année de publication : 2001

  • La maison sur l’estuaire

    La maison sur l’estuaire

    Illumination

    L’écureuil a tourné vers le ciel

    ses membres parcourus par les lésions internes du réel

    en une pose convulsive, ou plutôt sensuelle.

    Qui, à corps perdu, se jette dans l’automne cristallin ?

    Un thermomètre fiché dans les veines, fiché à la fenêtre,

    fait grimper les feuilles comme des panthères,

    les fais sauter à la hâte dans l’autre moitié perdue du rêve.

    Qui, brusquement de ton corps extirper, rejette le néant ?

    Le langage disparaît dans l’eau. Le vent emporte les idéogrammes.

    Encore une histoire avec un auteur mais sans lecteur.

    Ce regard vert, une fois là, est souffrance.

    Chaque année le dernier sein excisé

    se balance, écoute, telle la succion sans âme du nourrisson, la nuit s’éloigner. Quelqu’un, une fois de plus, fut disloqué en temps.

    Être assis sous un arbre à la signification bleu-vert,

    comme cramponné au froid, aux erreurs commises.

    Yang LIAN

  • Le vilain et les aveugles

    Le vilain et les aveugles

    Lundi 5 mai

    J’ai trouvé un travail de serveur dans le restaurant où Rosetta est employée comme plongeuse ; j’ai accepté d’y travailler sans rémunération le temps d’apprendre le métier et ce qu’il faut d’italien pour me débrouiller avec les clients. En échange j’ai droit à de copieux plats de pâtes et de viande au déjeuner et au dîner et j’échappe un peu à la généreuse hospitalité de Rosetta qui toutefois assure que c’est un plaisir de loger et prendre soin du frère de la jeune fille qui a séduit son fils, Gaetano. Je suis témoin de toute la persévérance que celui-ci met pour étudier et combattre une paresse naturelle afin d’accélérer un retour tant espéré dans notre pays et le bonheur des retrouvailles avec ma sœur.

    Pour l’instant, l’argent m’importe peu, il m’en reste en effet assez pour me payer mes cigarettes, en attendant que commence l’été et que mes services soient plus utiles à Leonardo, qui m’a déjà prévenu qu’il ne pourra pas me payer beaucoup car il avait retenu son personnel à l’avance mais que, vu l’enthousiasme que je faisais preuve dans mon travail, ce qu’il n’attendait pas d’un Latinoaméricain, il s’engageait à me garder jusqu’à l’hiver.

    Jesus VARGAS GARITA

  • La fleur de Coleridge

    La fleur de Coleridge

    je ne suis pas arrivée

    dans la ville des amants

    dans la ville où je suis

    on plante des pieux dans le œur

    de la nuit

    un masque tombe

    puis un autre

    un instant l’échec

    devient

    incandescent

    (un reflet dans ce qui n’existe pas)

    dans le corps de cette ville

    passe le monde

    et tout désir

    de voyager

    tout désir d’oublier

    le désir de voyager

    Maria NEGRONI

  • Sous la tente du grand sacrificateur

    Sous la tente du grand sacrificateur

    Dans l’Anthologie rééditée

    Dans l’Anthologie rééditée sont inclus tous les poètes sauf le Poète qui est tellement plus gtrand qu’eux tous même pris ensemble qu’il ne saurait jamais y entrer. Son nom avec ses myriades de pseudonymes est toujours plus que l’univers dont l’étroitesse d’esprit même finit par s’élargir grâce à lui…

    Ignorant tout

    Ignorant tout je suspends mon souffle lorsque je commence à lire ce qui fut au commencement selon les Saintes Écritures, tandis que le plus lettré des hommes de lettres continue à se demander si le Verbe s’est appris lui-même en autodidacte.

    Nikolai KANTCHEV

  • Dense

    Dense

    Ce matin je me suis réveillé avec le soleil. Je suis assis à ma table calée contre l’une des fenêtres : de ce côté-ci on voit le pont Mindin qui relie les deux rives de la Loire (le plus long fleuve d’Europe à ce que l’on dit) juste en face de moi un phare et une sculpture double édifiée au bord de l’eau en hommage à la révolte des esclaves ainsi qu’une partie du quai et les grues. La fenêtre de la chambre offre une vue plongeante sur un panorama du quai et la base de sous-marins construite par les Nazis. Hier soir, avec ses fumées qui s’élevaient à l’arrière-plan et son éclairage un peu effrayant, le quai avait un air terrible. Quand nous sommes sortis de la gare, un crachin commença à tomber pour ne presque pas cesser de toute la nuit ; à un moment aux alentours de 3 ou 4h, FT et moi nous nous sommes réveillés, les gouttes frappaient toujours la vitre. Maintenant le soleil est là. Le ciel est clair. je suis sorti marcher ce matin, un froid tonique régnait à l’extérieur. J’ai croisé des hommes et des femmes chargés de courses, affairés. Après avoir acheté du café et quelques provisions, je suis rentré. Assis à la table, nous avons pris notre premier café en tête à tête avec Tül.

    Enis BATUR