, presque une autre ville. Mon lieu de travail, les cafés où j’aime aller, les cinémas et – le plus important – les bibliothèques universitaires sont toutes au sud. Et depuis mon arrivée à Paris j’ai toujours habité le quatorzième arrondissement rue Jean-Dollent puis boulevard Jourdan et, avant de m’installer dans cet hôtel, rue de la Glacière. Si l’on est amené à changer de pays, on s’habitue plus difficilement aux habitants du pays où l’on établit son foyer qu’au quartier où l’on s’installe. Peu à peu l’intérêt dont on n’a pas fait preuve envers le concierge, les voisins, le médecin ou l’artisan du quartier, commence à se porter sur les rues, les tables de café et même les pierres du trottoir.
