Tout débuta lorsque les autorités expliquèrent lors d’une émission du service Télévisuel Plurisensoriel que le premier juillet entrerait en vigueur le nouveau système comportementaliste HB3 – HB3 behavorial system. Ce procédé complexe ou système multisensoriel avait eu un énorme succès dans les pays développés dès la fin de la dernière guerre civilisatrice – la guerre K2351 – et plus tard en Naponie grâce à le version adaptée plus précisément, copiée par la Osaki Tsuburu Mitsukoko. Débuta n’est pas vraiment le verbe exact, en effet, dans les pays civilisateurs, des millions de porteurs d’âmes possédaient déjà cet équipement multisensoriel alors que dans les pays en développement les éléments féminins subissaient en bonne et due forme une clitosectomie.
Dans l’Atlantide tiersmondiste, Monsieur Feliciano Burkenheimer – de souche allemande mais élevé dans le tiersmonde – faisait figure de pionnier. Cela faisait des mois que, deux ou trois fois par semaine, pour aller acheter son poisson frit il essayait de laisser son instrument dans un coffre.
zone géographique : Uruguay
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Le désâmement
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Nostalgie de l’enfer
Docteur Gachet
Des yeux limpides se plissent sous les cendres
d’un banal mercredi, l’habit de sourcils
à l’ombre de la casquette et l’haleine chargée
sans éviter une lampée de temps résignée
sans l’espoir de replanter
de ses mains un arbre de Noël
sans besoin d’étreindre un miroir
afin de pressentir le portrait
du tourbillon sur les épaules
du poing où sommeille la bouche
ou le sourire qui a mordu l’oreille de Vincent.
Alfredo Nicolás PELÁEZ
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Le centre de carène
À mon grand-père Nazario Mondragón qui me racontait des histoires comme celles-ci.
…et une sorte de mer sortait par le regard par la bouche par les poignets par la nuque de Lautréamont. Juan Gelman
Il arriva en chemin de fer un dimanche de novembre de l’année dernière, par le train de 23H47 en provenance de Paris. Personne ne l’attendait ni sur le quai, ni dans le hall, ni dans la ville où il était enfin. Il fut parmi les derniers à descendre du wagon et à rejoindre le hall par un escalier mécanique lent et jaune. À cette heure-ci, les baisers de bienvenue sont à peine émus, et porter les bagages des nouveaux arrivants n’est que le réflexe de mains en attente : du fond de son silence, l’homme observa la hâte des autres pour retrouver leurs voitures stationnées alentour, la précipitation d’une femme pour obtenir un numéro dans une des cabines téléphoniques de la salle d’attente afin de prévenir d’une arrivée sans encombre.
Comme pour neutraliser l’éloignement progressif des inconnus qui lui avaient tenu compagnie pendant les deux heures et demie du voyage, il s’imagina à un moment important de sa vie et s’en laissa convaincre par la subtile magie lovée dans toute ville où l’on arrive pour la première fois mais ces convictions ne reposant jamais sur d’évidentes raisons d’appréhension immédiate, il évita de trop savourer l’idée de prodiges faciles et choisit le refuge d’une prudence plus appropriée à sa condition d’étranger, se soumettant de bon gré au privilège d’arriver dans un lieu alors que la nuit prodigue à l’idée de destin une texture différente et permet d’imaginer l’imprévu pouvant surgir le lendemain : expectatives aussi simples qu’une saveur inconnue, une musique inattendue, un parfum de femme retrouvé, qui peuvent rendre inoubliable une ville entre’ aperçue et ancrer dans la mémoire le nom d’une rue portant un paysage anodin aux limites de la perception parfaite.
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Le tunnel vertical
Antécédents
Bonifacio Almeyda se présentait au club à la tombée du jour et buvait une ou deux grappas, debout au comptoir ; posé, taciturne et légèrement de biais, comme pour rester ouvert à l’entourage malgré son isolement, il parlait à peine et passait inaperçu au milieu des clients qui hurlaient sans arrêt autour des jeux de cartes et des terrains de boules. À vrai dire, dès qu’il sortait, une demi-heure plus tard, trois quarts d’heure tout au plus, on avait bien du mal à conserver de lui un souvenir précis, sans doute en raison du fait qu’il se distinguait peu des personnes vieillissantes que l’on croisait dans ce quartier de gens modestes et d’ouvriers. Je savais qu’il s’appelait Bonifacio Almeyda, non pas qu’il me l’eût dit, car il n’ouvrait la bouche qu’en arrivant et partant afin de lancer un « salut » neutre et générique, mais pour l’avoir appris par le gérant du bar qui savait également que l’homme venait du nord, qu’il logeait seul dans une pension non loin du club et qu’il avait travaillé pour le ministère des Travaux publics.
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Missels
Un chien-renard apparut et il entra dans la ronde. Il avait un long museau ; il trotta un peu et il vola un œuf de ceux qui étaient sur le bord de la fenêtre, pour offrir. Il l’emporta en le tenant dans la gueule, mais sans serrer les dents. Il revint en chercher un autre, et un autre encore. Il les emportait et il revenait dans le noir, juste avant l’aube. Il travaillait prudemment avec son long museau, humide et effilé comme un phallus. C’est ainsi qu’il emportait – mais où ? – les œufs de Pâques, qui étaient de plusieurs couleurs. Blancs ceux des poules ordinaires. Gris, en pointillé, très fins, la plupart ; à l’intérieur – on le sut parce qu’un œuf se cassa – il y a avait des gazes et une couche de crème. Et les œufs rouges de toujours, les plus éloquents.