Il pleuviote. Quelqu’un me heurte avec un « oh ! Pardon, monsieur » puis disparaît en direction de l’escalier. Je n’ai pas la moindre idée de comment j’ai réussi à venir jusqu’ici depuis Paris. La gare est presque vide et peu de temps après, le train est reparti pour La Baule et Le Croisic, je suis seul sur le long quai en béton. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment j’ai réussi à venir jusqu’ici. Je ne me rappelle même plus comment j’ai fait pour descendre du train, ni comment je me suis rendu compte que j’étais arrivé. Il y a des absences. Je n’ai pas le moindre souvenir non plus de mon arrivée à Paris. Je me rappelle par contre très bien d’autres choses. Mais je préfère ne pas, en règle générale j’arrive à contenir ces images. L’une d’elles me vient à présent, alors je prends le sac oblong en nylon brun et me hâte vers la sortie pendant que je focalise sur quelque chose de concret, quelque chose de différent. Si seulement le sac avait été plus lourd. Si seulement j’avais apporté plus d’affaires. Ce n’est pas une valise, plutôt un sac de sport. Il n’y a pour ainsi dire rien dedans. Ridicule.
zone géographique : Danemark
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Le cadavre rejeté par la mer à Saint-Nazaire
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Lettre d’un corps étranger
« Votre ville a du souffle ». Elle s’est levée comme dans une intense inspiration à pleins poumons.
Mais a-t-elle ensuite essayé de retenir son souffle ? A-t-elle essayé de faire entrer de plus en plus d’air, au risque d’éclater – devenant de plus en plus bleue. À présent au bord de l’évanouissement ?
Ou bien, obéissant à la logique de cette image, s’est-elle vue contrainte d’expirer et s’est-elle même permis de le faire ? Bien sûr pour faire de la place à une nouvelle inspiration plus vivifiante – plus calme peut-être, mais néanmoins plus sereine, aux poumons fortement développés par ce premier essai d’énergie.
Acceptez-vous la logique de cette image ? Cette logique même tourmentée ?
Les images et leur logique (tourmentée) sont mes instruments propres. Comme le couteau et la viande sont ceux du boucher.
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Building le Bunker
Building
Par une fenêtre ouverte sur le port :
houle de cornemuses et de tambours
comme bruit de cailloux dans une main d’enfant.
Écluse
La rock-musette de la révolution
gronde dans le parc. Les lampions
de l’anarchie sont allumés.
Un tableau d’apparences
et de disparitions s’agite
sur les eaux du lac.
aujourd’hui, le port respire le même calme
qu’une photographie de noirs
peinant dans les docks du passé,
silencieux comme l’herbe dans le vent…
Qu’allons-nous construire maintenant ?
Un pont plus grand encore
allant même jusqu’à Portmouth ?
Qui a besoin de transatlantiques
battant pavillon panaméen et finissant
leurs jours en croisière de luxe
entre Oslo et Kingston ?
À une distance sûre du feu
les chauve souris rapiècent
leur dessin indépendamment du temps
le rêve est ainsi : une danse luisante dans l’obscurité.
Les mains et les pieds alourdis
des pontons dans la chaleur.