Le vélodrome
Le vélodrome survivait aux dimanches. Les spectateurs partis, seules les foules invisibles hantaient les tribunes, s’attardaient, hautaines, avec le vent pour seule plainte. Grosse bête grise endormie dans les broussailles, le vélodrome ne semblait respirer que dans la semaine, une fois rendu à son doux naufrage derrière l’enclos de bois. Au-delà des derniers potagers, le long des jours, il se tenait dans la marge ; le galbe de la piste, tendu sans déborder, soutenait calmement un ciel blanc et lavé par les saisons. Au-dessus, cela donnait simplement la voûte d’un vaste chapiteau prêt à accueillir, exact, le bruissement d’une herbe qui grandit.
Etait-ce là, le domaine ? Personne n’entrait ni ne sortait, autour de la clôture régnait seul un frileux début de lande, avec ses frissons et ses arbustes détroussés par le vent. Un poste de garde abandonné ? Il n’y avait rien à garder, un coup d’œil jeté de dehors vers la vieille tour branlante eût suffit à le révéler – si cela ne fût pas entendu d’avance d’un bout de paysage à l’autre. Non rien à garder.
