zone géographique : Argentine

  • Cinq

    Cinq

    Peu lui importaient la traversée et ses promesses de voyage. Sur la première page d’un cahier uni il écrivit, sans date visible, « Aujourd’hui a commencé la fin ». Les notes qui suivent confirment ce commentaire ; en réalité, si ce commentaire avait été écrit en dernier et placé au début, les notes ne le démentiraient pas, elles ajouteraient à son imprécision. Impossible de le savoir. Le ton est plutôt inégal, à la fois contenu et confidentiel, résigné malgré des accès de colère. En lisant le cahier, j’ai eu l’impression de quelqu’un qui serait entouré de plusieurs personnes. Toutes suivent la conversation animée, avec conviction. Mais ce sujet occupe un centre aveugle, nul ne fait attention à lui.

  • Les corps de l’été

    Les corps de l’été

    C’est bien d’avoir de nouveau un corps, même si c’est un gros corps de femme que personne ne veut, et de marcher sur le trottoir en sentant la rugosité du monde. La chaleur sature la peau. les yeux se ferment : il y a encore peu de temps, aucune lumière ne me comblait. J’aime aussi tousser jusqu’à être rauque ; retourner dans ma chambre et sentir les vêtements sales.

    Les enfants de Théo m’aident à faire mes premiers pas. Ils portent la batterie, marchent et rient en tournant sur eux-mêmes. Le trajet va de la maison à l’angle, aller-retour. Quand nous arrivons au bout les enfnts font la fête. je passe la main sur la tête du petit et lui dis « qu’ils sont vibrants tes cheveux » ; je trouve ma voix bizarre.

    Martín Felipe CASTAGNET

  • Estuaire

    Estuaire

    Denise compara les cartes anciennes du livre à un plan récent. Là où maintenant se trouvait le lycée expérimental de Saint-Nazaire était mentionné l’Académie des miracles. Elle prit une photo de la carte, appliqua un filtre à l’image et la partagea. Elle reçut aussitôt quantité de messages et des questions. Elle ne raconta pas très honnêtement comment le livre s’était retrouvé entre ses mains. Ce matin-là, elle était sortie du lycée comme d’habitude. Elle rentrait chez elle quand elle vit une créature étrange adossée à la façade du Grand Café. Denise présuma qu’il s’agissait d’une Vierge en voyant son mateau rouge, son auréole brillante et le cœur sanglant sur sa poitrine. Elle fut un peu plus décontenancée par la couleur verte de sa peau et les tentacules autour du cœur d’où s’échappait une fumée noire. En guise de salut, la Vierge agita une tentacule et se présenta : elle était Marie de l’Étrange.

  • Les petits miroirs

    Les petits miroirs

    I.

    Ton futur est une plage faite de traces façonnées. Quand tu marches, plutôt que faire simplement des pas, tu accomplis. Tu obéis à quelque chose d’écrit à l’avance par des pas qui, bien qu’ils ne soient pas les tiens, se transforment en destin à mesure que tu traverses le miroir de sable.

    II.

    Au fond le bonheur te fait mal ; tu sais qu’il passera et survivra comme ces étoiles qui éclairent encore, décapitées.

    III.

    Ta peau fait taire le débordement de tout un air vivant. Sur elle s’est fragilement cristallisé un linceul paisible qui veille, en le protégeant, sur le tiède abîme du sang, le vertige revêche du temps.

    Eduardo BERTI

  • Nouvelles impressions du petit Maroc

    Nouvelles impressions du petit Maroc

    Chaque matin pour me rendre au Petit Maroc, je dois franchir un pont mobile qui se lève et s’abaisse, non pas bien sûr à mon intention mais à celle des bateaux qui ont choisi d’entrer dans un rectangle d’eau, le « bassin » ; or, dès que je pénètre sur cette sorte d’île, je découvre un réseau de cafés – l’un d’eux se nomme le Pont Levant – qui pourrait boucler l’infime traversée inaugurée par le passage du pont ou bien fermer la parenthèse, pour employer une tournure de langue enfin appropriée. Mais je ne suis jamais entré au Pont Levant ; je vais plus loin, au Café de la Loire, le dernier, le plus proche du front extérieur de l’île et je m’assieds près de larges baies latérales qui m’offrent une vue sur le fleuve, la Loire, où passent de grands et lents navires sans qu’aucun pont se lève.

    César AIRA

  • Revue n°4

    Revue n°4

    Sommaire
    John AshberyFlow Chart
    Gary SnyderRiprapJe suis entré au Maverick Bar
    Harry MathewsMr SmathersBrendan
    Patti SmithLes amasseurs de laine
    Norma ColeMascaret
    Barbara GuestUne insistance tombe sur la réalité
    Victor Hernandez CruzLe Problème avec les Ouragans
    Brenda CoultasLa montée du sexe vers Dieu
    Eleni SikellianosPoèmes
    Vicenzo ConsoloVues du Détroit de Messine
    Erri de LucaTuf-La ville est jaune
    Marcello FoisTrop d’amour
    Carmine AbateL’idole si lointaine
    Giuseppe MontesanoLa dernière leçon
    Pierre LartigueLewis Carroll : un poème sur rien
    Salvatore Maidera SattoriJ’ai l’air sinistre encore une fois
    Sergio ChejfecLa Gueule du loup
    Carlos CortésLa croix de l’oubli
    Shelby FooteShiloh
    Alfonsina StorniPoèmes
  • Revue n°2

    Revue n°2

    Sommaire
    Zivko CingoL’incendie
    Vlada UvosevicOvide : l’exil Nerval : la folie
    Bogomil GjuzelLa fin de l’olympiade
    Luan StarovaLes livres de mon père
    Ferid MuhicLa jument de Lord Morton
    Rusomir BogdanovskiLa chambre à coucher
    Katika KulavkovaLe rêve
    Vera CejkovskaBosch
    Saso Gigov-GisL’œil chevaleresque
    Aleksandar ProkopievMutter
    Slobodan MickovicLa mort d’Alexandre
    Dragi MihajlovskiL’incident
    Armonia SomersL’homme de la place
    Marosa Di GiorgioUn conte érotique
    Juan Carlos LegidoPortrait de famille avec chat
    Miguel Angel CampodónicoL’invention du passé
    Ricardo PrietoOù la clarté même ressemble à la nuit sombre
    Juan Carlos MondragónDroit de réponse
    Alfredo Nicolas PelaezJohnny Carter-Chanson de poche-Je voudrai peut-être ta mort
    Viktor PelevineUn monde de cristal
    Paul Louis RossiLe buisson de datura
    Gheorge CraciumComposition aux parallèles inégales
    Jens Smærup SørensenJe te demande
    Arnaldo CalveyraAu silence de la page
    Nedim GürselLe Moustique
    Jabbar Yassin HussinTerre d’oubli

  • Revue n°1

    Revue n°1

    Sommaire
    Fulvio TomizzaIl est triste de vieillir dans une ville de vieillards
    Jean-Baptiste ParaTrieste ou l’avenir d’une nostalgie
    Giuseppe O.LongoLa signora Enzi
    Boris PahorL’alphabet muet de la nuit
    Entretien avec Marcello Mastroanni
    Raúl AnteloLe cartographe et la boue
    César AiraEl llanto
    María NegroniLe rêve d’Ursula
    Hugo GolaPoèmes
    Anacristina RossiLa folle de Gandoca
    Claribel AlegríaPoèmes
    Ernesto CardenalPoèmes
    Ana IstarúPoèmes
    Roberto SosaPoèmes
    Robert CastilloL’ange
    Augusto MonterrosoL’éclipse
    Tatiana LoboAmanda
    Sergio RamirezÀ Jackie, si chère à notre cœur
    Enrique JaramilloSilvia, je t’aime
    Ilarie VoroncaSaint-Nazaire
    Nikolaï KantchevLe Karma du Samouraï
    Katica KulavkovaInquiétude métaphysique
    Victor SosnoraPoèmes
    Salah StétiéLa mer de Koan
    Gao XingjianValse
    HawadNotre horizon de gamelles pour une gamelle d’horizons
    Giuseppe ConteLes jours du nuage