Les enfants se figurent la mort comme une accumulation
d’ombres entre les arbres : une cachette
pour tout ce que les adultes ne peuvent nommer.
Pourtant, ils se pressent pour ne pas manquer le rendz-vous
au fond des bois, au point de rencontres des lignes parallèles,
là où tout est modifié de son propre
élan – modifié même si nous disons transformé –
lévrier en chevreuil, rires en peau et os.
Et personne ne survit à la chasse : bien que les hommes rentrent
en groupe de trois ou quatre, le visage rendu inexpressif par le froid,
ils n’atteignent jamais vraiment ce qu’ils semblent être,
laissant au cœur de la forêt une tournure de phrase ou
une chanson de leur enfance, penchés sur la proie qui tressaille,
ils attendent, tandis que leurs couteaux transpercent le sang,
comme du beurre ou de la soir, que leur cœur s’arrête.
année de publication : Années 2000
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Chasse nocturne
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Les petits miroirs
I.
Ton futur est une plage faite de traces façonnées. Quand tu marches, plutôt que faire simplement des pas, tu accomplis. Tu obéis à quelque chose d’écrit à l’avance par des pas qui, bien qu’ils ne soient pas les tiens, se transforment en destin à mesure que tu traverses le miroir de sable.
II.
Au fond le bonheur te fait mal ; tu sais qu’il passera et survivra comme ces étoiles qui éclairent encore, décapitées.
III.
Ta peau fait taire le débordement de tout un air vivant. Sur elle s’est fragilement cristallisé un linceul paisible qui veille, en le protégeant, sur le tiède abîme du sang, le vertige revêche du temps.
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Dense
Ce matin je me suis réveillé avec le soleil. Je suis assis à ma table calée contre l’une des fenêtres : de ce côté-ci on voit le pont Mindin qui relie les deux rives de la Loire (le plus long fleuve d’Europe à ce que l’on dit) juste en face de moi un phare et une sculpture double édifiée au bord de l’eau en hommage à la révolte des esclaves ainsi qu’une partie du quai et les grues. La fenêtre de la chambre offre une vue plongeante sur un panorama du quai et la base de sous-marins construite par les Nazis. Hier soir, avec ses fumées qui s’élevaient à l’arrière-plan et son éclairage un peu effrayant, le quai avait un air terrible. Quand nous sommes sortis de la gare, un crachin commença à tomber pour ne presque pas cesser de toute la nuit ; à un moment aux alentours de 3 ou 4h, FT et moi nous nous sommes réveillés, les gouttes frappaient toujours la vitre. Maintenant le soleil est là. Le ciel est clair. je suis sorti marcher ce matin, un froid tonique régnait à l’extérieur. J’ai croisé des hommes et des femmes chargés de courses, affairés. Après avoir acheté du café et quelques provisions, je suis rentré. Assis à la table, nous avons pris notre premier café en tête à tête avec Tül.
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La guerre n’est pas finie
La mort, pour Orlando, c’est comme être couché au fond d’un cratère lunaire, à regarder l’espace noir, très noir, sans jamais pouvoir se lever, être pour l’éternité derrière toutes les fenêtres, s’ouvrir à la nuit noire sans étoiles, glace noire qui gèle les artères, alors il sent la chair de poule envahir ses jambes et le vertige le gagner, lui comprimant l’aine et il serre le fusil qui maintenant fait partie de son corps un second cœur qui le maintient en vie, une dimension supérieure à la sexualité mise à l’épreuve dans chaque parcelle de sueur et de peur que répriment tous les hommes de la brigade, même les chefs, et il se demande ce que, putain, il est venu faire ici, comment du jour au lendemain on a pu lui arracher sa liberté – comme un vêtement déchiré en pleine rue – ces rues fantômes peuplées de nébuleux amis aux cheveux longs et de jeunes filles hivernales dans le cinéma Yara, que le hasard plaçait à côté de lui, qui brandissait des guitares imaginaires, battant la mesure à grands coups de tignasse….
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Revue n° 13 – Madrid / Copenhague
Sommaire
Patrick Deville Editorial Karl Ejby Poulsen Let’s meet again Jan Sonnergaard C’est dur d’être bailli quand votre femme est préfet Ursula Ankjær Olsen Atlas des trous du monde Jens Smærup Sørensen Mots tu es Jørgen Sonne Jour Katrine Marie Guldager Nørreport Susanne Jorn Mains de rêve Naja Marie Aidt Dimanche Peter Laugesen Tout seul dans le monde et hype comme diable Morten Søndergaard Vade-mecum Pia Tafdrup Les chevaux de Tarkovski Thomas Thøfner Les atomes de l’âme José Manuel Fajardo Une norme : la diversité Rosa Montero La folle du logis José Carlos Somoza Clara et la pénombre Belén Gopegui L’échelle des cartes Cristina Fernández Cubas L’horloge de Bagdad Enrique Vila-Matas Impressions de Saint-Nazaire Ignacio Martínez de Pisón Les nocturnes Bernardo Atxaga Écrire un conte en cinq minutes Manuel Rivas L’immense cimetière de La Havane Miquel de Palol Histoire du grand vérificateur José Ovejero Elle dansait le tango -

Revue n°11 – Tokyo / Luanda
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Patrick Deville Éditorial Corinne Quentin Un témoignage de vitalité Yoshimoto Banana Le petit génie tutélaire Kawakami Hiromi Le Ma Me Je Ve Sa Di Genyu Sôkyû Langueur Tanikawa Shuntarô Poèmes tirés du recueil « Onna ni« Ogawa Yôko Un étrange journal Hirano Keiichirô Les quatre femmes et la ville noir et blanc Furukawa Hideo L’horrible homme-oiseau Ikezawa Natsuki Un cadeau Nikuni Seiichi Fenêtre Yoshizawa Shôji Fenêtre et Pont de vent Fujitomi Yasuo Tête Tendo Taijin Poèmes Patrick Houdin Encore un jour de vie à Luanda Luandino Viera Confession d’un amant désespéré Arnaldo Santos Le Coucou Ruy Duarte de Carvalho Luanda Ana Paula Tavares Ex-voto José Mena Abrantes Amêsa ou la chanson du désespoir José Luis Mendonça Poèmes Ondjaki La libellule José Eduardo Agualusa La nuit où l’on arrêta le Père Noël -

Revue n°10 – Mexico / Sarajevo
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Patrick Deville Éditorial Marko Vesovic La sœur de Milan Milisic Semezdin Mehmedinovic Poèmes Faruk Sehic Poèmes Nenad Velickovic Le père de ma fille Veselin Gatalo Noir, plus noir… Muharem Bazdulj Un monde enchanté Aleksandar Hemon Le chef d’orchestre (extrait) Miljenko Jergovic Le Galvaudeux Dzevad Karahasan Énumération des prodiges Senadin Musabegovic Poèmes Philippe Ollé-Laprune Présentation Sergio Pitol Le Superbe Orénoque Mario Bellatin Underwood portable, modèle 1915 Juan Villoro Spectres de Mexico Carlos Monsiváis L’heure de la tradition, Ô consolation du mortel ! Francisco Hernández Cahier d’un retour au village natal Paco Ignacio Taibo II La tête perdue de Pancho Villa Natalia Toledo Poèmes -

Revue n°9 – São Paulo / Le Cap
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Patrick Deville Éditorial Patrick Houdin Présentation Modesto Carone Des jours meilleurs Zulmira Ribeiro Tavares La curieuse métamorphose pop de Plácido Bernardo Carvalho Quatre mouvements progressifs de la chaleur Nelson de Oliveira À cette époque nous avions un chat Fernando Bonassi Les mots et les choses Luiz Ruffato La Démolition Bruno Zéni Corps à corps avec le béton Veronica Stigger Domitila Milton Hatoum Deux temps Luis Fernando Verissimo Le policier anglais Maud Félix-Faure Présentation André Brink Peut-être jamais (extrait) J.M.Coetzee Conférence Nobel Lui et son homme Sello Duiker Cette violence qui sommeille dans les rêves Antjie Krog Poèmes ménoposaux/ Rencontre d’athlétisme dans la nouvelle Afrique du Sud Zakes Mda Le messager des baleines Zoë Wicomb Rien à voir avec le vent Ivan Vladislavic Une île accidentelle

