… Lorsque le millionnaire Koleff téléphona, j’étais en pleine dépression. Le roman sur l’Allemagne se traînait comme un vers. Ça ne marchait pas et basta. Ce n’est pas que cela puisse me troubler : le problème de l’immortalité ne me tourmente pas particulièrement, mais tout de même…
Marie, enceinte jusqu’aux oreilles, me regardait d’un air compréhensif et déposait chaque matin une bouteille de bière sur mon bureau. Rien n’y faisait. Je m’arrachais les cheveux, froissais des feuilles, distillais une atmosphère de génie : rien ne peut tromper Marie. Elle sait à quoi s’en tenir avec mon âme mystique de slave. Elle est docteur en études slaves. Elle a lu Dostoïevsky, le diable l’emporte.
En réponse, Marie s’asseyait devant son ordinateur et, un instant plus tard, de son coin parvenait « tac-tac-tac-tac… tac-tac-tac-tac… » six heures, sept heures durant ! C’est alors que tout à coup, Koleff téléphone.
année de publication : 1993
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Big business
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Le mensonge
1.
Nous sommes dans le hall d’un vieil hôtel particulier bourgeaois d’avant guerre. Les portes-fenêtres donnant sur la terrasse sont toutes fermées et les volets clos. On ne voit donc pas s’il fait jour ou nuit. L’ingénieur est en trainde lire près d’une lampe allumée. La sonnette retentit. L’ingénieur ne bouge pas. Une nouvelle sonnerie. L’ingénieur écoute avec étonnement. Finalement, il se décide, pose ses lunettes et se lève. En route vers la porte, il entend le troisième coup de sonnette. Il n’y comprend rien.
L’ingénieur : Que se passe-t-il ?
2.
Près de la porte. L’action peut se dérouler également en dehors de la scène. Prudemment, l’ingénieur entrouvre la porte. Derrière se tient une jeune femme séduisante. Elle sourit de façon très avenante. L’ingénieur la regarde avec méfiance.
Catherine : Bonjour, Monsieur
L’ingénieur : Bonjour, Mademoiselle.
Un moment de silence. Tous les deux s’examinent
Vous désirez ?
Catherine : Je voudrais vous parler.
L’ingénieur : Il est arrivé quelque chose ?
Catherine : Non, rien.
L’ingénieur : Alors, pourquoi voulez-vous me parler ?
Catherine : Pas ici.
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L’océan autour de Milan
L’océan là-devant là devant
comme une idée d’aplomb
ou une hémoptysie
dans le plus court intervalle entre les tempes.
Le gris souffre. Le gris n’est pas une couleur
mais un retournement, c’est scruter par terre
l’absolue moitié de toute chose, plier en quatre
les planètes de la fortune
qui nous donnent une limite au fond de la poche,
de même qu’en hiver cette rangée de maisons
signifie marcher côte à côte, être en hiver.