zone géographique : Turquie

  • Délires simultanés

    Délires simultanés

    J’avais écrit mon texte intitulé Simultané il y a deux ans et demi, à Heybeliada. Cela n’avait abouti qu’à un synopsis un peu bancal, que je n’avais jamais pu remettre sur ses rails, il est clair qu’il va prendre sa place parmi mes nombreux autres textes avortés. L’idée m’en était venue à l’époque où nos relations amicales avec Yigit Bener s’intensifiaient et mon projet d’écriture mûrissait de plus en plus rapidement au fur et à mesure que je le cuisinais sur le travail qui lui servait de gagne-pain ; j’avais élaboré dans mon imagination une figure qui serait en quelque sorte un sosie de Yigit, et pour qu’on ne puisse pas établir un lien direct avec lui, mon « personnage » était quelqu’un qui n’avait rien d’un littéraire mais qui avait mené des travaux théoriques/universitaires dans son domaine, qui maîtrisait l’allemand au même niveau que sa langue maternelle, qui interprétait au haut niveau dans les rencontres internationales (tout comme Yigit), mais qui pétait les plombs à la suite d’un épisode psychotique galopant et à double étiologie, finissant par être interné, sans aucune rémission depuis.

    Yigit BENER

    Enis Batur

  • Dense

    Dense

    Ce matin je me suis réveillé avec le soleil. Je suis assis à ma table calée contre l’une des fenêtres : de ce côté-ci on voit le pont Mindin qui relie les deux rives de la Loire (le plus long fleuve d’Europe à ce que l’on dit) juste en face de moi un phare et une sculpture double édifiée au bord de l’eau en hommage à la révolte des esclaves ainsi qu’une partie du quai et les grues. La fenêtre de la chambre offre une vue plongeante sur un panorama du quai et la base de sous-marins construite par les Nazis. Hier soir, avec ses fumées qui s’élevaient à l’arrière-plan et son éclairage un peu effrayant, le quai avait un air terrible. Quand nous sommes sortis de la gare, un crachin commença à tomber pour ne presque pas cesser de toute la nuit ; à un moment aux alentours de 3 ou 4h, FT et moi nous nous sommes réveillés, les gouttes frappaient toujours la vitre. Maintenant le soleil est là. Le ciel est clair. je suis sorti marcher ce matin, un froid tonique régnait à l’extérieur. J’ai croisé des hommes et des femmes chargés de courses, affairés. Après avoir acheté du café et quelques provisions, je suis rentré. Assis à la table, nous avons pris notre premier café en tête à tête avec Tül.

    Enis BATUR