zone géographique : Cuba

  • Paysage avant l’aube

    Paysage avant l’aube

    Mardi. Six heures et quart. La pluie menace. Aux abords du parc, Ariel arrête le vélo, soupire et se mord les lèvres, je sais qu’il se mord les lèvres. Tu veux y aller ? demande-t-il. Je lui réponds : je ne sais pas, comme tu veux. Peut-être va-t-il tourner la tête et me dire : reste, c’est mieux, je t’offre un verre. Mais il ne le fait pas. Je continue à retoucher mon maquillage et lui, ne bouge pas jusqu’à ce qu’un klaxon indiscret me pousse sur le trottoir. Non, ça va, lui dis-je, et je remets d’un air indifférent mes talons pour éviter qu’il ne descende, ne me regarde et dise une bêtise, déjà il regarde les gens avec haine : et nous échangeons deux ou trois mots, presque toujours les mêmes, ou très semblables à ceux échangés là ou dans un autre endroit qui nous semble toujours le même :

    Ils vont pas arrêter de regarder.

    Ni de parler.

    Je m’en fiche.

    Je voudrais penser comme toi.

    Alors bouge tes fesses et oublie toute cette merde.

    Vaut mieux que tu t’en ailles.

    Je sais pas, je sais pas.

    Yam MONTAÑA

  • Contes cannibales

    Contes cannibales

    Viande

    Bill

    On va voler une vache. Le Borgne et moi. On est deux, alors qu’on devrait être trois ou quatre. Cirilo, le Borgne, marche devant, silhouette dégingandée sous une lune laiteuse qui assure son pas le long du sentier. Lui, il s’y connaît, c’est pour ça qu’il m’a dit que nous deux, c’était assez ; traîner une bande d’affamés pour après devoir négocier, non merci. Ça nous fera toujours ça de plus. Moi, non, je ne l’ai jamais fait. Mais c’est connu, on commence par penser aux choses et on finit par y être mêlé.

    Ma femme m’a fait promettre que ce serait mon seul coup. Elle m’a dit : À vouloir trop, on risque gros ; avec cette fois, on aura de quoi pendant un moment, et ensuite des jours meilleurs viendront. J’ai dit : Et s’ils ne viennent pas, j’y retourne, Comme ça de temps en temps, on n’est pas pris – le problème, c’est quand on devient accro, comme Cirilo qui est un expert. Elle a rétorqué : Et comment crois-tu qu’on devient un accro ? Tu es critique d’art et traducteur de langues classiques, pas équarisseur. Tu le fais cette fois et tu ne le fais plus, un point c’est tout. Et elle a coupé court à mes arguments.

    Ronaldo MENENDEZ

  • Méditations de Saint-Nazaire

    Méditations de Saint-Nazaire

    Apparemment l’acte d’écrire en Amérique latine se produit plus ou moins consciemment sous l’effet d’une double malédiction, le sous-développement et l’exotisme. Nous ne sommes pas européens, mais nous avons été « découverts » (mis sur la carte de l’Occident) par les Européens. Très longtemps, l’Amérique latine fut pour l’Europe cette contrée magique et sauvage où l’on pouvait encore admirer des animaux mythologiques, des paysages éblouissants, des fontaines de jouvence, de hommes qui marchaient la tête sous le bras (une preuve de plus qu’ils ne s’en servaient pas), et qui se protégeaient du soleil avec un pied gigantesque qu’ils soulevaient et déployaient à la façon d’une ombrelle ou d’une bâche.

    Reinaldo ARENAS

  • La guerre n’est pas finie

    La guerre n’est pas finie

    La mort, pour Orlando, c’est comme être couché au fond d’un cratère lunaire, à regarder l’espace noir, très noir, sans jamais pouvoir se lever, être pour l’éternité derrière toutes les fenêtres, s’ouvrir à la nuit noire sans étoiles, glace noire qui gèle les artères, alors il sent la chair de poule envahir ses jambes et le vertige le gagner, lui comprimant l’aine et il serre le fusil qui maintenant fait partie de son corps un second cœur qui le maintient en vie, une dimension supérieure à la sexualité mise à l’épreuve dans chaque parcelle de sueur et de peur que répriment tous les hommes de la brigade, même les chefs, et il se demande ce que, putain, il est venu faire ici, comment du jour au lendemain on a pu lui arracher sa liberté – comme un vêtement déchiré en pleine rue – ces rues fantômes peuplées de nébuleux amis aux cheveux longs et de jeunes filles hivernales dans le cinéma Yara, que le hasard plaçait à côté de lui, qui brandissait des guitares imaginaires, battant la mesure à grands coups de tignasse….

    Raul AGUIAR

  • Revue n°7 – Alger / La Havane

    Revue n°7 – Alger / La Havane

    Sommaire
    Patrick DevilleDeux combattants
    Virgilio PiñeraLa mort des oiseaux
    Eliseo DiegoPoèmes
    Antón ArrufatFiction subite ou poèmes lents
    Leonardo PaduraSonatine pour Rafaela
    Mirta YañezKid Bururu et les cannibales
    Karla SuarezCarosse pour acteurs
    Ena Lucía PortelaNue sous la pluie
    Giaconda BelliLe pays sous ma peau
    Jacinta EscudosL’immense Prince aveugle et la Sirène du dixième étage
    Sofiane HadjadjEn quête d’une autre littérature algérienne
    Al Mahdi AcherchourVous êtes ces hommes
    Habib AyyoubLe remonteur d’horloge
    Mustapha BenfodilLes bavardages du Seul
    Maïssa BeyMain de femme à la fenêtre
    Sofiane HadjadjEn pure perte
    H’mida AyachiLabyrinthes
    Bachir MeftiLa dernière nuit d’un siècle déchu
    Hakim MiloudLes sentiers du silence/L’offrande du corps
  • Meeting 2003

    Meeting 2003

    Meeting 2003

    Festival de littérature Meeting 2003-2004

    L’idée de ce recueil et des rencontres littéraires « meeting » de Saint-Nazaire, organisées par la maison des Écrivains Étrangers et des Traducteurs, est de permettre à des écrivains de langues et de cultures diverses, maniant des genres littéraires différents, de décrire cet étrange compagnon qui, parfois, dans la solitude de leur cabinet, vient se poser sur une épaule. Ou piétine leur clavier. Parfois met chapeau bas devant une phrase réussie. Parfois ricane sur l’un des rayonnages de la bibliothèque. Et parfois peut-être vient troubler leur sommeil. (…) Patrick Deville

    Extrait de la préface du recueil Le lecteur idéal, meet 2003



    Maïssa Bey (Algérie)
    Edward Carey (Grande-Bretagne)
    Carlos Cortes (Costa Rica)
    José Manuel Fajardo (Espagne)
    Pierre Lartigue (France)
    Alberto Manguel (Canada)
    Bachir Mefti (Algérie)
    Pierre Michon (France)
    Juan Carlos Mondragon (Uruguay)
    Leonardo Padura (Cuba)
    Jean-Baptiste Para (France)
    Jean Rolin (France)
    Olivier Rolin (France)
    Karla Suarez (Cuba)
    Carl Watson (États-Unis)