année de publication : Années 2000

  • Autobiographie prudente

    Autobiographie prudente

    Coupe

    Je m’identifie dans le passé, regardant le miroir où un duvet ombrait mes lèvres et un mètre cinquante de haut me soumettait à la beauté troublée d’un corps en croissance.

    La chambre était une cachette où je me laissais imbiber par le mélange de la lumière de la lampe avec la cendre de la lumière extérieure en ce premier hiver de ma vie.

    Avec mon père à Nacala et la voix stridente de ma mère remplissant la maison de son désespoir, le destin était soit une coupe brisée soit une coupe vide.

    Paulo TEIXEIRA

  • Les pétroglyphes

    Les pétroglyphes

    Parfois , je rêve des pétroglyphes. Alors je les revois comme je les voyais autrefois : des cris sourds, des cicatrices aveugles sur les pierres au bord de la rivière. Mais dans les rêves, c’est différent : la lumière est glauque, bleutée en fait, et les pierres paraissent plus éloignées, plus grandes et poreuses qu’elles ne l’étaient en vérité. Dans les rêves il n’y a pas de moustiques, le courant du ruisseau est silencieux et bien que les grands arbres bordent le lit du cours d’eau, leur présence ne revêt pas l’importance qu’elle avait alors à mes yeux. Leurs feuilles ne susurrent pas, ne vibrent pas non plus sous la caresse du vent. Et l’on n’entend pas les oiseaux, les écureuils ne sautillent pas de branche en branche. C’est comme si tout le sens de la scène était condensé là : dans les cercles concentriques, les lignes ténues qui s’étirent sur les pierres, émettent un murmure et s’éclipsent. Moi je regarde les dessins, les dessins me regardent. C’est un silence privé de paroles et de pensées, une simple distance comme celle d’un poignard. Mais non rien n’y est menaçant. Moi je regarde les dessins, les dessins me regardent. Ils m’interrogent et je les interroge moi aussi. Mais ce ne sont pas des questions ; ce ne sont que ces deux présences – les pétroglyphes et moi – , et un silence tendu entre nous, qui nous rapproche.

    Rodrigo SOTO

  • Fragments et chants d’adieu

    Fragments et chants d’adieu

    La séduction venue de la sérénité des montagnes, ces personnages dans le paysage, nous ramènent aux Wei, aux Jin. Être assis, désœuvré, pensant au vin, au travail des champs, à la poésie, les regards lointains et la tristesse âcre de l’horizon ne font plus qu’un.

    Au-dessus du chant de l’oiseau, coulant entre les gorges du toit pointu d’un clocher de campagne, du bois touché par le premier givre, les cimes étranges d’une terre autre, tel un paravent, se déroulent ; en haut, des herbes fanées et la neige de l’hiver dernier.

    Grimper comme Kuafu peiner en vain à la poursuite de la roue lancée des saisons, avant le coucher du soleil, devoir reprendre ce même chemin. L’arc-en-ciel couleur de chair, ce dévoreur de nuages et de lumière, entre au fond du verre à pied. Les sons du luth dont joue l’ermite sur le lac ont brisé l’oie sauvage en son retour. La vigne, femme plante à la peau touchée par le givre, ses larmes qui accueillent-elles ?

    SONG Lin