La nuit tombait. Nous avions fini de jouer, tout le monde regagnait en hâte sa maison et moi, en sueur, je rentrais chez mes grands-parents quand j’entendis éclater des cris violents. Je vis au loin, sous la tache de lumière du réverbère le plus proche du stade, une foule qui se déplaçait en tous sens, d’un côté et de l’autre, dans l’obscurité environnante, devant la maison des Cenrenoi, des Ibarra et des Dainsy. C’est un endroit chaud. Il s’y passait toujours quelque chose, quelque chose de furtif, qui avait à coup sûr à voir avec le vieux Ibarra, mince comme un jonc, sec et ridé, qui semblait indestructible. Il était rebouteux ; les gens entraient et sortaient de chez lui, bras ou jambes déboités, cassés ou tordus, ce qui rendait tout naturel ce va-et-vient d’hommes pressés. En entendant et voyant cette agitation, curieux, je décidai de m’approcher, saisi d’un mauvais pressentiment, avec mes sandales bruyantes, trop grandes pour moi, et avec mon tee-shirt froissé et mouillé à la main.
Mario CAMPANA
