année de publication : 1998

  • Livre pour mon frère

    Livre pour mon frère

    Va

    Pile et essuie la lumière pure.

    Entre dans la lumière pure.

    Elle est là et claque comme un pavois.

    Agenouille-toi.

    Nulle refonte n’est nécessaire.

    Elle est partout, dans l’humide.

    Dans la blanche branchie du fil argenté.

    Il existe un dicton : il te berce.

    Tu peux te faire un petit nez de lumière.

    Qui respirera les bateaux, les tombes et l’air,

    la paroi d’un nous blanc.

    Tomaž ŠALAMUN

  • Chronique sur fond d’estuaire

    Chronique sur fond d’estuaire

    Le Building a quelque chose d’un gigantesque navire ici amarré, que le pont levant n’a pas laissé passer, que le canal n’a pas pu contenir, et qui s’est échoué. Le Building est l’endroit où j’habite et habiterai pendant plus d’un mois ; de grandes et larges fenêtres tiennent lieu de vigies et le sol est stable, mais il garde quelque chose d’un navire éternellement échoué et de son bastingage, l’appui des fenêtres, je ne vois que l’eau, les bouées, les phares, les ponts et une rive lointaine ourlée de lumières quand il fait nuit. Le Building, ici, on l’appelle « Bilding ». C’est au Building que tout commence et – qui peut le dire, du moins pour l’instant ? – que tout doit s’achever ?

    Je n’y avais encore jamais pensé mais, au bout du compte, voyages transatlantiques, paquebots, ports et quais ont fait partie de l’horizon de Muriel quasiment depuis sa naissance.

    Wanda RAMOS

  • Via lasciva

    Via lasciva

    Fleurs salées de Bretagne

    Quand la marée montera comme monte la tension ils sauront l’appâter pour la faire pénétrer dans le continent comme dans une gorge assoiffée, un utérus lascif pour l’aspirer ; l’engloutir, la résorber, – et ils ajouteront de la présure – pour la faire gonfler, fermenter, déborder ils réduiront ainsi en meules de petits grains salés cela qui était jusqu’alors un farouche, indomptable infini de promiscuité.

    l’huile du bas-beurre piétinée par les vagues

    les frêles vrilles de lys

    les traces blanchâtres

    les minéraux dissous, la vapeur odorante l’écume fluide, dents de lait, minces galets de savon, larves et planctons…

    Ils n’ont plus besoin que de cela : le surplus distillé, l’extrait cristallisé – ces minuscules pictogrammes lunaires craquants, superstitieux, vains et capricieux venus de nulle part

    passés par la porte la plus étroite – la main de l’homme – comme l’espoir

    le sel sera imprimé dans les gênes

    dans l’accouplement et le sperme

    dans le plasma et les larmes

    dans le rite et la magie pas seulement pour nourrir et conserver mais aussi pour corroder

    n’étant lui-même que du temps incarné absorbant tout ce qui l’effleure, tout ce qui l’aspire peu à peu jusqu’au bout !

    Katika KULAVKOVA

  • Revue n°2

    Revue n°2

    Sommaire
    Zivko CingoL’incendie
    Vlada UvosevicOvide : l’exil Nerval : la folie
    Bogomil GjuzelLa fin de l’olympiade
    Luan StarovaLes livres de mon père
    Ferid MuhicLa jument de Lord Morton
    Rusomir BogdanovskiLa chambre à coucher
    Katika KulavkovaLe rêve
    Vera CejkovskaBosch
    Saso Gigov-GisL’œil chevaleresque
    Aleksandar ProkopievMutter
    Slobodan MickovicLa mort d’Alexandre
    Dragi MihajlovskiL’incident
    Armonia SomersL’homme de la place
    Marosa Di GiorgioUn conte érotique
    Juan Carlos LegidoPortrait de famille avec chat
    Miguel Angel CampodónicoL’invention du passé
    Ricardo PrietoOù la clarté même ressemble à la nuit sombre
    Juan Carlos MondragónDroit de réponse
    Alfredo Nicolas PelaezJohnny Carter-Chanson de poche-Je voudrai peut-être ta mort
    Viktor PelevineUn monde de cristal
    Paul Louis RossiLe buisson de datura
    Gheorge CraciumComposition aux parallèles inégales
    Jens Smærup SørensenJe te demande
    Arnaldo CalveyraAu silence de la page
    Nedim GürselLe Moustique
    Jabbar Yassin HussinTerre d’oubli