Un chien-renard apparut et il entra dans la ronde. Il avait un long museau ; il trotta un peu et il vola un œuf de ceux qui étaient sur le bord de la fenêtre, pour offrir. Il l’emporta en le tenant dans la gueule, mais sans serrer les dents. Il revint en chercher un autre, et un autre encore. Il les emportait et il revenait dans le noir, juste avant l’aube. Il travaillait prudemment avec son long museau, humide et effilé comme un phallus. C’est ainsi qu’il emportait – mais où ? – les œufs de Pâques, qui étaient de plusieurs couleurs. Blancs ceux des poules ordinaires. Gris, en pointillé, très fins, la plupart ; à l’intérieur – on le sut parce qu’un œuf se cassa – il y a avait des gazes et une couche de crème. Et les œufs rouges de toujours, les plus éloquents.
auteur : D
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Missels
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Une chambre à soi à Saint-Nazaire
J’arrivai à Saint-Nazaire une nuit de novembre. J’ouvris la porte du balcon de l’appartement et je fus éblouie par l’éclat des lumières du port : lueurs vives des grues, scintillements d’invisibles bateaux glissant sur la mer, pulsations phosphorescentes du phare d’en face. Le vent me décoiffa puis déposa sur mes lèvres un baiser salé.
Je ne parvins pas à trouver le sommeil, je suis habituée à dormir sur un matelas dur, mon nouveau lit est mou, creux, inutilement conjugal. Il garde la mémoire des corps, des amours, des insomnies et même des rêves de ses précédents occupants, il est fatigué de supporter le poids de tous ces souvenirs.
Giancarla DE QUIROGA
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L’océan autour de Milan
L’océan là-devant là devant
comme une idée d’aplomb
ou une hémoptysie
dans le plus court intervalle entre les tempes.
Le gris souffre. Le gris n’est pas une couleur
mais un retournement, c’est scruter par terre
l’absolue moitié de toute chose, plier en quatre
les planètes de la fortune
qui nous donnent une limite au fond de la poche,
de même qu’en hiver cette rangée de maisons
signifie marcher côte à côte, être en hiver.
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La mise en corps
La personne
Si je regarde dans le miroir et que je remue la main droite, par exemple si j’écris, je vois dans ce miroir un homme qui remue la main gauche et exécute avec elle des mouvements semblables aux miens. Il exécute des mouvements, et ma réflexion seule en découvre le sens. Je suis devenu qui je suis par mimétisme, parce que je pastiche l’homme du miroir tout en réfléchissant aux choses qu’il me fait accroire. Je est (d’où viens-je ? au moins autant du miroir que de tout ce qu’il réfléchit et qui se réfléchit en lui) entré dans ce corps par le truchement du miroir. Et depuis, je peux (peut) me (se) nommer je – chacun d’entre nous, hormis certains cas tragiques, peut se nommer je, avec les conséquences toujours plus fatales que cela suppose.
Buster C. DANIELS
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Revue n°22 – Zurich / Tirana
Sommaire
Présentation de Bernard Comment Metin Arditi Canton de Vaud, le 13 juin Saint-Saphorin, château de Pré-Vigne 10 heures Arno Camenisch Quelque part dans la pampa Nicolas Couchepin Ne plus jamais voir la mer Elisa Shua Dusapin Everland Dorothée Elmiger Et ainsi de suite Yael Inokai La vie telle qu’elle est Alberto Nessi Les enfants de Medellín Fabio Pusterla Procès-verbal des choses non dites Beat Sterchi Sur une butte dans l’Emmental Matthias Zschokke La visites Ardian Marashi La littérature albanaise : une mosaïque mouvementée Ylljet Aliçka Portrait du poète en militant Ridvan Dibra La chartreuse de Parme Bessa Myftiu En attendant… Stefan Capaliku Laisse la porte ouverte (monologue) Agron Tufa Orphi (petit poème) Virion Graçi Les hommes Ernest Koliqi L’hôte Martin Camaj Le fil retrouvé (choix de poèmes) -

Revue n°19 – Séoul / Port-au-prince
Sommaire
Patrick Deville Editorial Présentation de Jean-Noël Juttet Hwang Jeong-eun Une ville de chat Hwang Sok-yong Un monde famillier Jin Eun-young Quatre poèmes Kim Hye-soon Horizon Kim Un-su L’estuaire Kim Yeonsu Mi en avril, sol en juillet Kwak Hyo-hwan Trois poèmes Lee Seung-U La baignoire Park Chan-soon Six gouttes d’eau Pyun Hye-young Menu A Shim Bo-seon Deux poèmes Song Sok-ze Ce type, je vous jure Présentation de Bernard Magnier Port aux poètes Stéphanie Balmir Tout est à recommencer Auguste Bonel Je marche dans la ville Mehdi Chalmers La ville où je suis né–Pas même ce qui n’a pas de mots Louis-Philippe Dalembert Bel-air Jacques Adler Jean Pierre Didascalie d’une ville accroupie Syto Kavé Port-au-prince dort Yannick Lahens Et tout ce malaise James Noël Toutes ces villes qui se trompent de trottoirs Makenzy Orcel Colomb guette manman w ! Guy Régis Junior Urinoir Rodney Saint-Éloi Le poème s’appelle Port-au-prince Lyonel Trouillot Nous sommes des villes disparues Gary Victor Les galets Evains Wêche Où se situe Port-au-prince sur le web ?, À Port-au-prince, c’est chaque jour le carnaval


