auteur : Aliçka, Ylljet

  • Vers l’Europe ?

    Vers l’Europe ?

    Recueil meeting 2018

    Vers l’Europe ?

    Qu’entendons-nous aujourd’hui lorsque nous prononçons le nom de la lointaine princesse phénicienne ?

    L’an prochain se tiendront dans vingt-huit pays les élections européennes, lesquelles ne semblent pas susciter l’enthousiasme mais souvent la suspicion, voire l’hostilité, l’oubli du rêve de Hugo un siècle et demie plus tôt, cent soixante-dix ans très exactement, qui appelait à la fondation des États-Unis d’Europe dans son discours au Congrès de la Paix : « Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples ».

    C’était après l’échec des révolutions européennes de 1848 durement réprimées. Déjà d’un peu partout des exilés gagnaient la Suisse, sa neutralité, qu’elle n’avait pas choisie, mais qui lui fut imposée au sortir des guerres napoléoniennes. Et malgré le rêve hugolien ç’avaient été plus tard deux guerres mondiales chaque fois déclenchées au cœur de l’Europe, une nouvelle guerre dans les Balkans encore à la toute fin du XXe siècle. Pourtant les votes, en effet, ont remplacé les boulets, la législation de cette partie du monde est l’une des plus avancées en matière de libertés publiques, et en ce mois de septembre 2018, le parlement européen impose le respect du droit d’auteur aux plateformes numériques internationales. Comment les écrivains européens voient-ils aujourd’hui l’Europe ?

    Chaque année, la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs met à l’honneur deux littératures, cette année la suisse et l’albanaise, de deux pays peu éloignés, qui sont au centre géographique de l’Europe sans appartenir à son organisation politique et économique, l’un semblant le souhaiter et l’autre non, deux pays entourés de tous côtés par les vingt-huit pays de l’Union, deux pays proches dans l’espace et qui pourtant, pendant la deuxième moitié du XXe siècle, semblaient vivre dans des temps  éloignés.

    La Suisse, dont la littérature s’est formée par la diversité de ses quatre langues officielles, par une longue tradition d’accueil et de refuge pour les écrivains, depuis Madame de Stael à Coppet et Chateaubriand à Genève, même s’il refusa son ambassade en Valais, James Joyce et Thomas Mann à Zurich et tant d’autres, un pays depuis longtemps ouvert aux progrès humanistes et aux rêves hugoliens, puisque le poète notait dans son journal le 5 juin 1873 : « Les journaux publient ceci : ABOLITION DE LA PEINE DE MORT EN SUISSE. Une lettre de Soleure, datée du 26 mai, contient ce qui suit : ‘Gloire à Victor Hugo ! le 24 mai le Grand Conseil, invoquant l’autorité du grand Victor Hugo, a aboli la peine de mort, à une majorité de 60 voix contre 11. Gloire au grand homme !’ ».

    L’autre, l’Albanie, pays d’unité linguistique, sous la dictature communiste d’Enver Hoxda après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, pays longtemps fermé, isolé, n’a définitivement aboli la peine de mort qu’en 2007. C’est à ces écrivains albanais confrontés à l’ouverture européenne et à un nouveau monde éditorial que nous avons posé la question de l’Europe, Ylljet Aliçka, Ridvan Dibra, Stefan Çapaliku, dont la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs édite cette année en version bilingue le roman Chacun s’affole à sa manière, et Bessa Myftiu. Celle-ci, née albanaise, est aujourd’hui genevoise, écrit en français et se traduit en albanais. L’Albanie demeure un pays de grande émigration et la communauté albanaise est l’une des plus considérables de la Suisse.

    Le football est un puissant révélateur géopolitique des travers nationalistes. L’équipe d’Albanie n’était pas qualifiée pour la dernière coupe du monde en Russie. Ses meilleurs joueurs, naturalisés suisses, jouaient pour la Confédération. On se souvient du scandale provoqué par ces buteurs mimant avec les mains l’envol de l’aigle albanais lors du match de la Nati contre la Serbie.

    Cette question du sentiment européen, nous l’avons encore posée à Jakuta Alikavazovic, auteure française dont l’œuvre est hantée par ce récent passé monstrueux des Balkans, et à Kaouther Adimi, auteure algérienne écrivant elle aussi à Paris, laquelle, dans le texte qu’on découvre ici, rappelle le terrible pacte germanique conclu entre les équipes de football de l’Allemagne et de l’Autriche lors de la coupe du monde de 1982 en Espagne pour évincer l’Algérie.

    Quant aux auteurs suisses, le sujet européen est ici abordé par Metin Arditi, d’origine turque, Elisa Shua Dusapin, d’origine coréenne, tous deux écrivains de langue française, par Dorothée Elmiger et Matthias Zschokke de langue allemande, et Alberto Nessi, poète de langue italienne dont la meet a édité en version bilingue le recueil Algues noires il y a quinze ans, en 2003. L’Europe est aussi ce lieu de la curiosité pour les littératures du monde et leur traduction. Au-delà des nationalismes et des populismes toujours menaçants, Nessi, au souvenir d’un poème de Prévert, invoque cette idée de l’universalisme européen : « Il existe une conscience littéraire européenne qui dialogue avec celle des autres continents. Une conscience babélique, qui nous rend frères de tous les autres humains, même de ceux que nous ne connaissons pas. »

    Patrick Deville

    Sommaire
    Kaouther AdimiJe ne suis pas européenne
    Ylljet AliçkaDes ponts invisibles vers l’Europe
    Metin ArditiJ’aurais tant aimé
    Jakuta AlikavazovicMa mélancolie européenne
    Stefan ÇapalikuEffleurer l’Europe, sans jamais l’atteindre
    Ridvan DibraVers l’Europe en costume post-moderne
    Dorothée ElmigerSur une chaise en plastique au bord de la Méditerranée
    Bessa MyftiuVers l’Europe
    Alberto NessiEau-de-vie
    Elisa Shua DusapinLangues au corps
    Matthias ZschokkeEst-ce de la littérature européenne ?

  • Revue n°22 – Zurich / Tirana

    Revue n°22 – Zurich / Tirana

    Sommaire
    Présentation de Bernard Comment
    Metin ArditiCanton de Vaud, le 13 juin Saint-Saphorin, château de Pré-Vigne 10 heures
    Arno CamenischQuelque part dans la pampa
    Nicolas CouchepinNe plus jamais voir la mer
    Elisa Shua DusapinEverland
    Dorothée ElmigerEt ainsi de suite
    Yael InokaiLa vie telle qu’elle est
    Alberto NessiLes enfants de Medellín
    Fabio PusterlaProcès-verbal des choses non dites
    Beat SterchiSur une butte dans l’Emmental
    Matthias ZschokkeLa visites
    Ardian MarashiLa littérature albanaise : une mosaïque mouvementée
    Ylljet AliçkaPortrait du poète en militant
    Ridvan DibraLa chartreuse de Parme
    Bessa MyftiuEn attendant…
    Stefan CapalikuLaisse la porte ouverte (monologue)
    Agron TufaOrphi (petit poème)
    Virion GraçiLes hommes
    Ernest KoliqiL’hôte
    Martin CamajLe fil retrouvé (choix de poèmes)

  • Meeting 2018

    Meeting 2018

    Meeting 2018

    La seizième édition du festival Meeting s’est tenue en novembre 2018 entre Saint-Nazaire et Paris. Retrouvez en intégralité les captations de l’ensemble des rencontres nazairiennes.

    Festival de littérature Meeting 2018

    Qu’entendons-nous aujourd’hui lorsque nous prononçons le nom de la lointaine princesse phénicienne ?

    L’an prochain se tiendront dans vingt-huit pays les élections européennes, lesquelles ne semblent pas susciter l’enthousiasme mais souvent la suspicion, voire l’hostilité, l’oubli du rêve de Hugo un siècle et demie plus tôt, cent soixante-dix ans très exactement, qui appelait à la fondation des États-Unis d’Europe dans son discours au Congrès de la Paix : « Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples ».

    C’était après l’échec des révolutions européennes de 1848 durement réprimées. Déjà d’un peu partout des exilés gagnaient la Suisse, sa neutralité, qu’elle n’avait pas choisie, mais qui lui fut imposée au sortir des guerres napoléoniennes. Et malgré le rêve hugolien ç’avaient été plus tard deux guerres mondiales chaque fois déclenchées au cœur de l’Europe, une nouvelle guerre dans les Balkans encore à la toute fin du XXe siècle. Pourtant les votes, en effet, ont remplacé les boulets, la législation de cette partie du monde est l’une des plus avancées en matière de libertés publiques, et en ce mois de septembre 2018, le parlement européen impose le respect du droit d’auteur aux plateformes numériques internationales. Comment les écrivains européens voient-ils aujourd’hui l’Europe ?

    Patrick Deville



    Kaouther Adimi (Algérie)
    Metin Arditi (Suisse)
    Ylljet Aliçka (Albanie)
    Jakuta Alikavazovic (France)
    Robert Bober (France)
    Stefan Çapaliku (Albanie)
    Bernard Comment (France/Suisse)
    Ridvan Dibra (Albanie)
    Elisa Shua Dusapin (Suisse)
    Dorothée Elmiger (Suisse)
    Asli Erdogan (Turquie)
    Matthieu Mégevand (Suisse)
    Bessa Myftiu (Albanie)
    Alberto Nessi (Suisse)
    Elsa Osorio (Argentine)
    Noëlle Revaz (Suisse)
    Jean Rolin (France)
    Maurizio Serra (France)
    Ognjen Spahic (Monténégro)
    Michael Stauffer (Suisse)
    Karla Suárez (Cuba)
    Matthias Zschokke (Suisse)
    Littérature albanaise contemporaine
    Ylljet Aliçka, Stefan Çapaliku, Ridvan Dibra, Bessa Myftiu
    – 15/11/2018 – Médiathèque Etienne Caux
    Vers l’Europe ?
    L’une est cubaine, l’autre est argentine, toutes les deux sont venues en résidence à Saint-Nazaire : Karla Suarez et Elsa Osorio
    – 16/11/2018 – Alvéole 12
    Vers l’Europe ?
    La Suisse et sa diversité linguistique Dorothée Elmiger et Alberto Nessi
    – 16/11/2018 – Alvéole 12
    Conférence de Bernard Comment – Edelschweiz
    – 17/11/2018 – Alvéole 12
    La littérature suisse est-elle une littérature européenne à elle toute seule ?
    Elisa Shua Dusapin, Metin Arditi, Matthias Zschokke
    – 17/11/2018 – Alvéole 12
    Remise des Prix Laure Bataillon et Bernard Hœpffner
    – 17/11/2018 – Alvéole 12
    L’appel de Saint-Nazaire littéraire Bernard Comment et Patrick Deville
    – 17/11/2018 – Alvéole 12
    Écrire et publier à Saint-Nazaire
    – 17/11/2018 – Alvéole 12
    Vers une littérature européenne ?
    – 17/11/2018 – Alvéole 12
    Écrire à Saint-Nazaire
    – 17 /11/2018 – Alvéole 12
    Jean Rolin et Patrick Deville : une littérature nazairienne et mondiale
    – 18/11/2018 – Alvéole 12
    La poésie européenne de l’entre deux guerres
    – 18/11/2018 – Alvéole 12
    Vers l’Europe ?
    Trois regards sur les convulsions européennes : Asli Erdogan, Kaouther Adimi et Jakuta
    – 18/11/2018 – Alvéole 12
    Écrire ailleurs : Karla Suarez et Elisa Shua Dusapin
    – 18/11/2018 – Alvéole 12