année de publication : Années 2000

  • Les rescapés de la patience

    Les rescapés de la patience

    Téhéran

    D’un toit à l’autre

    Dans la congestion du bruit

    Personne ne cogne sur les boîtes métalliques

    Il faut organiser un nouveau Zâr

    Pour traiter cet épileptique ancien

    Les pleurs n’ont pas goût de raisin

    Dans le Guézél-Héssâr des rues

    Les condamnés à perpétuité vacillent

    D’un fumoir à un lit

    Nulle conciliation des corps entre Mah-âbâd et Tchâh-bahâr

    Il ne reste plus rien à couper dans ce spectacle

    Je soupçonne la capitale de répéter sans fin

    Le film de la semaine

    Je soupçonne les Peykâns blanches, les bruits de pas

    Le Carré des Damnés qui célèbre les noces

    des jeunes arrivants

    Je voudrais fuir mes noces avant l’aube

    Aucun lieu pour me cacher.

    Grânâz MOUSSAVI

  • Paysage avant l’aube

    Paysage avant l’aube

    Mardi. Six heures et quart. La pluie menace. Aux abords du parc, Ariel arrête le vélo, soupire et se mord les lèvres, je sais qu’il se mord les lèvres. Tu veux y aller ? demande-t-il. Je lui réponds : je ne sais pas, comme tu veux. Peut-être va-t-il tourner la tête et me dire : reste, c’est mieux, je t’offre un verre. Mais il ne le fait pas. Je continue à retoucher mon maquillage et lui, ne bouge pas jusqu’à ce qu’un klaxon indiscret me pousse sur le trottoir. Non, ça va, lui dis-je, et je remets d’un air indifférent mes talons pour éviter qu’il ne descende, ne me regarde et dise une bêtise, déjà il regarde les gens avec haine : et nous échangeons deux ou trois mots, presque toujours les mêmes, ou très semblables à ceux échangés là ou dans un autre endroit qui nous semble toujours le même :

    Ils vont pas arrêter de regarder.

    Ni de parler.

    Je m’en fiche.

    Je voudrais penser comme toi.

    Alors bouge tes fesses et oublie toute cette merde.

    Vaut mieux que tu t’en ailles.

    Je sais pas, je sais pas.

    Yam MONTAÑA

  • Encore un air sinistre

    Encore un air sinistre

    Mes paupières s’écartent comme en un bâillement. Je suis vanné, les bras en croix, sur ce matelas dur.

    Il est déjà huit heures vingt-trois d’après les numéros fluorescents du réveil sur la petite table près de la tête du lit. Mille particules de poussière flottent en l’air devant moi. Complètement endormi sur l’oreiller, j’aperçois des cheveux, d’une longueur kilométrique, qui ne peuvent être les miens.

    Mon dos se réchauffe doucement, je le perçois peu à peu, le soleil au milieu des rideaux déteints y contribue. Je me sens lourd et me souviens à peine de la soirée d’hier, ah si, je me rappelle, encore elle, mais cette fois c’était plus…Ah j’ai mal au crâne.

    Il devait être sept heures à peine, la nuit commençait à tomber. Dans la journée, on avait traîné au club, c’est pourquoi à cette heure, on était déjà lessivés. Les vagues de soleil et les cris de la mer ; des aboiements et ton prénom par intervalles pour que tu sortes de l’eau : « Viens on va boire un coup à la Roca, dépêche », j’ai dit à Paula. Non, et j’ai couru chercher la serviette sur la grève. Mes pieds se sont couverts, mouillés de sable encore tiède tandis que je filais vers la chambre louée pour le week-end.

    Salvatore Maldera SATTORI

  • La nostalgie de la boue

    La nostalgie de la boue

    D’après la liste des prises de vue sur laquelle se base le scénario de La table 23, qui a pour sous-titre Centimètre de Plaisir, c’est au tour d’une étudiante cochonne. Victoria doit être surprise par le Teacher Rocco pendant qu’elle se masturbe avec une trousse, et ensuite il doit la punir d’une volée de sexe rigide. Elle se comporte comme une mineure qui n’a pas appris correctement les tables de multiplication et accepte, soumise, la punition. Elle doit pousser des cris, haleter et s’exciter comme une petite fille qui fait du chantage à ses parents pour qu’on lui achète un jouet et qui arrête ainsi de pleurer. Deux autres actrices doivent regarder la scène par la fenêtre pendant qu’elles se lèchent mutuellement les doigts et les poings.

    Oscar David LOPEZ

  • Sous la tente du grand sacrificateur

    Sous la tente du grand sacrificateur

    Dans l’Anthologie rééditée

    Dans l’Anthologie rééditée sont inclus tous les poètes sauf le Poète qui est tellement plus gtrand qu’eux tous m^me pris ensemble qu’il ne saurait jamais y entrer. Son nom avec ses myriades de pseudonymes est toujours plus que l’univers dont l’étroitesse d’esprit même finit par s’élargir grâce à lui…

    Ignorant tout

    Ignorant tout je suspends mon souffle lorsque je commence à lire ce qui fut au commencement selon les Saintes Écritures, tandis que le plus lettré des hommes de lettres continue à se demander si le Verbe s’est appris lui-même en autodidacte.

    Nikolai KANTCHEV

  • Contrées

    Contrées

    Quatre bandits

    Au Copton club

    de Harlem

    chaque nuit

    nous étions quatre buveurs

    joyeux bandits capables de souffler

    n’importe où pratiquement

    pourvu qu’on eût de la musique

    nous prenions du bon temps sans vraiment nous soucier

    du pain et autres foutaises

    Non loin

    à cent mètres de chez lui

    mourut assassiné

    le premier d’entre nous

    Chano Pozo

    percussionniste

    confondu

    si l’on en croit la légende

    avec un faux prophète

    l’endroit était ainsi

    et il nous enchantait

    Partout l’on trouve

    du blues ou du gospel commercial

    Jamais au Copton

    ni à l’office dominical (…)

    Miguel HUEZO MIXCO

  • La gare des rêves

    La gare des rêves

    Je ne veux pas laisser à Saint-Nazaire le souvenir d’une canaille. Je sais que je pourrais me taire. Il suffirait de bazarder ces aveux concernant ma responsabilité dans la mort de Gérard que je n’ai connu qu’en rêve et dont la véritable existence ne m’a été révélée qu’après sa mort. Seule ma conscience m’oblige à me faire connaître. Finalement cet ancien héros de la Seconde Guerre mondiale est mort de mort naturelle. Cependant je me sens responsable de ce qui lui est arrivé tout comme la tragédie de la gare des rêves de cette ville bretonne.

    Je me suis engagé auprès de la Maison des Écrivains Étrangers et des Traducteurs (meet) à produire une œuvre qui sera publiée dans la collection bilingue des écrivains invités. Laisser une vingtaine de poèmes, les uns composés sur place, d’autres dans mon pays serait la façon la plus simple de tenir mes engagements et au passage une astuce pour me dispenser d’écrire ces pages que je crois devoir laisser aux habitants de la ville et en général à tous ceux qui désirent connaître l’histoire de mon infamie, si tant est que j’aspire à un peu de compréhension et à quelque réconfort pour soulager ma conscience.

    Orlando SIERRA HERNANDEZ