année de publication : 2012

  • Le cadavre rejeté par la mer à Saint-Nazaire

    Le cadavre rejeté par la mer à Saint-Nazaire

    Il pleuviote. Quelqu’un me heurte avec un « oh ! Pardon, monsieur » puis disparaît en direction de l’escalier. Je n’ai pas la moindre idée de comment j’ai réussi à venir jusqu’ici depuis Paris. La gare est presque vide et peu de temps après, le train est reparti pour La Baule et Le Croisic, je suis seul sur le long quai en béton. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment j’ai réussi à venir jusqu’ici. Je ne me rappelle même plus comment j’ai fait pour descendre du train, ni comment je me suis rendu compte que j’étais arrivé. Il y a des absences. Je n’ai pas le moindre souvenir non plus de mon arrivée à Paris. Je me rappelle par contre très bien d’autres choses. Mais je préfère ne pas, en règle générale j’arrive à contenir ces images. L’une d’elles me vient à présent, alors je prends le sac oblong en nylon brun et me hâte vers la sortie pendant que je focalise sur quelque chose de concret, quelque chose de différent. Si seulement le sac avait été plus lourd. Si seulement j’avais apporté plus d’affaires. Ce n’est pas une valise, plutôt un sac de sport. Il n’y a pour ainsi dire rien dedans. Ridicule.

    Jan SONNERGAARD

  • Amen et autres récits

    Amen et autres récits

    Berceuse à Jojo

    Des vilains Anglais les bombes

    Sur nos têtes en pluie tombent

    Ne crains rien mon p’tit Jojo

    Dans la cave j’t mettrai au chaud

    Do do l’enfant do…

    À deux au chaud à l’abri

    Dans not’ cave blindée jolie

    Nous serons bien protégés

    De ces horribles Anglais

    Do do l’enfant do…

    Notre douce cave bmindée

    Est très sombre et très mouillée

    Mais un’ semaine a passé…

    Maître Helga Bauer scrutait les yeux azurés et bienveillants de Jojo d’où perlaient de grosses larmes qui éclataient sur le plancher en éclaboussant ces souliers rouges vernis. Jojo tremblait de tout son corps sans cesser de sangloter.

    Hubert KLIMKO

  • Les corps de l’été

    Les corps de l’été

    C’est bien d’avoir de nouveau un corps, même si c’est un gros corps de femme que personne ne veut, et de marcher sur le trottoir en sentant la rugosité du monde. La chaleur sature la peau. les yeux se ferment : il y a encore peu de temps, aucune lumière ne me comblait. J’aime aussi tousser jusqu’à être rauque ; retourner dans ma chambre et sentir les vêtements sales.

    Les enfants de Théo m’aident à faire mes premiers pas. Ils portent la batterie, marchent et rient en tournant sur eux-mêmes. Le trajet va de la maison à l’angle, aller-retour. Quand nous arrivons au bout les enfnts font la fête. je passe la main sur la tête du petit et lui dis « qu’ils sont vibrants tes cheveux » ; je trouve ma voix bizarre.

    Martín Felipe CASTAGNET

  • Avant ils arrivaient en train

    Avant ils arrivaient en train

    La nuit tombait. Nous avions fini de jouer, tout le monde regagnait en hâte sa maison et moi, en sueur, je rentrais chez mes grands-parents quand j’entendis éclater des cris violents. Je vis au loin, sous la tache de lumière du réverbère le plus proche du stade, une foule qui se déplaçait en tous sens, d’un côté et de l’autre, dans l’obscurité environnante, devant la maison des Cenrenoi, des Ibarra et des Dainsy. C’est un endroit chaud. Il s’y passait toujours quelque chose, quelque chose de furtif, qui avait à coup sûr à voir avec le vieux Ibarra, mince comme un jonc, sec et ridé, qui semblait indestructible. Il était rebouteux ; les gens entraient et sortaient de chez lui, bras ou jambes déboités, cassés ou tordus, ce qui rendait tout naturel ce va-et-vient d’hommes pressés. En entendant et voyant cette agitation, curieux, je décidai de m’approcher, saisi d’un mauvais pressentiment, avec mes sandales bruyantes, trop grandes pour moi, et avec mon tee-shirt froissé et mouillé à la main.

    Mario CAMPANA

  • Revue n°16 – Quito / Dublin

    Revue n°16 – Quito / Dublin

    Sommaire
    Patrick DevilleEditorial
    Présentation de César Vásconez Romero
    Adolfo Macías HuertaL’arbre et le cerf-volant
    Huilo Ruales HualcaMécanique de l’orange
    Alexis Naranjo Atténuantes / Aggravantes
    Edwin MadridChocolats, poésie et rébellion
    Gabriela AlemánLa crise I
    Ernesto QuiñonezLe feu, la dernière fois
    Efraín Jara IdrovoTrace de mots
    Leonardo ValenciaDécoupe parfaite
    César Eduardo CarríonPoèmes dans une cage de Faraday
    Ernesto CarriønBilly the kid s’obstine à vouloir vieillir – Wanted
    Juanjo Rodríguez SantamaríaTerritoire pour une toile de Soutine
    Isquierdo SalvatorTomás Gutiérrez Alea
    Présentation de Hadrien Laroche
    Aidan HigginsLe baron qui venait du Balticum
    Colm TóibínBarcelone 1975
    Dermot BolgerLes rue de Martha
    Anne EnrightLe week-end de la mauvaise baise
    John BanvilleLupins et papillons de nuit à Rosslare
    Claire KilroyThe devil i know (extrait)
    Seamus HeaneyPoèmes
    Colum McCannComme s’il y avait des arbres
    Robert McLiam WilsonLe Duc d’Enghein