Fleurs salées de Bretagne
Quand la marée montera comme monte la tension ils sauront l’appâter pour la faire pénétrer dans le continent comme dans une gorge assoiffée, un utérus lascif pour l’aspirer ; l’engloutir, la résorber, – et ils ajouteront de la présure – pour la faire gonfler, fermenter, déborder ils réduiront ainsi en meules de petits grains salés cela qui était jusqu’alors un farouche, indomptable infini de promiscuité.
l’huile du bas-beurre piétinée par les vagues
les frêles vrilles de lys
les traces blanchâtres
les minéraux dissous, la vapeur odorante l’écume fluide, dents de lait, minces galets de savon, larves et planctons…
Ils n’ont plus besoin que de cela : le surplus distillé, l’extrait cristallisé – ces minuscules pictogrammes lunaires craquants, superstitieux, vains et capricieux venus de nulle part
passés par la porte la plus étroite – la main de l’homme – comme l’espoir
le sel sera imprimé dans les gênes
dans l’accouplement et le sperme
dans le plasma et les larmes
dans le rite et la magie pas seulement pour nourrir et conserver mais aussi pour corroder
n’étant lui-même que du temps incarné absorbant tout ce qui l’effleure, tout ce qui l’aspire peu à peu jusqu’au bout !
