auteur : S

  • Le cadavre rejeté par la mer à Saint-Nazaire

    Le cadavre rejeté par la mer à Saint-Nazaire

    Il pleuviote. Quelqu’un me heurte avec un « oh ! Pardon, monsieur » puis disparaît en direction de l’escalier. Je n’ai pas la moindre idée de comment j’ai réussi à venir jusqu’ici depuis Paris. La gare est presque vide et peu de temps après, le train est reparti pour La Baule et Le Croisic, je suis seul sur le long quai en béton. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment j’ai réussi à venir jusqu’ici. Je ne me rappelle même plus comment j’ai fait pour descendre du train, ni comment je me suis rendu compte que j’étais arrivé. Il y a des absences. Je n’ai pas le moindre souvenir non plus de mon arrivée à Paris. Je me rappelle par contre très bien d’autres choses. Mais je préfère ne pas, en règle générale j’arrive à contenir ces images. L’une d’elles me vient à présent, alors je prends le sac oblong en nylon brun et me hâte vers la sortie pendant que je focalise sur quelque chose de concret, quelque chose de différent. Si seulement le sac avait été plus lourd. Si seulement j’avais apporté plus d’affaires. Ce n’est pas une valise, plutôt un sac de sport. Il n’y a pour ainsi dire rien dedans. Ridicule.

    Jan SONNERGAARD

  • Lettre d’un corps étranger

    Lettre d’un corps étranger

    « Votre ville a du souffle ». Elle s’est levée comme dans une intense inspiration à pleins poumons.

    Mais a-t-elle ensuite essayé de retenir son souffle ? A-t-elle essayé de faire entrer de plus en plus d’air, au risque d’éclater – devenant de plus en plus bleue. À présent au bord de l’évanouissement ?

    Ou bien, obéissant à la logique de cette image, s’est-elle vue contrainte d’expirer et s’est-elle même permis de le faire ? Bien sûr pour faire de la place à une nouvelle inspiration plus vivifiante – plus calme peut-être, mais néanmoins plus sereine, aux poumons fortement développés par ce premier essai d’énergie.

    Acceptez-vous la logique de cette image ? Cette logique même tourmentée ?

    Les images et leur logique (tourmentée) sont mes instruments propres. Comme le couteau et la viande sont ceux du boucher.

    Jens SAMERUP SØRENSEN