Et pourquoi, après cette période souvent un peu euphorique qui suit l’achèvement d’un livre, grimpe-t-on à nouveau à l’échelle du plongeoir, se hasarde-t-on à l’extrémité du tremplin oscillant, sans même distinguer si la piscine est remplie ? D’où viennent les livres, ceux qu’on écrit, parmi tous ceux auxquels on rêve pendant quelques secondes, quelques mois ou quelques années avant de jeter l’éponge ? (…) Patrick Deville – Extrait de la préface
On glissait autrefois un manuscrit dans une grande enveloppe oblitérée, sur laquelle on inscrivait l’adresse de l’éditeur dont les livres au catalogue vous avait le plus bouleversé, dans lequel on rêvait de figurer. On attendait. Un courrier ou un appel téléphonique, un jour, après que, depuis des mois ou des années, vous écriviez dans la solitude, faisait de vous un écrivain. Un éditeur vous adoubait.
Si cette pratique postale n’a pas disparu, d’autres procédures apparaissent. En France, des universités créent des formations à la création littéraire, des maisons d’édition proposent aussi des cours ou ateliers afin de trouver de nouveaux auteurs. C’est aussi le cas au Pays-Bas. L’idée nous est venue de demander à des écrivains éparpillés dans l’espace et le temps, de plusieurs pays et de plusieurs générations, de revenir sur ce moment, capital, de leur première rencontre avec leur premier éditeur, l’histoire de leur première publication.
Ce recueil rassemble les contributions d’écrivains hollandais et marocains, représentants de ces deux littératures mises à l’honneur cette année par la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs, d’autres aussi, de France ou d’Italie, du Chili. Tous viennent en ce mois de novembre à Saint-Nazaire et à Paris se rencontrer, rencontrer les lecteurs, présenter leurs livres, s’interroger sur les changements en cours dans l’édition, la librairie, la critique, et dans leur propre activité, si curieuse, d’écrire des livres et de les publier.
Patrick Deville
Sommaire
Mohamed Berrada
Plus qu’un premier livre, plus qu’un éditeur
Jean-Marie Blas de Roblès
Double détente
Yasmine Chami
Corps de papier
Julia Deck
Place des fêtes
Youssef Fadel
Le barbier de Casablanca
Saskia Goldschmidt
Un nectar noir comme du jais
Liza Ginzburg
Répondre des voix : un engagement
Jalal El Hamaoui
Le poète en situation de hors-jeu
Toine Heijmans
La Planète Littérature
Latifa Labsir
Juste un désir
Samy Langeraert
Un doute absurde
David Lopez
École
Inge Schilperoord
Pinceuse d’âmes écrivaine ou écrivaine pinceuse d’âmes
Luis Sepulveda
Le jour où Indiana Jones n’est pas arrivé gare Montparnasse
En novembre 2005 les rencontres littéraires internationales n’étaient pas encore filmées.
Comment est-ce qu’on s’y met finalement ?
Et pourquoi, après cette période souvent un peu euphorique qui suit l’achèvement d’un livre, grimpe-t-on à nouveau à l’échelle du plongeoir, se hasarde-t-on à l’extrémité du tremplin oscillant, sans même distinguer si la piscine est remplie ? D’où viennent les livres, ceux qu’on écrit, parmi tous ceux auxquels on rêve pendant quelques secondes, quelques mois ou quelques années avant de jeter l’éponge ? (…) Patrick Deville
Extrait de la préface du recueil L’invention du livre, meet 2005
La dix-septième édition du festival Meeting s’est tenue en novembre 2019 entre Saint-Nazaire et Paris. Retrouvez en intégralité les captations de l’ensemble des rencontres nazairiennes.
Parce qu’au début, pendant une période plus ou moins longue, on écrit sans être écrivain : c’est le premier éditeur qui, en quelque sorte, adoube et confère ce titre.
Ces parcours sont divers dans leur disparité géographique et historique. Alors qu’en France, le parcours classique était autrefois seulement postal : l’envoi du manuscrit, l’attente de la réponse, parfois une lettre de refus et parfois un appel téléphonique ou un télégramme, méthodes et manières semblent avoir changé. Nous avons demandé à dix-huit écrivains d’origines, de générations différentes de nous raconter comment pour eux ça a commencé.