année de publication : Années 2010

  • Au Sud de l’équateur

    Au Sud de l’équateur

    regardant l’Atlantique et le ciel, bleu pâle, tandis qu’arrivent et partent les bateaux et que se sont posés un nouveau venu et celle qui l’a précédé, assise sur le balcon avec une tasse de café, j’ai écrit.

    Question

    Comment sous l’odeur du ciel ne pas se fondre

    dans l’immensité d’une soirée malade,

    Journée incrustée dans la rétine du migrant,

    les viscères du cœur chavirent le soleil

    et lui tordent l’estomac incapable d’accueillir

    des temps nouveaux. Moi errant sans but

    ni langue, accroché à mes rêves.

    The Building

    Je me repose sur ce lit où a dormi celle qui m’a précédé rêvant à la pâleur infinie de l’Atlantique et du ciel, je me couche avec l’angoisse de ne pas salir le ciel, cette mer, cet appartement qui a accueilli celle qui m’a précédé, aujourd’hui il a lu celle qui m’a précédé, j’ai écrit en sa fulgurante présence au dixième étage, regardant l’Atlantique et le ciel, bleu pâle, tandis qu’arrivent et partent les bateaux et que se sont posés un nouveau venu et celle qui l’a précédé, assise sur le balcon avec une tasse de café, j’ai écrit sans remords sous la pâleur du ciel et de la mer, celle qui m’a précédé moi toi nouveau venu qui arrives, écris comme elle avant moi, toi qui arrives et es le suivant dans cette Maison des Écrivains de Saint-Nazaire face à l’Atlantique et à l’estuaire de la Loire, j’écris.

    Edwin MADRID

  • Trois nouvelles au bord de l’eau

    Trois nouvelles au bord de l’eau

    Requiem

    Il ne restait que quelques centaines de mètres avant la maison et pourtant je n’ai pu m’empêcher de freiner et de m’arrêter sur le bord de la route. J’ai ouvert la portière et les odeurs ont monté vers moi : les fleurs, l’herbe, les pins de la forêt et, derrière la colline, la mer s’étendant à perte de vue. Ces fragrances, je les connaissais. D’une certaine façon elles faisaient partie de moi.

    Je suis allé me poster près du vieux chêne et j’ai ouvert ma braguette. Au loin on entendait le bruit d’une scie à moteur. C’était sûrement le paysan, s’il était encore en vie. Mais peut-être quelqu’un d’autre a-t-il repris la ferme. J’ai tourné la tête et regardé vers la pointe. Je ne voyais pas encore la maison, j’en devinais seulement la présence en dessous des pins qui montaient la garde sur elle. Par grand vent, ces arbres au fût très droit et de taille impressionnante grinçaient et craquaient. Enfant, je tirais la couverture par-dessus ma tête pour tenter d’empêcher ces bruits d’envahir mes pensées. Mais ce n’était guère efficace et je finissais toujours par quitter la quiétude de mon lit pour retrouver Édith dans la salle de séjour. Le mauvais temps ne la dérangeait pas le moins du monde, elle, et la sentir près de moi calmait vite mes appréhensions.

    Hakan LINDQUIST

  • Amen et autres récits

    Amen et autres récits

    Berceuse à Jojo

    Des vilains Anglais les bombes

    Sur nos têtes en pluie tombent

    Ne crains rien mon p’tit Jojo

    Dans la cave j’t mettrai au chaud

    Do do l’enfant do…

    À deux au chaud à l’abri

    Dans not’ cave blindée jolie

    Nous serons bien protégés

    De ces horribles Anglais

    Do do l’enfant do…

    Notre douce cave bmindée

    Est très sombre et très mouillée

    Mais un’ semaine a passé…

    Maître Helga Bauer scrutait les yeux azurés et bienveillants de Jojo d’où perlaient de grosses larmes qui éclataient sur le plancher en éclaboussant ces souliers rouges vernis. Jojo tremblait de tout son corps sans cesser de sangloter.

    Hubert KLIMKO