année de publication : Années 2000

  • Chasse nocturne

    Chasse nocturne

    Les enfants se figurent la mort comme une accumulation

    d’ombres entre les arbres : une cachette

    pour tout ce que les adultes ne peuvent nommer.

    Pourtant, ils se pressent pour ne pas manquer le rendz-vous

    au fond des bois, au point de rencontres des lignes parallèles,

    là où tout est modifié de son propre

    élan – modifié même si nous disons transformé

    lévrier en chevreuil, rires en peau et os.

    Et personne ne survit à la chasse : bien que les hommes rentrent

    en groupe de trois ou quatre, le visage rendu inexpressif par le froid,

    ils n’atteignent jamais vraiment ce qu’ils semblent être,

    laissant au cœur de la forêt une tournure de phrase ou

    une chanson de leur enfance, penchés sur la proie qui tressaille,

    ils attendent, tandis que leurs couteaux transpercent le sang,

    comme du beurre ou de la soir, que leur cœur s’arrête.

    John BURNSIDE

  • Les petits miroirs

    Les petits miroirs

    I.

    Ton futur est une plage faite de traces façonnées. Quand tu marches, plutôt que faire simplement des pas, tu accomplis. Tu obéis à quelque chose d’écrit à l’avance par des pas qui, bien qu’ils ne soient pas les tiens, se transforment en destin à mesure que tu traverses le miroir de sable.

    II.

    Au fond le bonheur te fait mal ; tu sais qu’il passera et survivra comme ces étoiles qui éclairent encore, décapitées.

    III.

    Ta peau fait taire le débordement de tout un air vivant. Sur elle s’est fragilement cristallisé un linceul paisible qui veille, en le protégeant, sur le tiède abîme du sang, le vertige revêche du temps.

    Eduardo BERTI

  • Dense

    Dense

    Ce matin je me suis réveillé avec le soleil. Je suis assis à ma table calée contre l’une des fenêtres : de ce côté-ci on voit le pont Mindin qui relie les deux rives de la Loire (le plus long fleuve d’Europe à ce que l’on dit) juste en face de moi un phare et une sculpture double édifiée au bord de l’eau en hommage à la révolte des esclaves ainsi qu’une partie du quai et les grues. La fenêtre de la chambre offre une vue plongeante sur un panorama du quai et la base de sous-marins construite par les Nazis. Hier soir, avec ses fumées qui s’élevaient à l’arrière-plan et son éclairage un peu effrayant, le quai avait un air terrible. Quand nous sommes sortis de la gare, un crachin commença à tomber pour ne presque pas cesser de toute la nuit ; à un moment aux alentours de 3 ou 4h, FT et moi nous nous sommes réveillés, les gouttes frappaient toujours la vitre. Maintenant le soleil est là. Le ciel est clair. je suis sorti marcher ce matin, un froid tonique régnait à l’extérieur. J’ai croisé des hommes et des femmes chargés de courses, affairés. Après avoir acheté du café et quelques provisions, je suis rentré. Assis à la table, nous avons pris notre premier café en tête à tête avec Tül.

    Enis BATUR

  • La guerre n’est pas finie

    La guerre n’est pas finie

    La mort, pour Orlando, c’est comme être couché au fond d’un cratère lunaire, à regarder l’espace noir, très noir, sans jamais pouvoir se lever, être pour l’éternité derrière toutes les fenêtres, s’ouvrir à la nuit noire sans étoiles, glace noire qui gèle les artères, alors il sent la chair de poule envahir ses jambes et le vertige le gagner, lui comprimant l’aine et il serre le fusil qui maintenant fait partie de son corps un second cœur qui le maintient en vie, une dimension supérieure à la sexualité mise à l’épreuve dans chaque parcelle de sueur et de peur que répriment tous les hommes de la brigade, même les chefs, et il se demande ce que, putain, il est venu faire ici, comment du jour au lendemain on a pu lui arracher sa liberté – comme un vêtement déchiré en pleine rue – ces rues fantômes peuplées de nébuleux amis aux cheveux longs et de jeunes filles hivernales dans le cinéma Yara, que le hasard plaçait à côté de lui, qui brandissait des guitares imaginaires, battant la mesure à grands coups de tignasse….

    Raul AGUIAR

  • Revue n°14 – Bruxelles / Moscou

    Revue n°14 – Bruxelles / Moscou

    Sommaire
    Patrick DevilleEditorial
    Présentation de Sigrid Bouset et Piet Joostens
    Bart MeulemanGedichten / poèmes
    Serge DelaiveDébut et fin d’un roman à écrire
    Stefan HertmansLe tissu caché (extrait)
    Caroline LamarcheLes hommes du feu
    Anne ProvoostRien ne repart tel qu’il est venu
    Grégoire PoletSur la nuit (extrait)
    Peter TerrinBlanco (extrait)
    Corinne HoexLes douceurs du jour
    Peter VerhelstQuintessence du défilé
    Bernard QuirinyL’écriture et l’oubli
    Hugo ClausApollinaire revisited
    Hélène ChâtelainEspace et labyrinthes
    Andreï BaldineLe voyage et la limite
    Vladislav OtrochenkoL’écrivain russe et l’espace suivi de L’espace intérieur
    Vassili GolovanovL’oiseau-tulipe
    Anton OutkineNatsenka
    Ekaterina BoïarskikhNous herbes
    Dmitri ZamiatineL’ombre et la lumière, La terre et le ciel, La forêt et la steppe
    Alexandre IlitchevskiGush Mullah
    Maxime OssipovLe petit Lord Fountleroy
    Mikhaïl TarkovskiLe vent

  • Revue n° 13 – Madrid / Copenhague

    Revue n° 13 – Madrid / Copenhague

    Sommaire
    Patrick DevilleEditorial
    Karl Ejby PoulsenLet’s meet again
    Jan SonnergaardC’est dur d’être bailli quand votre femme est préfet
    Ursula Ankjær OlsenAtlas des trous du monde
    Jens Smærup SørensenMots tu es
    Jørgen SonneJour
    Katrine Marie Guldagerrreport
    Susanne JornMains de rêve
    Naja Marie AidtDimanche
    Peter LaugesenTout seul dans le monde et hype comme diable
    Morten SøndergaardVade-mecum
    Pia TafdrupLes chevaux de Tarkovski
    Thomas ThøfnerLes atomes de l’âme
    José Manuel FajardoUne norme : la diversité
    Rosa MonteroLa folle du logis
    José Carlos SomozaClara et la pénombre
    Belén GopeguiL’échelle des cartes
    Cristina Fernández CubasL’horloge de Bagdad
    Enrique Vila-MatasImpressions de Saint-Nazaire
    Ignacio Martínez de PisónLes nocturnes
    Bernardo AtxagaÉcrire un conte en cinq minutes
    Manuel RivasL’immense cimetière de La Havane
    Miquel de PalolHistoire du grand vérificateur
    José OvejeroElle dansait le tango

  • Revue n°12 – Le Caire / Vancouver

    Revue n°12 – Le Caire / Vancouver

    Sommaire
    Patrick DevillePar-delà le Nil et les Rocheuses
    Khaled OsmanLe Caire à corps perdu
    Gamal GhitanyMinuit au cœur de l’exil
    Khaled al-KhamissiTaxis
    Sonallah IbrahimLe petit voyeur
    Iman MersalPourquoi est-elle venue ? – L’attaque cérébrale
    Hamdy al-GazzarMagie noire
    Alaa KhaledLes années de l’enfance aveugle
    Ahmad al-AidyÊtre ou ne pas être « Abbas al-Abd »
    Montasser al-QaffashMon ami – La marche
    Hadrien LarocheThe more you know you don’t know, the more you should leave it alone
    David AlbahariDans le hall
    Ying ChenLettres à mon fils
    Jack HodginsChez nous
    Adam Lewis SchroederLa colonie perdue
    Stan PerskyLa haie
    Anne StoneDélébile
    George StanleyLe W
    William GibsonLe jeans de Skip Spence
    Michael TurnerLe pont
    Michel Nicoll YahgulanaasHaida Manga

  • Revue n°11 – Tokyo / Luanda

    Revue n°11 – Tokyo / Luanda

    Sommaire
    Patrick DevilleÉditorial
    Corinne QuentinUn témoignage de vitalité
    Yoshimoto BananaLe petit génie tutélaire
    Kawakami HiromiLe Ma Me Je Ve Sa Di
    Genyu SôkyûLangueur
    Tanikawa ShuntarôPoèmes tirés du recueil « Onna ni« 
    Ogawa YôkoUn étrange journal
    Hirano KeiichirôLes quatre femmes et la ville noir et blanc
    Furukawa HideoL’horrible homme-oiseau
    Ikezawa NatsukiUn cadeau
    Nikuni SeiichiFenêtre
    Yoshizawa ShôjiFenêtre et Pont de vent
    Fujitomi YasuoTête
    Tendo TaijinPoèmes
    Patrick HoudinEncore un jour de vie à Luanda
    Luandino VieraConfession d’un amant désespéré
    Arnaldo SantosLe Coucou
    Ruy Duarte de CarvalhoLuanda
    Ana Paula TavaresEx-voto
    José Mena Abrantes Amêsa ou la chanson du désespoir
    José Luis MendonçaPoèmes
    OndjakiLa libellule
    José Eduardo AgualusaLa nuit où l’on arrêta le Père Noël

  • Revue n°10 – Mexico / Sarajevo

    Revue n°10 – Mexico / Sarajevo

    Sommaire
    Patrick DevilleÉditorial
    Marko VesovicLa sœur de Milan Milisic
    Semezdin MehmedinovicPoèmes
    Faruk SehicPoèmes
    Nenad VelickovicLe père de ma fille
    Veselin GataloNoir, plus noir…
    Muharem BazduljUn monde enchanté
    Aleksandar HemonLe chef d’orchestre (extrait)
    Miljenko JergovicLe Galvaudeux
    Dzevad KarahasanÉnumération des prodiges
    Senadin MusabegovicPoèmes
    Philippe Ollé-LaprunePrésentation
    Sergio PitolLe Superbe Orénoque
    Mario BellatinUnderwood portable, modèle 1915
    Juan VilloroSpectres de Mexico
    Carlos MonsiváisL’heure de la tradition, Ô consolation du mortel !
    Francisco HernándezCahier d’un retour au village natal
    Paco Ignacio Taibo IILa tête perdue de Pancho Villa
    Natalia ToledoPoèmes

  • Revue n°9 – São Paulo / Le Cap

    Revue n°9 – São Paulo / Le Cap

    Sommaire
    Patrick DevilleÉditorial
    Patrick HoudinPrésentation
    Modesto CaroneDes jours meilleurs
    Zulmira Ribeiro TavaresLa curieuse métamorphose pop de Plácido
    Bernardo CarvalhoQuatre mouvements progressifs de la chaleur
    Nelson de OliveiraÀ cette époque nous avions un chat
    Fernando BonassiLes mots et les choses
    Luiz RuffatoLa Démolition
    Bruno ZéniCorps à corps avec le béton
    Veronica StiggerDomitila
    Milton HatoumDeux temps
    Luis Fernando VerissimoLe policier anglais
    Maud Félix-FaurePrésentation
    André BrinkPeut-être jamais (extrait)
    J.M.CoetzeeConférence Nobel Lui et son homme
    Sello DuikerCette violence qui sommeille dans les rêves
    Antjie KrogPoèmes ménoposaux/ Rencontre d’athlétisme dans la nouvelle Afrique du Sud
    Zakes MdaLe messager des baleines
    Zoë WicombRien à voir avec le vent
    Ivan VladislavicUne île accidentelle