auteur : G

  • Hôtel du désir

    Hôtel du désir

    Le fait que je sois descendu dans cet hôtel d’un quartier du nord de la capitale doit répondre à d’autres buts, avoir des raisons plus profondes que le simple désir de changer de lieu. La rive droite de la Seine m’a toujours paru être – comme pour beaucoup de résidents de la rive gauche – un monde lointain, presque une autre ville. Mon lieu de travail, les cafés où j’aime aller, les cinémas et – le plus important – les bibliothèques universitaires sont toutes au sud. Et depuis mon arrivée à Paris j’ai toujours habité le quatorzième arrondissement rue Jean-Dollent puis boulevard Jourdan et, avant de m’installer dans cet hôtel, rue de la Glacière. Si l’on est amené à changer de pays, on s’habitue plus difficilement aux habitants du pays où l’on établit son foyer qu’au quartier où l’on s’installe. Peu à peu l’intérêt dont on n’a pas fait preuve envers le concierge, les voisins, le médecin ou l’artisan du quartier, commence à se porter sur les rues, les tables de café et même les pierres du trottoir.

    Nedim GURSEL

  • Le groupe de Barcelone

    Le groupe de Barcelone

    S’éloigner pour mieux voir, comme il fut si justement écrit. Une invitation à Saint-Nazaire de la Maison des Écrivains Étrangers et des Traducteurs, même si je n’ai pu pleinement en profiter, m’a facilité cet éloignement. À cet égard, l’estuaire de la Loire, ce fleuve vertébral de la France, est devenu ma tour de guet, propice à la contemplation de certains aspects de la vie culturelle espagnole qui, à l’image des mouettes survolant le port sous mes yeux, ont survolé mes pensées ces dernières semaines ; suite, plus exactement à la mort de Carlos Barral et de Jaime Gil de Biedma survenues en l’espace de moins d’un mois. Je parle de la nécessité d’écrire un texte, ne seraient-ce que ces quelques lignes, pour décrire un phénomène d’effervescence culturelle qui s’est produit à Barcelone au début des années soixante et qui risquerait, si on ne l’évoquait pas, de rester méconnu jusqu’à ce qu’un beau jour certain hispaniste français, nord-américain décide de se pencher sur la question.

    Luis GOYTISOLO

  • Colombes équilibristes

    Colombes équilibristes

    La rambla

    Dans la ville saltimbanque,

    le renne sur un piédestal

    la main coupée dans la bouteille de chloroforme,

    et puis les triplé endormis, María, Inés, Eduardo.

    Une image pour collectionneurs.

    Petites momies inertes dans la grisaille de la fenêtre

    couleur qu’ils n’ont guère trouvé mystérieuse

    une orange et une bicyclette heureuse.

    C’est la ville

    énigme, ambrée et violette d’anciennes pénitentes

    lieu des vieilles odeurs, avenir incertain des tourtereaux

    dans les murs de baisers extravagants

    les couples sondent une lune plus éternelle

    un rêve qui ne les châtie pas.

    Dans les rues alors que les oiseaux butinent les boutons de fleurs

    le froid hurle avec fureur et un baiser s’épanouit puis se refuse.

    Marta Leonor GONZALEZ