Où en sommes-nous, dans ce XXIème siècle déjà bien engagé, des « genre littéraires » ? Les distinctions du « roman », du « récit », du « poème », de la « nouvelle » sont-elles encore valides ? « Personnages fictifs dans une action fictive » : définition a minima du roman selon Claude Simon. C’est en effet le seul dénominateur commun à la Princesse de Clèves et à Ulysse de Joyce. Mais il est sans doute possible d’écrire des romans sans fiction aucune. Pensons aux deux derniers livres de Jean Echenoz, qui ne ressortissent bien évidemment pas à l’entreprise biographique.
Poser cette question aujourd’hui en France n’a de sens qu’en y associant des écrivains étrangers. La nomenclature des « genres littéraires » entretient un lien profond avec l’histoire de chaque littérature, et la « short story » n’est pas exactement le « cuento » comme celui-ci n’est pas exactement la « nouvelle ». Et que dire de ce genre majeur et si particulier de la « chronique » au Mexique ?
Plusieurs écrivains invités cette année à Saint-Nazaire ont accepté d’aborder dans ces pages, chacun à sa manière, le rapport qu’il entretient avec les genres littéraires, et le critique Norbert Czarny a bien voulu lancer ce débat, que nous reprendrons ensuite en public.
Si l’on conçoit que tout écrivain fût avant tout lecteur, et le demeure, c’est qu’il est facile de concevoir que le bonheur de la lecture peut être amplifié par celui de l’écriture, tout comme on peut imaginer que le bonheur de l’interprète, en musique, est plus complet que celui du mélomane, et celui du compositeur plus grand encore que celui de l’interprète. Et si les choix des écrivains, lorsqu’ils sont lecteurs, sont parfois très éloignés de leurs propres œuvres, c’est, comme le notait avec ironie Borges, qu’ « On lit ce qu’on aime, tandis qu’on n’écrit pas ce qu’on aimerait écrire, mais ce qu’on ait capable d’écrire. » (…)
L’idée de ce recueil, et des rencontre littéraires « meeting » de Saint-Nazaire, organisées par la Maison des Écrivains Étrangers et des Traducteurs est de permettre à des écrivains de langues et de cultures diverses, maniant des genres littéraires différents, de décrire cet étrange compagnon qui, parfois, dans la solitude de leur cabinet, vient se poser sur une épaule. Ou piétine leur clavier. Parfois met chapeau bas devant une phrase réussie. Parfois ricane sur l’un des rayonnages de la bibliothèque. Et peut-être vient troubler leur sommeil. Patrick Deville – Extrait de la préface.