Il pleuviote. Quelqu’un me heurte avec un « oh ! Pardon, monsieur » puis disparaît en direction de l’escalier. Je n’ai pas la moindre idée de comment j’ai réussi à venir jusqu’ici depuis Paris. La gare est presque vide et peu de temps après, le train est reparti pour La Baule et Le Croisic, je suis seul sur le long quai en béton. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment j’ai réussi à venir jusqu’ici. Je ne me rappelle même plus comment j’ai fait pour descendre du train, ni comment je me suis rendu compte que j’étais arrivé. Il y a des absences. Je n’ai pas le moindre souvenir non plus de mon arrivée à Paris. Je me rappelle par contre très bien d’autres choses. Mais je préfère ne pas, en règle générale j’arrive à contenir ces images. L’une d’elles me vient à présent, alors je prends le sac oblong en nylon brun et me hâte vers la sortie pendant que je focalise sur quelque chose de concret, quelque chose de différent. Si seulement le sac avait été plus lourd. Si seulement j’avais apporté plus d’affaires. Ce n’est pas une valise, plutôt un sac de sport. Il n’y a pour ainsi dire rien dedans. Ridicule.
traducteur : Poulsen, Karl Ejby
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Le cadavre rejeté par la mer à Saint-Nazaire
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Lettre d’un corps étranger
« Votre ville a du souffle ». Elle s’est levée comme dans une intense inspiration à pleins poumons.
Mais a-t-elle ensuite essayé de retenir son souffle ? A-t-elle essayé de faire entrer de plus en plus d’air, au risque d’éclater – devenant de plus en plus bleue. À présent au bord de l’évanouissement ?
Ou bien, obéissant à la logique de cette image, s’est-elle vue contrainte d’expirer et s’est-elle même permis de le faire ? Bien sûr pour faire de la place à une nouvelle inspiration plus vivifiante – plus calme peut-être, mais néanmoins plus sereine, aux poumons fortement développés par ce premier essai d’énergie.
Acceptez-vous la logique de cette image ? Cette logique même tourmentée ?
Les images et leur logique (tourmentée) sont mes instruments propres. Comme le couteau et la viande sont ceux du boucher.
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Building le Bunker
Building
Par une fenêtre ouverte sur le port :
houle de cornemuses et de tambours
comme bruit de cailloux dans une main d’enfant.
Écluse
La rock-musette de la révolution
gronde dans le parc. Les lampions
de l’anarchie sont allumés.
Un tableau d’apparences
et de disparitions s’agite
sur les eaux du lac.
aujourd’hui, le port respire le même calme
qu’une photographie de noirs
peinant dans les docks du passé,
silencieux comme l’herbe dans le vent…
Qu’allons-nous construire maintenant ?
Un pont plus grand encore
allant même jusqu’à Portmouth ?
Qui a besoin de transatlantiques
battant pavillon panaméen et finissant
leurs jours en croisière de luxe
entre Oslo et Kingston ?
À une distance sûre du feu
les chauve souris rapiècent
leur dessin indépendamment du temps
le rêve est ainsi : une danse luisante dans l’obscurité.
Les mains et les pieds alourdis
des pontons dans la chaleur.
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Revue n° 13 – Madrid / Copenhague
Sommaire
Patrick Deville Editorial Karl Ejby Poulsen Let’s meet again Jan Sonnergaard C’est dur d’être bailli quand votre femme est préfet Ursula Ankjær Olsen Atlas des trous du monde Jens Smærup Sørensen Mots tu es Jørgen Sonne Jour Katrine Marie Guldager Nørreport Susanne Jorn Mains de rêve Naja Marie Aidt Dimanche Peter Laugesen Tout seul dans le monde et hype comme diable Morten Søndergaard Vade-mecum Pia Tafdrup Les chevaux de Tarkovski Thomas Thøfner Les atomes de l’âme José Manuel Fajardo Une norme : la diversité Rosa Montero La folle du logis José Carlos Somoza Clara et la pénombre Belén Gopegui L’échelle des cartes Cristina Fernández Cubas L’horloge de Bagdad Enrique Vila-Matas Impressions de Saint-Nazaire Ignacio Martínez de Pisón Les nocturnes Bernardo Atxaga Écrire un conte en cinq minutes Manuel Rivas L’immense cimetière de La Havane Miquel de Palol Histoire du grand vérificateur José Ovejero Elle dansait le tango -

Se donner un genre
Recueil meeting 2009
Où en sommes-nous, dans ce XXIème siècle déjà bien engagé, des « genre littéraires » ? Les distinctions du « roman », du « récit », du « poème », de la « nouvelle » sont-elles encore valides ? « Personnages fictifs dans une action fictive » : définition a minima du roman selon Claude Simon. C’est en effet le seul dénominateur commun à la Princesse de Clèves et à Ulysse de Joyce. Mais il est sans doute possible d’écrire des romans sans fiction aucune. Pensons aux deux derniers livres de Jean Echenoz, qui ne ressortissent bien évidemment pas à l’entreprise biographique.
Poser cette question aujourd’hui en France n’a de sens qu’en y associant des écrivains étrangers. La nomenclature des « genres littéraires » entretient un lien profond avec l’histoire de chaque littérature, et la « short story » n’est pas exactement le « cuento » comme celui-ci n’est pas exactement la « nouvelle ». Et que dire de ce genre majeur et si particulier de la « chronique » au Mexique ?
Plusieurs écrivains invités cette année à Saint-Nazaire ont accepté d’aborder dans ces pages, chacun à sa manière, le rapport qu’il entretient avec les genres littéraires, et le critique Norbert Czarny a bien voulu lancer ce débat, que nous reprendrons ensuite en public.
Préface de Patrick Deville.
Sommaire
Norbert Czarny Une gêne certaine à l’égard des genres John Burnside À propos du genre Jacques Darras Qu’est-ce qu’un « roman chanté compté ?« Asli Erdogan Dans le silence de la vie Jens Christian Grøndahl Le « moi » traduit Yvon Le Men Vous êtes dans le poème ? José Ángel Mañas À propos de genres, concepts et romans Rosa Montero Du genre traditionnel au bric à brac Marius Daniel Popescu La baleine qui mange de la luzerne industrielle Juana Salabert Je suis roman Pierre Senges Genre, espèce Jens Smærup Sørensen Le petit saut Yoko Tawada Plume et renard
