E. V-M
Il me semble que ce n’est pas une imposture qui nous lie, mais un bar. Il s’appelait El Aviador. C’était un bar de Barcelone. Un établissement décoré d’hélices et de blasons, de casquettes de la RAF, de débris d’aéroport et de catastrophes aériennes. C’est Sergi Pàmies qui nous y avait amenés, et j’ai toujours pensé qu’il était parfaitement conscient de nous introduire dans un décor qui semblait tiré d’un de tes romans. Je ne suis plus jamais retourné dans ce bar, et on m’a dit qu’il n’existait plus depuis des années ; il aura connu une existence fugace.
auteur : E
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De l’imposture en littérature
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Je t’interpelle dans la nuit
Je suis là, dans la nuit, dans ma propre nuit où je suis entrée comme on entre dans une tente… Ici, c’est une chambre couleur ambre éclairée par la lumière crue d’une ampoule, entièrement recouverte de papiers. Le papier, le mot, la lettre, le signe, l’icône, le symbole… Sans souvenirs, sans être humain. Plutôt que d’éclairer, la lumière, couleur or, semble encadrer l’obscurité, appeler les ombres pour les entasser dans des coins déserts. Sept tasses refroidies encerclent mon silence et des cendriers débordants. Je me sens comme les vestiges d’une époque révolue depuis longtemps, entourée de papiers qui s’élèvent de tous bords. Ceci est un sentiment amer, aussi dense que la mare de café et lorsque je l’éclaire par la lumière des mots, il appelle une ombre plus grande encore que lui-même : ma solitude …
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Rives, rivages, la mer
À peu près ceci : Une femme se traîne dans un champ de friches durci par le gel, elle tient deux enfants par la main, qu’elle tire derrière elle. De temps à autre, elle s’immobilise. Peut-être tombe-t-elle à genoux pour ouvrir largement les bras et serre les deux enfants contre elle. Elle s’immobilise telle une pietà. Les enfants sont silencieux, dociles, raisonnables, l’un a trois ans, l’autre cinq. La femme se relève, trébuche, se rattrape, la rive n’est pas très loin. Cette rive décrit une large courbe, elle est plate. Ils l’atteignent. Ils s’immobilisent. La femme s’immobilise. Puis une agitation parcourt son corps enveloppé dans un manteau de drap fin, c’est comme une secousse qui envoie sa tête vers le ciel. Elle rassemble ses forces pour mieux tenir les enfants par la main, elle resserre ses doigts sur les leurs et commence à marcher dans l’eau où les deux enfants dociles et muets ne tardent pas à disparaître devant elle, et puis le silence se referme sur le fleuve, peut-être des blocs de glace glissent-ils sur les corps, de sorte que ces derniers ne remontent pas à la surface avant l’estuaire du fleuve, avant la mer, avant la fin.
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Revue n°22 – Zurich / Tirana
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Présentation de Bernard Comment Metin Arditi Canton de Vaud, le 13 juin Saint-Saphorin, château de Pré-Vigne 10 heures Arno Camenisch Quelque part dans la pampa Nicolas Couchepin Ne plus jamais voir la mer Elisa Shua Dusapin Everland Dorothée Elmiger Et ainsi de suite Yael Inokai La vie telle qu’elle est Alberto Nessi Les enfants de Medellín Fabio Pusterla Procès-verbal des choses non dites Beat Sterchi Sur une butte dans l’Emmental Matthias Zschokke La visites Ardian Marashi La littérature albanaise : une mosaïque mouvementée Ylljet Aliçka Portrait du poète en militant Ridvan Dibra La chartreuse de Parme Bessa Myftiu En attendant… Stefan Capaliku Laisse la porte ouverte (monologue) Agron Tufa Orphi (petit poème) Virion Graçi Les hommes Ernest Koliqi L’hôte Martin Camaj Le fil retrouvé (choix de poèmes) -

Revue n°19 – Séoul / Port-au-prince
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Patrick Deville Editorial Présentation de Jean-Noël Juttet Hwang Jeong-eun Une ville de chat Hwang Sok-yong Un monde famillier Jin Eun-young Quatre poèmes Kim Hye-soon Horizon Kim Un-su L’estuaire Kim Yeonsu Mi en avril, sol en juillet Kwak Hyo-hwan Trois poèmes Lee Seung-U La baignoire Park Chan-soon Six gouttes d’eau Pyun Hye-young Menu A Shim Bo-seon Deux poèmes Song Sok-ze Ce type, je vous jure Présentation de Bernard Magnier Port aux poètes Stéphanie Balmir Tout est à recommencer Auguste Bonel Je marche dans la ville Mehdi Chalmers La ville où je suis né–Pas même ce qui n’a pas de mots Louis-Philippe Dalembert Bel-air Jacques Adler Jean Pierre Didascalie d’une ville accroupie Syto Kavé Port-au-prince dort Yannick Lahens Et tout ce malaise James Noël Toutes ces villes qui se trompent de trottoirs Makenzy Orcel Colomb guette manman w ! Guy Régis Junior Urinoir Rodney Saint-Éloi Le poème s’appelle Port-au-prince Lyonel Trouillot Nous sommes des villes disparues Gary Victor Les galets Evains Wêche Où se situe Port-au-prince sur le web ?, À Port-au-prince, c’est chaque jour le carnaval