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  • La vie des langues

    La vie des langues

    Recueil meeting 2021

    Si on ne souscrit pas au mythe de Babel, leur apparition est énigmatique : elles naissent, croissent, se déploient, rayonnent, puis s’éteignent. Nous savons tous que nous parlons, écrivons surtout, de futures langues mortes. Le passé de notre propre langue, le temps passant, se dérobe : la plupart des lecteurs français lisent aujourd’hui les œuvres de Rabelais ou de Montaigne dans des versions modernisées. Cette vie des langues, leur évolution, leur fragilité, est le thème des rencontres internationales Meeting de cette année 2020, à Saint-Nazaire et à Paris.

    Les écrivains invités se penchent ici sur l’histoire de leur propre langue d’écriture et de lecture. Les deux littératures mises à l’honneur lors de cette dix-huitième édition des Rencontres sont la norvégienne et la vietnamienne, écrivains norvégiens confrontés à la dualité nationale, de leur langue d’usage, nynorsk et bokmal, écrivains vietnamiens maniant l’une des rares langues asiatiques transcrites en alphabet latin, le quôc ngü, après les écritures han puis nôm d’origines chinoises. Et nous demanderons à tous ces écrivains, depuis différentes régions du monde, d’Espagne et des Comores, de la Somalie et de l’Inde, comment ils ont découvert la littérature mondiale traduite dans leurs langues. Les œuvres classiques sont souvent retraduites tous les vingt ou trente ans. Parce que la langue de réception évolue, se modifie. Nous leur demanderons aussi cela : comment, pendant ces années de leur propre écriture, depuis leurs débuts littéraires, ils ont, ou non, tenu compte des modifications et des changements intervenus autour d’eux dans leur langue d’écriture.

    Patrick Deville

    Sommaire
    Do.KLangage, identité et carton de nouilles instantanées
    Abnousse ShalmaniLire Victor Hugo en persan
    Mona HøvringLes sauriens des Galápagos
    Buit ChatCochons, porcs et poésie
    Manuel VilasLa Tour de Babel
    Pierre DucrozetLa vie des langues
    Nguyên Binh PhuongL’arbre et l’écorce
    Eivind Hofstad EvjemoGouttes d’eau sur un fil téléphonique
    Sylvain PrudhommeMalaxe
    Phan Hon NhienBleu
    Sarah ChicheD’une langue morte
    ThuânDe Tolstoï à Sartre
    Ubah Cristina Ali FarahLa langue, mon seul pays
  • Les rescapés de la patience

    Les rescapés de la patience

    Téhéran

    D’un toit à l’autre

    Dans la congestion du bruit

    Personne ne cogne sur les boîtes métalliques

    Il faut organiser un nouveau Zâr

    Pour traiter cet épileptique ancien

    Les pleurs n’ont pas goût de raisin

    Dans le Guézél-Héssâr des rues

    Les condamnés à perpétuité vacillent

    D’un fumoir à un lit

    Nulle conciliation des corps entre Mah-âbâd et Tchâh-bahâr

    Il ne reste plus rien à couper dans ce spectacle

    Je soupçonne la capitale de répéter sans fin

    Le film de la semaine

    Je soupçonne les Peykâns blanches, les bruits de pas

    Le Carré des Damnés qui célèbre les noces

    des jeunes arrivants

    Je voudrais fuir mes noces avant l’aube

    Aucun lieu pour me cacher.

    Grânâz MOUSSAVI