auteur : T

  • Écureuils

    Écureuils

    Éphémérides

    Assis sur son banc à bascule, mon oncle Fernando braquait ses impressionnantes jumelles sur le mur d’arbres qui isolaient le jardin et la piscine. Il prenait tant de place sur le banc, qui pouvait accueillir deux personnes, que je devais m’asseoir à côté sur une chaise. Tenir l’énorme étui de cuir et le regarder examiner les arbres n’avait pas pour moi grand intérêt, mais si je lui tenais compagnie et l’écoutais papoter un certain temps, il me prêtait ses jumelles et me laissait inspecter le bois. Le bois ne m’intéressait pas davantage, pas plus que sa vie exubérante et secrète pendant l’été. Ce qui m’intéressait vraiment, c’était de placer des jumelles devant mes yeux et de sentir ma vue s’étirer, presque physiquement, jusqu’aux arbres, de presque la sentir toucher une carte postale sans relief mais grouillante d’écureuils, de moineaux, de faucons et de chevreuils qui sans grande timidité, franchissaient la limite entre ce qui était forêt et ce qui ne l’était plus.

    Felipe TROYA

  • Miroir aller-retour

    Miroir aller-retour

    Instant premier

    Je marche sur l’étroit sentier qui me conduit à la rivière. Rouge, le ciel crevé de jaunes véloces et de violets profonds. Un nuage

    en suspens sur cette lampe nue s’imagine agneau d’or. Au milieu des herbes sauvages, les ongles des étoiles. Limpide est l’arche

    des arbres jumeaux amoureux. Et je pense, marchant, des syllabes légères qui de loin me viennent en pluie fine,

    le paysage est une ébauche arborant ces syllabes promises à quelques vers pour entraîner l’âme en musique.

    José TRIANA

  • Autobiographie prudente

    Autobiographie prudente

    Coupe

    Je m’identifie dans le passé, regardant le miroir où un duvet ombrait mes lèvres et un mètre cinquante de haut me soumettait à la beauté troublée d’un corps en croissance.

    La chambre était une cachette où je me laissais imbiber par le mélange de la lumière de la lampe avec la cendre de la lumière extérieure en ce premier hiver de ma vie.

    Avec mon père à Nacala et la voix stridente de ma mère remplissant la maison de son désespoir, le destin était soit une coupe brisée soit une coupe vide.

    Paulo TEIXEIRA