Ton père est allé chez le coiffeur, dit maman. Elle a prononcé ces paroles il y a plus de vingt ans.
Une journée du début de l’automne. Il fait chaud, l’été lézarde à la fenêtre étincelante. Ce jour-là, j’imagine, mon père arrange très logiquement comme toujours le col de son habit, il échange quelques mots avec le gardien au sujet de la réparation de la canalisation d’eau, puis, marchant sur des pétales blancs tombés d’un vieux sophora, il débouche tranquillement en plein soleil.
Le commissariat de police a reçu un mandat de recherche, mais au bout de plusieurs jours il n’a toujours pas donné de nouvelles. Alors, maman entreprend ses propres recherches, elle fouille dans tous les endroits suspects, ligne de chemin de fer ou puits. Elle a découvert, j’imagine, un certain nombre de visages inconnus ; les uns ont de jolies boucles d’oreilles, d’autres ont une bouche incrustée de dents dorées, sur d’autres un air de sempiternelle colère envers les voisins est figé ; mais tous lui sont inconnus. C’est une saison où subitement la population diminue, non à cause d’une guerre, ni du fait de la peste, mais par suite du déferlement d’une tempête politique – tempête qui finira par être oubliée, ou dont le souvenir se déformera.
année de publication : 1992
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L’obsession des chaussures
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Building le Bunker
Building
Par une fenêtre ouverte sur le port :
houle de cornemuses et de tambours
comme bruit de cailloux dans une main d’enfant.
Écluse
La rock-musette de la révolution
gronde dans le parc. Les lampions
de l’anarchie sont allumés.
Un tableau d’apparences
et de disparitions s’agite
sur les eaux du lac.
aujourd’hui, le port respire le même calme
qu’une photographie de noirs
peinant dans les docks du passé,
silencieux comme l’herbe dans le vent…
Qu’allons-nous construire maintenant ?
Un pont plus grand encore
allant même jusqu’à Portmouth ?
Qui a besoin de transatlantiques
battant pavillon panaméen et finissant
leurs jours en croisière de luxe
entre Oslo et Kingston ?
À une distance sûre du feu
les chauve souris rapiècent
leur dessin indépendamment du temps
le rêve est ainsi : une danse luisante dans l’obscurité.
Les mains et les pieds alourdis
des pontons dans la chaleur.