Le marin a perdu son amour, déjà lentement sombre
le roi est assis sur son trône, mais son pays est en perdition dans la rue où vole la poussière
je sors mon mouchoir, inspecte la trame blanche
les larmes, voiture à cheval sans cocher
sans roues non plus
possèdent le vent violent tout chargé de leur peine infinie
il entre dans l’ombre du printemps
auteur : Y
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Les voisins
Vers le milieu du mois de juillet de l’an dernier, le colonel Atmadja, après avoir dîné d’un plat de poisson et avalé un double raki dans un petit restaurant de ce village balnéaire où il venait pour la première fois, regagna l’appartement avec terrasse qu’il avait loué le matin même, gravit lentement les escaliers qui menaient à sa chambre mais ne ressentit aucune envie de lire une revue ou un livre, d’écouter la radio ni de regarder la télévision, il désirait seulement s’asseoir sur le balcon et, comme il en avait l’habitude chaque soir, fumer la quatrième et dernière cigarette de la journée, accompagnée d’un bon raki. Juste au moment où il allait s’asseoir, il découvrit sur un autre balcon situé à droite, peut-être un mètre cinquante en contrebas, à la lumière d’une lanterne en verre dépoli située au-dessus de la porte vitrée qui donnait sur une petite chambre, quatre personnes assises autour d’une table sans parler, sans broncher et presque sans respirer : un homme, une femme, une petite fille et un garçonnet.
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La maison sur l’estuaire
Illumination
L’écureuil a tourné vers le ciel
ses membres parcourus par les lésions internes du réel
en une pose convulsive, ou plutôt sensuelle.
Qui, à corps perdu, se jette dans l’automne cristallin ?
Un thermomètre fiché dans les veines, fiché à la fenêtre,
fait grimper les feuilles comme des panthères,
les fais sauter à la hâte dans l’autre moitié perdue du rêve.
Qui, brusquement de ton corps extirper, rejette le néant ?
Le langage disparaît dans l’eau. Le vent emporte les idéogrammes.
Encore une histoire avec un auteur mais sans lecteur.
Ce regard vert, une fois là, est souffrance.
Chaque année le dernier sein excisé
se balance, écoute, telle la succion sans âme du nourrisson, la nuit s’éloigner. Quelqu’un, une fois de plus, fut disloqué en temps.
Être assis sous un arbre à la signification bleu-vert,
comme cramponné au froid, aux erreurs commises.
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Faux papiers
Dédale ou lambeau
Dès le matin, la journée s’était annoncée brumeuse et les mouettes piaillaient pressentant la tempête. Son esprit troublé par le temps et le désarroi de semaines de solitude le poussa à parcourir à pied la distance qui va de son domicile temporaire à la tour que les autochtones connaissent sous le nom du Vieux Môle. C’était le dernier jour de sa résidence à Saint-Nazaire et il avait pris l’habitude de faire ses adieux, chaque fois, pour toujours.
Il avait des choses à dire et quoi de mieux que de parler aux pierres de la digue. Il s’assit sur les rochers et regarda voler les mouettes, celles-là mêmes peut-être qui nichaient sur le balcon, à l’arrière de l’appartement. Le son de binious accompagnait la lente tombée de la nuit, un crépuscule d’été qui n’en finissait pas.
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Revue n°19 – Séoul / Port-au-prince
Sommaire
Patrick Deville Editorial Présentation de Jean-Noël Juttet Hwang Jeong-eun Une ville de chat Hwang Sok-yong Un monde famillier Jin Eun-young Quatre poèmes Kim Hye-soon Horizon Kim Un-su L’estuaire Kim Yeonsu Mi en avril, sol en juillet Kwak Hyo-hwan Trois poèmes Lee Seung-U La baignoire Park Chan-soon Six gouttes d’eau Pyun Hye-young Menu A Shim Bo-seon Deux poèmes Song Sok-ze Ce type, je vous jure Présentation de Bernard Magnier Port aux poètes Stéphanie Balmir Tout est à recommencer Auguste Bonel Je marche dans la ville Mehdi Chalmers La ville où je suis né–Pas même ce qui n’a pas de mots Louis-Philippe Dalembert Bel-air Jacques Adler Jean Pierre Didascalie d’une ville accroupie Syto Kavé Port-au-prince dort Yannick Lahens Et tout ce malaise James Noël Toutes ces villes qui se trompent de trottoirs Makenzy Orcel Colomb guette manman w ! Guy Régis Junior Urinoir Rodney Saint-Éloi Le poème s’appelle Port-au-prince Lyonel Trouillot Nous sommes des villes disparues Gary Victor Les galets Evains Wêche Où se situe Port-au-prince sur le web ?, À Port-au-prince, c’est chaque jour le carnaval
