Apparemment l’acte d’écrire en Amérique latine se produit plus ou moins consciemment sous l’effet d’une double malédiction, le sous-développement et l’exotisme. Nous ne sommes pas européens, mais nous avons été « découverts » (mis sur la carte de l’Occident) par les Européens. Très longtemps, l’Amérique latine fut pour l’Europe cette contrée magique et sauvage où l’on pouvait encore admirer des animaux mythologiques, des paysages éblouissants, des fontaines de jouvence, de hommes qui marchaient la tête sous le bras (une preuve de plus qu’ils ne s’en servaient pas), et qui se protégeaient du soleil avec un pied gigantesque qu’ils soulevaient et déployaient à la façon d’une ombrelle ou d’une bâche.
