année de publication : Années 2020

  • Pour les dieux que j’ai connus

    Pour les dieux que j’ai connus

    Poème pour Cells

    un email de Pinky

    m’annonce qu’aujourd’hui

    tu es mourant, si seulement

    c’était juste un mauvais rêve je

    me trouve à Saint-Nazaire dans

    une brasserie qui s’appelle le

    skipper où je bois un petit blanc

    de Loire, la serveuse parle anglais

    avec un accent français très pro

    noncé, ça sonne pas mal

    si seulement c’était juste

    un mauvais rêve je me réveillerais

    avec toi à oakland mais la serveuse

    vient de m’apporter un amuse-bouche

    « for stahteres », un truc vert avec un

    morceau de magret de vanard & une fleur

    ça me rappelle le vers

    de Pound, arsenic

    vert barbouillé sur

    un tissu blanc d’œuf &

    j’avale ça & c’est

    chouette commet tout & si

    seulement c’était juste

    un mauvais rêve (…)

    Garrett CAPLES

  • Estuaire

    Estuaire

    Denise compara les cartes anciennes du livre à un plan récent. Là où maintenant se trouvait le lycée expérimental de Saint-Nazaire était mentionné l’Académie des miracles. Elle prit une photo de la carte, appliqua un filtre à l’image et la partagea. Elle reçut aussitôt quantité de messages et des questions. Elle ne raconta pas très honnêtement comment le livre s’était retrouvé entre ses mains. Ce matin-là, elle était sortie du lycée comme d’habitude. Elle rentrait chez elle quand elle vit une créature étrange adossée à la façade du Grand Café. Denise présuma qu’il s’agissait d’une Vierge en voyant son mateau rouge, son auréole brillante et le cœur sanglant sur sa poitrine. Elle fut un peu plus décontenancée par la couleur verte de sa peau et les tentacules autour du cœur d’où s’échappait une fumée noire. En guise de salut, la Vierge agita une tentacule et se présenta : elle était Marie de l’Étrange.

  • Un sambouk traverse la mer

    Un sambouk traverse la mer

    Scarlette allait en mer. Grande et d’allure statuaire, les jambes fermes, elle portait de grandes bottes en cuir et un ciré noir. Jusque pendant la guerre, après l’évacuation, quand l’estuaire ne faisait qu’éructer des fontaines de soufre. Des pommeaux de douche bouillants crachaient vers le ciel et elle, elle allait en mer. Même quand la ville se changea tout entière en brasier et qu’un feu blanc la dévora. Il y avait de la cendre partout : un voile opaque, en contre-jour, recouvrait les arbres, les maisons, la moindre barque.

    Ubah Cristina ALI FARAH