Vers le milieu du mois de juillet de l’an dernier, le colonel Atmadja, après avoir dîné d’un plat de poisson et avalé un double raki dans un petit restaurant de ce village balnéaire où il venait pour la première fois, regagna l’appartement avec terrasse qu’il avait loué le matin même, gravit lentement les escaliers qui menaient à sa chambre mais ne ressentit aucune envie de lire une revue ou un livre, d’écouter la radio ni de regarder la télévision, il désirait seulement s’asseoir sur le balcon et, comme il en avait l’habitude chaque soir, fumer la quatrième et dernière cigarette de la journée, accompagnée d’un bon raki. Juste au moment où il allait s’asseoir, il découvrit sur un autre balcon situé à droite, peut-être un mètre cinquante en contrebas, à la lumière d’une lanterne en verre dépoli située au-dessus de la porte vitrée qui donnait sur une petite chambre, quatre personnes assises autour d’une table sans parler, sans broncher et presque sans respirer : un homme, une femme, une petite fille et un garçonnet.
zone géographique : Turquie
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Les voisins
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Délires simultanés
J’avais écrit mon texte intitulé Simultané il y a deux ans et demi, à Heybeliada. Cela n’avait abouti qu’à un synopsis un peu bancal, que je n’avais jamais pu remettre sur ses rails, il est clair qu’il va prendre sa place parmi mes nombreux autres textes avortés. L’idée m’en était venue à l’époque où nos relations amicales avec Yigit Bener s’intensifiaient et mon projet d’écriture mûrissait de plus en plus rapidement au fur et à mesure que je le cuisinais sur le travail qui lui servait de gagne-pain ; j’avais élaboré dans mon imagination une figure qui serait en quelque sorte un sosie de Yigit, et pour qu’on ne puisse pas établir un lien direct avec lui, mon « personnage » était quelqu’un qui n’avait rien d’un littéraire mais qui avait mené des travaux théoriques/universitaires dans son domaine, qui maîtrisait l’allemand au même niveau que sa langue maternelle, qui interprétait au haut niveau dans les rencontres internationales (tout comme Yigit), mais qui pétait les plombs à la suite d’un épisode psychotique galopant et à double étiologie, finissant par être interné, sans aucune rémission depuis.
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Dense
Ce matin je me suis réveillé avec le soleil. Je suis assis à ma table calée contre l’une des fenêtres : de ce côté-ci on voit le pont Mindin qui relie les deux rives de la Loire (le plus long fleuve d’Europe à ce que l’on dit) juste en face de moi un phare et une sculpture double édifiée au bord de l’eau en hommage à la révolte des esclaves ainsi qu’une partie du quai et les grues. La fenêtre de la chambre offre une vue plongeante sur un panorama du quai et la base de sous-marins construite par les Nazis. Hier soir, avec ses fumées qui s’élevaient à l’arrière-plan et son éclairage un peu effrayant, le quai avait un air terrible. Quand nous sommes sortis de la gare, un crachin commença à tomber pour ne presque pas cesser de toute la nuit ; à un moment aux alentours de 3 ou 4h, FT et moi nous nous sommes réveillés, les gouttes frappaient toujours la vitre. Maintenant le soleil est là. Le ciel est clair. je suis sorti marcher ce matin, un froid tonique régnait à l’extérieur. J’ai croisé des hommes et des femmes chargés de courses, affairés. Après avoir acheté du café et quelques provisions, je suis rentré. Assis à la table, nous avons pris notre premier café en tête à tête avec Tül.
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Meeting 2004
Meeting 2004
Les bonheurs de Babel
Pékin / Istanbul

En novembre 2004 les rencontres littéraires internationales n’étaient pas encore filmées.
Plaçons d’emblée ces Bonheurs de Babel sous les auspices de l’auteur de La langue sauvée, de cet enfant né à Roustchouk dans l’empire ottoman – aujourd’hui Ruse en Bulgarie – qui apprend à l’âge de huit ans sa cinquième langue, l’allemand, et celle-ci deviendra sa langue d’écrivain. C’est avec un passeport turc qu’il fuira l’Autriche pour l’Angleterre en novembre 1938 (…)
Les écrivains invités cette année ont accepté d’écrire à leur tour ce que le cosmopolitisme et le multilinguisme apportent à leur vie, à leur bonheur de lecteur et à leur travail d’écrivain (…)
Patrick Deville – Extrait de la préface du recueil Les Bonheurs de Babel, meet 2004
Auteurs invités lors de cette édition
Enis Batur (Turquie) Marcel Bénabou (France) Eduardo Berti (Argentine) Lisa Bresner (France) Hans Christoph Buch (Allemagne) Emmanuel Carrère (France) Asli Erdogan (Turquie) Paul Fournel (France) Lorand Gaspar (France) Nedim Gürsel (Turquie) Yang Lian (Chine) Song Lin (Chine) Zakes Mda (Afrique du Sud) Antoine Volodine (France) Spôjmaï Zariâb (Afghanistan)