traducteur : Poulsen, Karl Ejby

  • Le cadavre rejeté par la mer à Saint-Nazaire

    Le cadavre rejeté par la mer à Saint-Nazaire

    Il pleuviote. Quelqu’un me heurte avec un « oh ! Pardon, monsieur » puis disparaît en direction de l’escalier. Je n’ai pas la moindre idée de comment j’ai réussi à venir jusqu’ici depuis Paris. La gare est presque vide et peu de temps après, le train est reparti pour La Baule et Le Croisic, je suis seul sur le long quai en béton. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment j’ai réussi à venir jusqu’ici. Je ne me rappelle même plus comment j’ai fait pour descendre du train, ni comment je me suis rendu compte que j’étais arrivé. Il y a des absences. Je n’ai pas le moindre souvenir non plus de mon arrivée à Paris. Je me rappelle par contre très bien d’autres choses. Mais je préfère ne pas, en règle générale j’arrive à contenir ces images. L’une d’elles me vient à présent, alors je prends le sac oblong en nylon brun et me hâte vers la sortie pendant que je focalise sur quelque chose de concret, quelque chose de différent. Si seulement le sac avait été plus lourd. Si seulement j’avais apporté plus d’affaires. Ce n’est pas une valise, plutôt un sac de sport. Il n’y a pour ainsi dire rien dedans. Ridicule.

    Jan SONNERGAARD

  • Lettre d’un corps étranger

    Lettre d’un corps étranger

    « Votre ville a du souffle ». Elle s’est levée comme dans une intense inspiration à pleins poumons.

    Mais a-t-elle ensuite essayé de retenir son souffle ? A-t-elle essayé de faire entrer de plus en plus d’air, au risque d’éclater – devenant de plus en plus bleue. À présent au bord de l’évanouissement ?

    Ou bien, obéissant à la logique de cette image, s’est-elle vue contrainte d’expirer et s’est-elle même permis de le faire ? Bien sûr pour faire de la place à une nouvelle inspiration plus vivifiante – plus calme peut-être, mais néanmoins plus sereine, aux poumons fortement développés par ce premier essai d’énergie.

    Acceptez-vous la logique de cette image ? Cette logique même tourmentée ?

    Les images et leur logique (tourmentée) sont mes instruments propres. Comme le couteau et la viande sont ceux du boucher.

    Jens SAMERUP SØRENSEN

  • Building le Bunker

    Building le Bunker

    Building

    Par une fenêtre ouverte sur le port :

    houle de cornemuses et de tambours

    comme bruit de cailloux dans une main d’enfant.

    Écluse

    La rock-musette de la révolution

    gronde dans le parc. Les lampions

    de l’anarchie sont allumés.

    Un tableau d’apparences

    et de disparitions s’agite

    sur les eaux du lac.

    aujourd’hui, le port respire le même calme

    qu’une photographie de noirs

    peinant dans les docks du passé,

    silencieux comme l’herbe dans le vent…

    Qu’allons-nous construire maintenant ?

    Un pont plus grand encore

    allant même jusqu’à Portmouth ?

    Qui a besoin de transatlantiques

    battant pavillon panaméen et finissant

    leurs jours en croisière de luxe

    entre Oslo et Kingston ?

    À une distance sûre du feu

    les chauve souris rapiècent

    leur dessin indépendamment du temps

    le rêve est ainsi : une danse luisante dans l’obscurité.

    Les mains et les pieds alourdis

    des pontons dans la chaleur.

    Peter LAUGESEN

  • Revue n° 13 – Madrid / Copenhague

    Revue n° 13 – Madrid / Copenhague

    Sommaire
    Patrick DevilleEditorial
    Karl Ejby PoulsenLet’s meet again
    Jan SonnergaardC’est dur d’être bailli quand votre femme est préfet
    Ursula Ankjær OlsenAtlas des trous du monde
    Jens Smærup SørensenMots tu es
    Jørgen SonneJour
    Katrine Marie Guldagerrreport
    Susanne JornMains de rêve
    Naja Marie AidtDimanche
    Peter LaugesenTout seul dans le monde et hype comme diable
    Morten SøndergaardVade-mecum
    Pia TafdrupLes chevaux de Tarkovski
    Thomas ThøfnerLes atomes de l’âme
    José Manuel FajardoUne norme : la diversité
    Rosa MonteroLa folle du logis
    José Carlos SomozaClara et la pénombre
    Belén GopeguiL’échelle des cartes
    Cristina Fernández CubasL’horloge de Bagdad
    Enrique Vila-MatasImpressions de Saint-Nazaire
    Ignacio Martínez de PisónLes nocturnes
    Bernardo AtxagaÉcrire un conte en cinq minutes
    Manuel RivasL’immense cimetière de La Havane
    Miquel de PalolHistoire du grand vérificateur
    José OvejeroElle dansait le tango

  • Revue n°2

    Revue n°2

    Sommaire
    Zivko CingoL’incendie
    Vlada UvosevicOvide : l’exil Nerval : la folie
    Bogomil GjuzelLa fin de l’olympiade
    Luan StarovaLes livres de mon père
    Ferid MuhicLa jument de Lord Morton
    Rusomir BogdanovskiLa chambre à coucher
    Katika KulavkovaLe rêve
    Vera CejkovskaBosch
    Saso Gigov-GisL’œil chevaleresque
    Aleksandar ProkopievMutter
    Slobodan MickovicLa mort d’Alexandre
    Dragi MihajlovskiL’incident
    Armonia SomersL’homme de la place
    Marosa Di GiorgioUn conte érotique
    Juan Carlos LegidoPortrait de famille avec chat
    Miguel Angel CampodónicoL’invention du passé
    Ricardo PrietoOù la clarté même ressemble à la nuit sombre
    Juan Carlos MondragónDroit de réponse
    Alfredo Nicolas PelaezJohnny Carter-Chanson de poche-Je voudrai peut-être ta mort
    Viktor PelevineUn monde de cristal
    Paul Louis RossiLe buisson de datura
    Gheorge CraciumComposition aux parallèles inégales
    Jens Smærup SørensenJe te demande
    Arnaldo CalveyraAu silence de la page
    Nedim GürselLe Moustique
    Jabbar Yassin HussinTerre d’oubli

  • Se donner un genre

    Se donner un genre

    Recueil meeting 2009

    Où en sommes-nous, dans ce XXIème siècle déjà bien engagé, des « genre littéraires » ? Les distinctions du « roman », du « récit », du « poème », de la « nouvelle » sont-elles encore valides ? « Personnages fictifs dans une action fictive » : définition a minima du roman selon Claude Simon. C’est en effet le seul dénominateur commun à la Princesse de Clèves et à Ulysse de Joyce. Mais il est sans doute possible d’écrire des romans sans fiction aucune. Pensons aux deux derniers livres de Jean Echenoz, qui ne ressortissent bien évidemment pas à l’entreprise biographique.

    Poser cette question aujourd’hui en France n’a de sens qu’en y associant des écrivains étrangers. La nomenclature des « genres littéraires » entretient un lien profond avec l’histoire de chaque littérature, et la « short story » n’est pas exactement le « cuento » comme celui-ci n’est pas exactement la « nouvelle ». Et que dire de ce genre majeur et si particulier de la « chronique » au Mexique ?

    Plusieurs écrivains invités cette année à Saint-Nazaire ont accepté d’aborder dans ces pages, chacun à sa manière, le rapport qu’il entretient avec les genres littéraires, et le critique Norbert Czarny a bien voulu lancer ce débat, que nous reprendrons ensuite en public.

    Préface de Patrick Deville.

    Sommaire
    Norbert CzarnyUne gêne certaine à l’égard des genres
    John BurnsideÀ propos du genre
    Jacques DarrasQu’est-ce qu’un « roman chanté compté ?« 
    Asli ErdoganDans le silence de la vie
    Jens Christian GrøndahlLe « moi » traduit
    Yvon Le MenVous êtes dans le poème ?
    José Ángel MañasÀ propos de genres, concepts et romans
    Rosa MonteroDu genre traditionnel au bric à brac
    Marius Daniel PopescuLa baleine qui mange de la luzerne industrielle
    Juana SalabertJe suis roman
    Pierre SengesGenre, espèce
    Jens Smærup SørensenLe petit saut
    Yoko TawadaPlume et renard