Viande
Bill
On va voler une vache. Le Borgne et moi. On est deux, alors qu’on devrait être trois ou quatre. Cirilo, le Borgne, marche devant, silhouette dégingandée sous une lune laiteuse qui assure son pas le long du sentier. Lui, il s’y connaît, c’est pour ça qu’il m’a dit que nous deux, c’était assez ; traîner une bande d’affamés pour après devoir négocier, non merci. Ça nous fera toujours ça de plus. Moi, non, je ne l’ai jamais fait. Mais c’est connu, on commence par penser aux choses et on finit par y être mêlé.
Ma femme m’a fait promettre que ce serait mon seul coup. Elle m’a dit : À vouloir trop, on risque gros ; avec cette fois, on aura de quoi pendant un moment, et ensuite des jours meilleurs viendront. J’ai dit : Et s’ils ne viennent pas, j’y retourne, Comme ça de temps en temps, on n’est pas pris – le problème, c’est quand on devient accro, comme Cirilo qui est un expert. Elle a rétorqué : Et comment crois-tu qu’on devient un accro ? Tu es critique d’art et traducteur de langues classiques, pas équarisseur. Tu le fais cette fois et tu ne le fais plus, un point c’est tout. Et elle a coupé court à mes arguments.
année de publication : 2013
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Contes cannibales
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Colombes équilibristes
La rambla
Dans la ville saltimbanque,
le renne sur un piédestal
la main coupée dans la bouteille de chloroforme,
et puis les triplé endormis, María, Inés, Eduardo.
Une image pour collectionneurs.
Petites momies inertes dans la grisaille de la fenêtre
couleur qu’ils n’ont guère trouvé mystérieuse
une orange et une bicyclette heureuse.
C’est la ville
énigme, ambrée et violette d’anciennes pénitentes
lieu des vieilles odeurs, avenir incertain des tourtereaux
dans les murs de baisers extravagants
les couples sondent une lune plus éternelle
un rêve qui ne les châtie pas.
Dans les rues alors que les oiseaux butinent les boutons de fleurs
le froid hurle avec fureur et un baiser s’épanouit puis se refuse.