type de publication : Collection Les bilingues

  • Journal de Saint-Nazaire

    Journal de Saint-Nazaire

    Vendredi 10 juin 2022

    Nous sommes enfin arrivés. L’appartement est vaste et lumineux et là dehors l’eau de toutes parts, et en plus un ciel qui n’en finit pas. Je suis très ému de savoir que Reinaldo Arenas, Marosa di Giorgio et Ricardo Piglia, parmi tant d’autres, ont vécu ici pendant un ou deux mois, qu’ils ont déambulé dans ces pièces, qu’ils ont regardé par ces fenêtres. Nous, nous avons inspecté les tiroirs, rangé nos vêtements, nous nous sommes préparé un thé. Nous avons aussi examiné la petite bibliothèque de livres publiés par la Maison. Être encore une fois les nouveaux venus, ceux qui ne comprennent pas grand-chose, ceux qui ne sont que de passage.

    R s’est levée un peu enrhumée et a décidé pour aujourd’hui d’y aller doucement. Je me suis moi réveillé enthousiaste à l’idée de ce nouveau bureau, cette nouvelle fenêtre. J’y pensais en m’endormant, comme dans mon enfance j’anticipai les matches de football du lendemain. C’est aussi notre façon d’être dans le temps : voyager vers l’avant, même si c’est impossible.

    Rodrigo HASBUN

  • Parce que

    Parce que

    Le marin a perdu son amour, déjà lentement sombre

    le roi est assis sur son trône, mais son pays est en perdition dans la rue où vole la poussière

    je sors mon mouchoir, inspecte la trame blanche

    les larmes, voiture à cheval sans cocher

    sans roues non plus

    possèdent le vent violent tout chargé de leur peine infinie

    il entre dans l’ombre du printemps

    Wang YIN