année de publication : 2014

  • Dire la ville

    Dire la ville

    Recueil meeting 2014

    Depuis bientôt trente ans que la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs accueillent à Saint-Nazaire des écrivains de tous les horizons, et que tout autour la ville s’est reconstruite, certains d’entre eux ont choisi de décrire des lieux nazairiens, comme l’écrivain danois Jan Sonnergaard 2, l’argentin Ricardo Piglia 3 ou l’espagnol Enrique Vila-Matas 4. Mais ce que nous imaginons cette année, c’est de rassembler en un recueil avant votre venue des déambulations urbaines un peu partout dans le monde, et que vous acceptiez de consacrer quelques feuillets à une ville qui est la vôtre ou une autre, ville habitée ou parcourue, dont le nom, ou celui d’un quartier, peut-être le titre du texte. (…) Patrick Deville Extrait de la préface

    Sommaire
    Hoda BarakatDire la ville
    François BeauneLes reflets du tourisme sur la ville
    Jabbour DouaihyL’homme au manuscrit
    Juan Gabriel VásquezVers la tombe de Borges
    Santiago GamboaVilles, romans
    Tomás GonzálezIles flottantes
    Laura RestrepoLa ville intérieure
    Minh Tran HuyLa Cité des cités
    Gilles OrtliebFriterie Jacqueline
    Alberto Ruy-SánchezQuatre pas vers Vârânasî
  • Sous pression

    Sous pression

    On nous emmène en première ligne. Partout, boue et brouillard. Je vois à peine le type devant moi. C’est tout juste si on ne se tient pas les uns aux autres par la ceinture pour ne pas se perdre. Autour de nous, des maisons incendiées. La colonne s’étire le long de palissades branlantes. On patauge dans la bouillasse, qui se colle aux bottes en mottes gluantes. Les lignes les plus belles sont celles qu’on prend pour la première fois. Tout a l’attrait du neuf, de l’inhabituel : tout est super-bandant. Surtout quand on prend la ligne de nuit et que le lendemain, à la lumière du jour, on va réaliser qu’on se trouve à la pointe d’un clou. D’un toit tombent des poutres carbonisées qui grésillent dans la boue. Le terrain est très pentu, on crapahute en dérapant dans l’herbe rendue visqueuse par le brouillard. Au premier qui se casse la gueule, la colonne doit s’arrêter et le gars, invariablement, maudit son propre pays et injurie son président. Quand je pense que cette nuit on va devoir dormir à la belle étoile, j’en ai mal au cul. L’orienteur de la police militaire guide la colonne au sommet d’un piton, autant dire un clou.

    Faruk ŠEHIC

  • Capolican

    Capolican

    Cet enfant agit comme les petits de l’ourse : il lèche sa mère au lieu de l’embrasser. Depuis qu’il fait ça, il ne pleure plus. Mais ses yeux sont moins clairs, car un enfant doit pleurer. Alors ses larmes s’assemblent en un petit lac entre les os de son crâne. Et cette eau très doucement salée clapote entre les parois, puis se fige en une fine gelée que l’on peut appeler mercure. Le mercure afflue dans les vaisseaux superficiels qu’il saccage. Il se concentre dans la rate. L’enfant devient dur et lourd comme certains matériaux qui ne flottent pas. Il s’avère acariâtre. Sa mère ne le satisfait plus et il tente de la réduire au silence. Entre la mère et l’enfant commence une guerre longue et douloureuse.

    Pendant qu’ils combattent, les fleurs et les feuilles tombent sur l’herbe qui est brûlée, le vent déterre les racines et les fondations.

    Immédiatement, l’enfant que l’on peut appeler Capolican quitte l’enclos et s’installe dans la deuxième enceinte, un terrain désertique composé de tourbe.

    Eugène SAVITZKAYA

  • Revue n°18 – Bogotá / Beyrouth

    Revue n°18 – Bogotá / Beyrouth

    Sommaire
    Patrick DevilleEditorial
    Présentation de Juan Gabriel VásquezLa danse des genres
    Héctor AbadEmma et Teresa
    Piedad BonnettCe qui n’a pas de nom (extrait)
    Santiago GamboaUne maison à Bogotá
    Tomás GonzálezMiel
    Nahum MonttL’Eskimo et le papillon (extrait)
    Julio ParedesLa. arte de la réalité
    Laura RestrepoHot Sur (extrait)
    Evelio RoseroTrois contes
    Alberto Salcedo RamosMémoires du dernier brave
    Miguel TorresL’incendie d’avril (extrait)
    Présentation de Charif Majdalani
    Elias KhouryLe royaume des étrangers
    Abbas BeydounSept poèmes
    Hoda BarakatLe goût des nèfles
    Hassan DaoudAucun chemin ne mène au paradis
    Jabbour DouaihyRayya-la-rivière (extrait)
    Rabee JaberBeyrouth, ville monde
    Yasmine KlatVous me direz au crépuscule
    Sahar MandouMina
    Rasha al-AtrashSavon