traducteur : Soysal-Dauvergne, Esin

  • Je t’interpelle dans la nuit

    Je t’interpelle dans la nuit

    Je suis là, dans la nuit, dans ma propre nuit où je suis entrée comme on entre dans une tente… Ici, c’est une chambre couleur ambre éclairée par la lumière crue d’une ampoule, entièrement recouverte de papiers. Le papier, le mot, la lettre, le signe, l’icône, le symbole… Sans souvenirs, sans être humain. Plutôt que d’éclairer, la lumière, couleur or, semble encadrer l’obscurité, appeler les ombres pour les entasser dans des coins déserts. Sept tasses refroidies encerclent mon silence et des cendriers débordants. Je me sens comme les vestiges d’une époque révolue depuis longtemps, entourée de papiers qui s’élèvent de tous bords. Ceci est un sentiment amer, aussi dense que la mare de café et lorsque je l’éclaire par la lumière des mots, il appelle une ombre plus grande encore que lui-même : ma solitude …

    Asli ERDOGAN

  • Se donner un genre

    Se donner un genre

    Recueil meeting 2009

    Où en sommes-nous, dans ce XXIème siècle déjà bien engagé, des « genre littéraires » ? Les distinctions du « roman », du « récit », du « poème », de la « nouvelle » sont-elles encore valides ? « Personnages fictifs dans une action fictive » : définition a minima du roman selon Claude Simon. C’est en effet le seul dénominateur commun à la Princesse de Clèves et à Ulysse de Joyce. Mais il est sans doute possible d’écrire des romans sans fiction aucune. Pensons aux deux derniers livres de Jean Echenoz, qui ne ressortissent bien évidemment pas à l’entreprise biographique.

    Poser cette question aujourd’hui en France n’a de sens qu’en y associant des écrivains étrangers. La nomenclature des « genres littéraires » entretient un lien profond avec l’histoire de chaque littérature, et la « short story » n’est pas exactement le « cuento » comme celui-ci n’est pas exactement la « nouvelle ». Et que dire de ce genre majeur et si particulier de la « chronique » au Mexique ?

    Plusieurs écrivains invités cette année à Saint-Nazaire ont accepté d’aborder dans ces pages, chacun à sa manière, le rapport qu’il entretient avec les genres littéraires, et le critique Norbert Czarny a bien voulu lancer ce débat, que nous reprendrons ensuite en public.

    Préface de Patrick Deville.

    Sommaire
    Norbert CzarnyUne gêne certaine à l’égard des genres
    John BurnsideÀ propos du genre
    Jacques DarrasQu’est-ce qu’un « roman chanté compté ?« 
    Asli ErdoganDans le silence de la vie
    Jens Christian GrøndahlLe « moi » traduit
    Yvon Le MenVous êtes dans le poème ?
    José Ángel MañasÀ propos de genres, concepts et romans
    Rosa MonteroDu genre traditionnel au bric à brac
    Marius Daniel PopescuLa baleine qui mange de la luzerne industrielle
    Juana SalabertJe suis roman
    Pierre SengesGenre, espèce
    Jens Smærup SørensenLe petit saut
    Yoko TawadaPlume et renard