Les enfants se figurent la mort comme une accumulation
d’ombres entre les arbres : une cachette
pour tout ce que les adultes ne peuvent nommer.
Pourtant, ils se pressent pour ne pas manquer le rendz-vous
au fond des bois, au point de rencontres des lignes parallèles,
là où tout est modifié de son propre
élan – modifié même si nous disons transformé –
lévrier en chevreuil, rires en peau et os.
Et personne ne survit à la chasse : bien que les hommes rentrent
en groupe de trois ou quatre, le visage rendu inexpressif par le froid,
ils n’atteignent jamais vraiment ce qu’ils semblent être,
laissant au cœur de la forêt une tournure de phrase ou
une chanson de leur enfance, penchés sur la proie qui tressaille,
ils attendent, tandis que leurs couteaux transpercent le sang,
comme du beurre ou de la soir, que leur cœur s’arrête.
zone géographique : Ecosse
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Chasse nocturne
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Se donner un genre
Recueil meeting 2009
Où en sommes-nous, dans ce XXIème siècle déjà bien engagé, des « genre littéraires » ? Les distinctions du « roman », du « récit », du « poème », de la « nouvelle » sont-elles encore valides ? « Personnages fictifs dans une action fictive » : définition a minima du roman selon Claude Simon. C’est en effet le seul dénominateur commun à la Princesse de Clèves et à Ulysse de Joyce. Mais il est sans doute possible d’écrire des romans sans fiction aucune. Pensons aux deux derniers livres de Jean Echenoz, qui ne ressortissent bien évidemment pas à l’entreprise biographique.
Poser cette question aujourd’hui en France n’a de sens qu’en y associant des écrivains étrangers. La nomenclature des « genres littéraires » entretient un lien profond avec l’histoire de chaque littérature, et la « short story » n’est pas exactement le « cuento » comme celui-ci n’est pas exactement la « nouvelle ». Et que dire de ce genre majeur et si particulier de la « chronique » au Mexique ?
Plusieurs écrivains invités cette année à Saint-Nazaire ont accepté d’aborder dans ces pages, chacun à sa manière, le rapport qu’il entretient avec les genres littéraires, et le critique Norbert Czarny a bien voulu lancer ce débat, que nous reprendrons ensuite en public.
Préface de Patrick Deville.
Sommaire
Norbert Czarny Une gêne certaine à l’égard des genres John Burnside À propos du genre Jacques Darras Qu’est-ce qu’un « roman chanté compté ?« Asli Erdogan Dans le silence de la vie Jens Christian Grøndahl Le « moi » traduit Yvon Le Men Vous êtes dans le poème ? José Ángel Mañas À propos de genres, concepts et romans Rosa Montero Du genre traditionnel au bric à brac Marius Daniel Popescu La baleine qui mange de la luzerne industrielle Juana Salabert Je suis roman Pierre Senges Genre, espèce Jens Smærup Sørensen Le petit saut Yoko Tawada Plume et renard -

L’invention du livre
Recueil meeting 2005
Et pourquoi, après cette période souvent un peu euphorique qui suit l’achèvement d’un livre, grimpe-t-on à nouveau à l’échelle du plongeoir, se hasarde-t-on à l’extrémité du tremplin oscillant, sans même distinguer si la piscine est remplie ? D’où viennent les livres, ceux qu’on écrit, parmi tous ceux auxquels on rêve pendant quelques secondes, quelques mois ou quelques années avant de jeter l’éponge ? (…) Patrick Deville – Extrait de la préface
Sommaire
Gabriela Adamesteanu L’histoire du livre John Burnside Commencements Bernardo Carvalho À propos du commencement Jerome Charyn Entretien avec Gilles Menegaldo Jean-Luc Coatalem Un costume d’opéra porté à même la peau Bernard Comment Enfance de l’art Gil Courtemanche Il vient d’où ce livre ? Adriaan van Dis Vraix faux départ Christian Garcin L’art de la natation subaquatique Letitia Ilea Le premier vers Antjie Krog Commencement(s) Ion Pop Dans la rue à travers le poème Audrey Pulvar À un ami qui me voulut du bien Luis Fernando Verissimo En taillant le calame Ivan Vladislavic L’endroit est marqué d’une croix -

Avoir vingt ans
Recueil meeting 2007
Qu’avez-vous fait de vos vingt ans ? Dans quelle ville étiez-vous ? Que lisiez-vous ? Écriviez-vous ?
À l’occasion des vingt ans de la Maison des Écrivains Étrangers et des
Traducteurs, nous posons ces questions à une vingtaine d’écrivains de générations différentes, éparpillés autour du monde. Mais on pense à ce rêve borgésien dans lequel tous les livres de la bibliothèque seraient écrits par une seule personne. Elle change de sexe et de continent, de style et de langue. Elle passe la Révolution culturelle dans la campagne chinoise, vole comme l’ange de Wenders de Berlin-ouest à Berlin-est puis de Beyrouth-est à Beyrouth-ouest. Elle étudie la chimie ou la philosophie, collabore à des journaux canadiens puis brésiliens, crée des revues littéraires au Japon, en Iran et au Portugal. Elle est partout sur la planète, parfois douée d’ubiquité, souvent seule. Elle a toujours vingt ans. Deux fois apparaît dans ces pages Greta Garbo, l’icône de la solitude.Patrick Deville Préface
Sommaire
Gabriela Adamesteanu Bucarest / 1962 Gil Courtemanche Montréal / 1963 Hans Christoph Buch Berlin / 1964 Tendo Taijin Tokyo / 1964 Giuseppe Conte Milan / 1965 Ikezawa Natsuki Tokyo / 1965 Boualem Sansal Alger / 1969 Juan Carlos Mondragon Montevideo / 1971 Nedim Gürsel Istanbul / 1971 John Burnside Cambridge / 1975 Yang Lian Pékin / 1975 Håkan Lindquist Stockholm / 1978 Charif Majdalani Beyrouth / 1979 José Eduardo Agualusa Lisbonne / 1981 Luiz Ruffato Juiz de Fora / 1981 Philippe Forest Paris / 1982 Philippe Beck Paris / 1983 Santiago Gamboa Madrid / 1985 Tiit Aleksejev Tartu / 1988 Tas Aw Londres / 1991 Arnaud Cathrine Paris / 1993 Grânâz Moussavi Téhéran / 1994 Hirano Keiichiro Kyoto / 1995
