1
Maman, Regarde !
Regarde, maman !
Maman, regarde !
2
Terrasse vide
Des voitures passent
le vent arrive
3
Précipitée au balcon
La gorge sèche
Une ombre file
(…)
année de publication : Années 2000
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La maison sur l’estuaire
Illumination
L’écureuil a tourné vers le ciel
ses membres parcourus par les lésions internes du réel
en une pose convulsive, ou plutôt sensuelle.
Qui, à corps perdu, se jette dans l’automne cristallin ?
Un thermomètre fiché dans les veines, fiché à la fenêtre,
fait grimper les feuilles comme des panthères,
les fais sauter à la hâte dans l’autre moitié perdue du rêve.
Qui, brusquement de ton corps extirper, rejette le néant ?
Le langage disparaît dans l’eau. Le vent emporte les idéogrammes.
Encore une histoire avec un auteur mais sans lecteur.
Ce regard vert, une fois là, est souffrance.
Chaque année le dernier sein excisé
se balance, écoute, telle la succion sans âme du nourrisson, la nuit s’éloigner. Quelqu’un, une fois de plus, fut disloqué en temps.
Être assis sous un arbre à la signification bleu-vert,
comme cramponné au froid, aux erreurs commises.
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Faux papiers
Dédale ou lambeau
Dès le matin, la journée s’était annoncée brumeuse et les mouettes piaillaient pressentant la tempête. Son esprit troublé par le temps et le désarroi de semaines de solitude le poussa à parcourir à pied la distance qui va de son domicile temporaire à la tour que les autochtones connaissent sous le nom du Vieux Môle. C’était le dernier jour de sa résidence à Saint-Nazaire et il avait pris l’habitude de faire ses adieux, chaque fois, pour toujours.
Il avait des choses à dire et quoi de mieux que de parler aux pierres de la digue. Il s’assit sur les rochers et regarda voler les mouettes, celles-là mêmes peut-être qui nichaient sur le balcon, à l’arrière de l’appartement. Le son de binious accompagnait la lente tombée de la nuit, un crépuscule d’été qui n’en finissait pas.
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Le vilain et les aveugles
Lundi 5 mai
J’ai trouvé un travail de serveur dans le restaurant où Rosetta est employée comme plongeuse ; j’ai accepté d’y travailler sans rémunération le temps d’apprendre le métier et ce qu’il faut d’italien pour me débrouiller avec les clients. En échange j’ai droit à de copieux plats de pâtes et de viande au déjeuner et au dîner et j’échappe un peu à la généreuse hospitalité de Rosetta qui toutefois assure que c’est un plaisir de loger et prendre soin du frère de la jeune fille qui a séduit son fils, Gaetano. Je suis témoin de toute la persévérance que celui-ci met pour étudier et combattre une paresse naturelle afin d’accélérer un retour tant espéré dans notre pays et le bonheur des retrouvailles avec ma sœur.
Pour l’instant, l’argent m’importe peu, il m’en reste en effet assez pour me payer mes cigarettes, en attendant que commence l’été et que mes services soient plus utiles à Leonardo, qui m’a déjà prévenu qu’il ne pourra pas me payer beaucoup car il avait retenu son personnel à l’avance mais que, vu l’enthousiasme que je faisais preuve dans mon travail, ce qu’il n’attendait pas d’un Latinoaméricain, il s’engageait à me garder jusqu’à l’hiver.
Jesus VARGAS GARITA
