Étymologie 1
Saint-Nazaire vient de sentir la nasse en moyen français. L’expression date de la fin du XVème siècle, une époque où Saint-Nazaire n’était pas encore une ville à part entière. Les habitants des marais de Brière l’utilisaient péjorativement pour désigner les habitants de Saint-Nazaire.
Ils feraient mieux de commencer par apprendre à sentir une nasse était une insulte couramment et volontiers pratiquée. On voulait dire par là que les habitants de Saint-Nazaire n’y connaissaient rien en poisson, alors qu’ils vivaient au bord de la mer. Au contraire les habitants des marais se considéraient eux-mêmes comme de véritables maîtres pêcheurs.
Étymologie 2
Saint-Nazaire vient du très bas-breton Sainnt et Nassi. Au neuvième siècle de notre ère, des marins bretons, après une errance qui les mena en Méditerranée, alors que vraisemblablement ils souhaitaient aller pêcher la morue en Nord Atlantique, ont ramené à Saint-Nazaire une statue en bois égyptienne, qui fut à tort interprétée comme étant une statue de la Vierge, puisque l’on sait maintenant et grâce à son appendice nasal que ladite statuette n’était autre qu’une reproduction de la Reine Cléopâtre, tombée sans doute aux mains des marins lors du pillage d’un bateau syrien (à ce propos, lire l’intéressant article de J-B. Pontreau sur le pillage et l’arraisonnement des navires comme us et coutumes des marins bretons : Les pirates de Bretagne, la vraie vie des marins-pêcheurs, éditions Printo, pp.214-465, Paris, 2001).
année de publication : 2018
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Chacun s’affole à sa manière
Short noir aux bretelles croisées derrière le dos, chemise blanche, chaussettes blanches et courtes, sandales en cuir marron. Blond, cheveux bouclés. Moi.
Robe blanche à pois bleus, sans manches, au-dessus du genou, sandales en cuir blanc, grande, blonde aux cheveux ondulés, ma mère. Elle.
Ma main dans la sienne. Yeux grands ouverts. Enorme curiosité. Ensuite…
Porte immense toute en fer, gros murs de béton surplombés de fils barbelés. Soldats ou policiers armés. Canicule. Tours verticales bourrées de sentinelles. Des gardes. Eux.
Un grand homme maigre, chauve ou à la tête rasée, vêtu d’un pyjama ou d’une sorte de veste et d’un pantalon de coton rayés. Blême, mon oncle. Lui.
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Revue n°22 – Zurich / Tirana
Sommaire
Présentation de Bernard Comment Metin Arditi Canton de Vaud, le 13 juin Saint-Saphorin, château de Pré-Vigne 10 heures Arno Camenisch Quelque part dans la pampa Nicolas Couchepin Ne plus jamais voir la mer Elisa Shua Dusapin Everland Dorothée Elmiger Et ainsi de suite Yael Inokai La vie telle qu’elle est Alberto Nessi Les enfants de Medellín Fabio Pusterla Procès-verbal des choses non dites Beat Sterchi Sur une butte dans l’Emmental Matthias Zschokke La visites Ardian Marashi La littérature albanaise : une mosaïque mouvementée Ylljet Aliçka Portrait du poète en militant Ridvan Dibra La chartreuse de Parme Bessa Myftiu En attendant… Stefan Capaliku Laisse la porte ouverte (monologue) Agron Tufa Orphi (petit poème) Virion Graçi Les hommes Ernest Koliqi L’hôte Martin Camaj Le fil retrouvé (choix de poèmes) -

Vers l’Europe ?
Recueil meeting 2018
Vers l’Europe ?
Qu’entendons-nous aujourd’hui lorsque nous prononçons le nom de la lointaine princesse phénicienne ?
L’an prochain se tiendront dans vingt-huit pays les élections européennes, lesquelles ne semblent pas susciter l’enthousiasme mais souvent la suspicion, voire l’hostilité, l’oubli du rêve de Hugo un siècle et demie plus tôt, cent soixante-dix ans très exactement, qui appelait à la fondation des États-Unis d’Europe dans son discours au Congrès de la Paix : « Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples ».
C’était après l’échec des révolutions européennes de 1848 durement réprimées. Déjà d’un peu partout des exilés gagnaient la Suisse, sa neutralité, qu’elle n’avait pas choisie, mais qui lui fut imposée au sortir des guerres napoléoniennes. Et malgré le rêve hugolien ç’avaient été plus tard deux guerres mondiales chaque fois déclenchées au cœur de l’Europe, une nouvelle guerre dans les Balkans encore à la toute fin du XXe siècle. Pourtant les votes, en effet, ont remplacé les boulets, la législation de cette partie du monde est l’une des plus avancées en matière de libertés publiques, et en ce mois de septembre 2018, le parlement européen impose le respect du droit d’auteur aux plateformes numériques internationales. Comment les écrivains européens voient-ils aujourd’hui l’Europe ?
Chaque année, la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs met à l’honneur deux littératures, cette année la suisse et l’albanaise, de deux pays peu éloignés, qui sont au centre géographique de l’Europe sans appartenir à son organisation politique et économique, l’un semblant le souhaiter et l’autre non, deux pays entourés de tous côtés par les vingt-huit pays de l’Union, deux pays proches dans l’espace et qui pourtant, pendant la deuxième moitié du XXe siècle, semblaient vivre dans des temps éloignés.
La Suisse, dont la littérature s’est formée par la diversité de ses quatre langues officielles, par une longue tradition d’accueil et de refuge pour les écrivains, depuis Madame de Stael à Coppet et Chateaubriand à Genève, même s’il refusa son ambassade en Valais, James Joyce et Thomas Mann à Zurich et tant d’autres, un pays depuis longtemps ouvert aux progrès humanistes et aux rêves hugoliens, puisque le poète notait dans son journal le 5 juin 1873 : « Les journaux publient ceci : ABOLITION DE LA PEINE DE MORT EN SUISSE. Une lettre de Soleure, datée du 26 mai, contient ce qui suit : ‘Gloire à Victor Hugo ! le 24 mai le Grand Conseil, invoquant l’autorité du grand Victor Hugo, a aboli la peine de mort, à une majorité de 60 voix contre 11. Gloire au grand homme !’ ».
L’autre, l’Albanie, pays d’unité linguistique, sous la dictature communiste d’Enver Hoxda après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, pays longtemps fermé, isolé, n’a définitivement aboli la peine de mort qu’en 2007. C’est à ces écrivains albanais confrontés à l’ouverture européenne et à un nouveau monde éditorial que nous avons posé la question de l’Europe, Ylljet Aliçka, Ridvan Dibra, Stefan Çapaliku, dont la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs édite cette année en version bilingue le roman Chacun s’affole à sa manière, et Bessa Myftiu. Celle-ci, née albanaise, est aujourd’hui genevoise, écrit en français et se traduit en albanais. L’Albanie demeure un pays de grande émigration et la communauté albanaise est l’une des plus considérables de la Suisse.
Le football est un puissant révélateur géopolitique des travers nationalistes. L’équipe d’Albanie n’était pas qualifiée pour la dernière coupe du monde en Russie. Ses meilleurs joueurs, naturalisés suisses, jouaient pour la Confédération. On se souvient du scandale provoqué par ces buteurs mimant avec les mains l’envol de l’aigle albanais lors du match de la Nati contre la Serbie.
Cette question du sentiment européen, nous l’avons encore posée à Jakuta Alikavazovic, auteure française dont l’œuvre est hantée par ce récent passé monstrueux des Balkans, et à Kaouther Adimi, auteure algérienne écrivant elle aussi à Paris, laquelle, dans le texte qu’on découvre ici, rappelle le terrible pacte germanique conclu entre les équipes de football de l’Allemagne et de l’Autriche lors de la coupe du monde de 1982 en Espagne pour évincer l’Algérie.
Quant aux auteurs suisses, le sujet européen est ici abordé par Metin Arditi, d’origine turque, Elisa Shua Dusapin, d’origine coréenne, tous deux écrivains de langue française, par Dorothée Elmiger et Matthias Zschokke de langue allemande, et Alberto Nessi, poète de langue italienne dont la meet a édité en version bilingue le recueil Algues noires il y a quinze ans, en 2003. L’Europe est aussi ce lieu de la curiosité pour les littératures du monde et leur traduction. Au-delà des nationalismes et des populismes toujours menaçants, Nessi, au souvenir d’un poème de Prévert, invoque cette idée de l’universalisme européen : « Il existe une conscience littéraire européenne qui dialogue avec celle des autres continents. Une conscience babélique, qui nous rend frères de tous les autres humains, même de ceux que nous ne connaissons pas. »
Patrick Deville
Sommaire
Kaouther Adimi Je ne suis pas européenne Ylljet Aliçka Des ponts invisibles vers l’Europe Metin Arditi J’aurais tant aimé Jakuta Alikavazovic Ma mélancolie européenne Stefan Çapaliku Effleurer l’Europe, sans jamais l’atteindre Ridvan Dibra Vers l’Europe en costume post-moderne Dorothée Elmiger Sur une chaise en plastique au bord de la Méditerranée Bessa Myftiu Vers l’Europe Alberto Nessi Eau-de-vie Elisa Shua Dusapin Langues au corps Matthias Zschokke Est-ce de la littérature européenne ?
