année de publication : 2016

  • L’aventure géographique

    L’aventure géographique

    Recueil meeting 2016

    Claude Lévi-Strauss écrivait il y a soixante ans que le voyage était déjà fini – jugement très excessif sans doute aux yeux des anthropologues et archéologues d’aujourd’hui qui découvrent encore des peuplades inconnues et des civilisations englouties.

    Quant à la littérature de l’Europe, qui depuis toujours se nourrit de l’ailleurs et de l’étranger, s’en va voir là-bas, comment en ce siècle est-elle confrontée à l’apparition de nouvelles barrières dressées devant l’arrivée des migrants, la question n’est pas nouvelle, et Hugo déjà depuis son exil s’élevait contre les frontières : Étranger ? Que signifie ce mot ? Quoi, sur ce rocher j’ai moins de droits que dans ce champ ? Quoi, j’ai passé ce fleuve, ce sentier, cette barrière, cette ligne bleue ou rouge visible seulement sur vos cartes, et les arbres, et les fleurs, le soleil ne me connaissent plus ? Quelle ineptie de prétendre que je suis moins homme sur un point de la terre que sur l’autre !

    Comment vivons-nous, écrivains français, polonais ou italiens, ce terrible déséquilibre, nos si faciles aller-retour partout sur la planète, quand l’aller simple est interdit à tant d’autres ? L’aventure géographique nous est-elle interdite ou, au contraire, devons-nous plus encore continuer d’aller voir là-bas ?

    Sommaire
    Filip SpringerLes pays et sans poussière
    Wojciech NowickiAlbert
    J.A. González SainzL’aventure du voyage vers la tranquillité
    Olga TokarczukFin des voyages
    Mauro CovacichTrieste, aventure géographique de la langue
    Simonetta GreggioGéographies
    Roberto FerrucciComme un paquebot
    Tiziano ScarpaJe suis un chien qui aboie en pleine nuit
  • Parce que

    Parce que

    Le marin a perdu son amour, déjà lentement sombre

    le roi est assis sur son trône, mais son pays est en perdition dans la rue où vole la poussière

    je sors mon mouchoir, inspecte la trame blanche

    les larmes, voiture à cheval sans cocher

    sans roues non plus

    possèdent le vent violent tout chargé de leur peine infinie

    il entre dans l’ombre du printemps

    Wang YIN

  • Écureuils

    Écureuils

    Éphémérides

    Assis sur son banc à bascule, mon oncle Fernando braquait ses impressionnantes jumelles sur le mur d’arbres qui isolaient le jardin et la piscine. Il prenait tant de place sur le banc, qui pouvait accueillir deux personnes, que je devais m’asseoir à côté sur une chaise. Tenir l’énorme étui de cuir et le regarder examiner les arbres n’avait pas pour moi grand intérêt, mais si je lui tenais compagnie et l’écoutais papoter un certain temps, il me prêtait ses jumelles et me laissait inspecter le bois. Le bois ne m’intéressait pas davantage, pas plus que sa vie exubérante et secrète pendant l’été. Ce qui m’intéressait vraiment, c’était de placer des jumelles devant mes yeux et de sentir ma vue s’étirer, presque physiquement, jusqu’aux arbres, de presque la sentir toucher une carte postale sans relief mais grouillante d’écureuils, de moineaux, de faucons et de chevreuils qui sans grande timidité, franchissaient la limite entre ce qui était forêt et ce qui ne l’était plus.

    Felipe TROYA

  • Au Sud de l’équateur

    Au Sud de l’équateur

    regardant l’Atlantique et le ciel, bleu pâle, tandis qu’arrivent et partent les bateaux et que se sont posés un nouveau venu et celle qui l’a précédé, assise sur le balcon avec une tasse de café, j’ai écrit.

    Question

    Comment sous l’odeur du ciel ne pas se fondre

    dans l’immensité d’une soirée malade,

    Journée incrustée dans la rétine du migrant,

    les viscères du cœur chavirent le soleil

    et lui tordent l’estomac incapable d’accueillir

    des temps nouveaux. Moi errant sans but

    ni langue, accroché à mes rêves.

    The Building

    Je me repose sur ce lit où a dormi celle qui m’a précédé rêvant à la pâleur infinie de l’Atlantique et du ciel, je me couche avec l’angoisse de ne pas salir le ciel, cette mer, cet appartement qui a accueilli celle qui m’a précédé, aujourd’hui il a lu celle qui m’a précédé, j’ai écrit en sa fulgurante présence au dixième étage, regardant l’Atlantique et le ciel, bleu pâle, tandis qu’arrivent et partent les bateaux et que se sont posés un nouveau venu et celle qui l’a précédé, assise sur le balcon avec une tasse de café, j’ai écrit sans remords sous la pâleur du ciel et de la mer, celle qui m’a précédé moi toi nouveau venu qui arrives, écris comme elle avant moi, toi qui arrives et es le suivant dans cette Maison des Écrivains de Saint-Nazaire face à l’Atlantique et à l’estuaire de la Loire, j’écris.

    Edwin MADRID

  • Revue n°20 – Venise / Varsovie

    Revue n°20 – Venise / Varsovie

    Sommaire
    Patrick DevilleEditorial
    Présentation de Agnieszka Zuk
    Dorota MaslowskaBien plus que tu ne peux mangerchroniques paraculinaires
    Magdalena TulliLes escarpins italiens
    Wojciech NowickiGreniers
    Olga TokarczukLes livres de Jacób
    Filip SpringerFerment
    Justyna BargielskaNudelman
    Tomasz RózyckiStation 1 : La rencontre
    Marcin SwietlickiOpérationnel sauf avis contraire
    Bozena KeffLa mère et la patrie. Opus
    Piotr SommerDes jours et des nuits
    Présentation de Roberto Ferrucci
    Gianfranco BettinFantasia
    Giovanni MontanaroLivre V
    J.A. González SainzVenise ou l’art d’exposer
    Marco FranzosoClaudia
    Marilia MazzeoAcqua alta
    Mauro CovacichTintorello
    Romolo BugaroÉté
    Simonetta GreggioRivages
    Tiziano ScarpaL’immersion