zone géographique : Autriche

  • Écrire le paysage

    Écrire le paysage

    Recueil meeting 2022

    Qu’elle soit ou non au cœur du projet littéraire, la description du paysage emplit les romans et les poèmes, paysage naturels ou urbains, sublime des cimes et des volcans ou des forêts ou beauté périphérique, gares et voies ferrées, architectures et monuments des villes. Parfois les lieux ne sont que les cadres d’une action, parfois au contraire l’action semble un prétexte à l’entreprise de transformation en langage, en mots, de la réalité visuelle ou sonore, olfactive, où elle se déploie. Les écrivains dont les textes composent ce recueil nous confient, au plus près de leur travail d’invention et d’écriture, leur goût ou leur appréhension à saisir les paysages, la description des ciels ou des rues, des fleuves, comment un agencement de phrases parvient à installer dans notre imagination des lieux que nous n’avons jamais vus. 

    Patrick Deville

    Sommaire
    Selva AlmadaJamais rien ne cesse de s’écrire
    Leandro Avalos BlachaLe long de la suite des Triangles de Saint-Nazaire
    David DiopL’écriture du paysage
    François GardeSur l’innocence des paysages
    Einar Mar GudmundssonQuelques réflexions sur le paysage en littérature et en poésie
    Wolfgang HermannLe jardin du Temps (extrait)
    Reinhard Kaiser-MühleckerLe long chemin d’étape en étape (extraits)
    Andri Snær MagnassonN 64 35.378, W16 44.691
    Shumona SinhaLe nom de la rose
    Gabriela TrujilloLe paysage sous les paupières
    Josef WinklerEnfant d’humain 1979 extrait
  • Shmashana

    Shmashana

    La bave mousseuse s’égouttait de la mâchoire velue des buffles noirs qui ruminaient debout dans l’eau peu profonde. Les longs filaments tombaient dans le fleuve, et avant d’éclater, les bulles de salive gluantes flottaient quelques instants encore sous le mufle des animaux, à la surface de l’eau du Gange couleur de plomb. Des corbeaux étaient perchés sur l’échine et les pattes des ces buffles d’eau, débarrassant leur peau de sa vermine. L’un d’entre eux se cramponnait de ses griffes à l’oreille du ruminant et picorait sans cesse le pavillon de l’animal, de son long bec à l’extrémité légèrement recourbé. Effrayés par le cri d’un adolescent vêtu d’un pagne imitation peau de tigre – le jeune garçon avait aussi un anneau dans le nez et une petite mèche frisottée qui lui descendait dans la nuque – plus de cinquante perroquets verts au bec rouge s’échappèrent, dans un claquement d’ailes, des trous et des niches d’un four crématoire électrique.

    Josef WINKLER