auteur : A

  • Méditations de Saint-Nazaire

    Méditations de Saint-Nazaire

    Apparemment l’acte d’écrire en Amérique latine se produit plus ou moins consciemment sous l’effet d’une double malédiction, le sous-développement et l’exotisme. Nous ne sommes pas européens, mais nous avons été « découverts » (mis sur la carte de l’Occident) par les Européens. Très longtemps, l’Amérique latine fut pour l’Europe cette contrée magique et sauvage où l’on pouvait encore admirer des animaux mythologiques, des paysages éblouissants, des fontaines de jouvence, de hommes qui marchaient la tête sous le bras (une preuve de plus qu’ils ne s’en servaient pas), et qui se protégeaient du soleil avec un pied gigantesque qu’ils soulevaient et déployaient à la façon d’une ombrelle ou d’une bâche.

    Reinaldo ARENAS

  • Un sambouk traverse la mer

    Un sambouk traverse la mer

    Scarlette allait en mer. Grande et d’allure statuaire, les jambes fermes, elle portait de grandes bottes en cuir et un ciré noir. Jusque pendant la guerre, après l’évacuation, quand l’estuaire ne faisait qu’éructer des fontaines de soufre. Des pommeaux de douche bouillants crachaient vers le ciel et elle, elle allait en mer. Même quand la ville se changea tout entière en brasier et qu’un feu blanc la dévora. Il y avait de la cendre partout : un voile opaque, en contre-jour, recouvrait les arbres, les maisons, la moindre barque.

    Ubah Cristina ALI FARAH

  • Nouvelles impressions du petit Maroc

    Nouvelles impressions du petit Maroc

    Chaque matin pour me rendre au Petit Maroc, je dois franchir un pont mobile qui se lève et s’abaisse, non pas bien sûr à mon intention mais à celle des bateaux qui ont choisi d’entrer dans un rectangle d’eau, le « bassin » ; or, dès que je pénètre sur cette sorte d’île, je découvre un réseau de cafés – l’un d’eux se nomme le Pont Levant – qui pourrait boucler l’infime traversée inaugurée par le passage du pont ou bien fermer la parenthèse, pour employer une tournure de langue enfin appropriée. Mais je ne suis jamais entré au Pont Levant ; je vais plus loin, au Café de la Loire, le dernier, le plus proche du front extérieur de l’île et je m’assieds près de larges baies latérales qui m’offrent une vue sur le fleuve, la Loire, où passent de grands et lents navires sans qu’aucun pont se lève.

    César AIRA

  • La guerre n’est pas finie

    La guerre n’est pas finie

    La mort, pour Orlando, c’est comme être couché au fond d’un cratère lunaire, à regarder l’espace noir, très noir, sans jamais pouvoir se lever, être pour l’éternité derrière toutes les fenêtres, s’ouvrir à la nuit noire sans étoiles, glace noire qui gèle les artères, alors il sent la chair de poule envahir ses jambes et le vertige le gagner, lui comprimant l’aine et il serre le fusil qui maintenant fait partie de son corps un second cœur qui le maintient en vie, une dimension supérieure à la sexualité mise à l’épreuve dans chaque parcelle de sueur et de peur que répriment tous les hommes de la brigade, même les chefs, et il se demande ce que, putain, il est venu faire ici, comment du jour au lendemain on a pu lui arracher sa liberté – comme un vêtement déchiré en pleine rue – ces rues fantômes peuplées de nébuleux amis aux cheveux longs et de jeunes filles hivernales dans le cinéma Yara, que le hasard plaçait à côté de lui, qui brandissait des guitares imaginaires, battant la mesure à grands coups de tignasse….

    Raul AGUIAR

  • Bien loin de Marienbad

    Bien loin de Marienbad

    Il est huit heures du soir ; il n’y a personne à la gare.

    Non, ce n’est pas exact. Pour être précis, le TGV arrie ponctuellement à vingt heures et sept minutes – et il n’y a rien de plus ponctuel qu’un TGV, sauf peut-être l’omnibus suédois de Kungshambra, il y a si longtemps, est-ce que ça va continuer ainsi ? – donc il est bien huit heures du soir, un peu plus mais à peine. S’il importe toutefois de savoir l’heure à laquelle tout cela commence.

    Caio Fernando ABREU

  • Revue n°22 – Zurich / Tirana

    Revue n°22 – Zurich / Tirana

    Sommaire
    Présentation de Bernard Comment
    Metin ArditiCanton de Vaud, le 13 juin Saint-Saphorin, château de Pré-Vigne 10 heures
    Arno CamenischQuelque part dans la pampa
    Nicolas CouchepinNe plus jamais voir la mer
    Elisa Shua DusapinEverland
    Dorothée ElmigerEt ainsi de suite
    Yael InokaiLa vie telle qu’elle est
    Alberto NessiLes enfants de Medellín
    Fabio PusterlaProcès-verbal des choses non dites
    Beat SterchiSur une butte dans l’Emmental
    Matthias ZschokkeLa visites
    Ardian MarashiLa littérature albanaise : une mosaïque mouvementée
    Ylljet AliçkaPortrait du poète en militant
    Ridvan DibraLa chartreuse de Parme
    Bessa MyftiuEn attendant…
    Stefan CapalikuLaisse la porte ouverte (monologue)
    Agron TufaOrphi (petit poème)
    Virion GraçiLes hommes
    Ernest KoliqiL’hôte
    Martin CamajLe fil retrouvé (choix de poèmes)

  • Revue n°21 – Lima / Lisbonne

    Revue n°21 – Lima / Lisbonne

    Sommaire
    Patrick DevilleEditorial
    Présentation de Diego Trelles Paz
    Mario Vargas LlosaP’tit Pierre
    Oscar Colchado LucioLa maison du Cerro « El Pino »
    Victoria GuerreroDeux poèmes
    Guillermo Niño de GuzmánChevaux de minuit
    Antonio Gálvez RoncerosJacinto et Manfreda
    Carmen OlléUne jeune fille sous son parapluie
    Alfredo PitaExpulsés du paradis
    Goran TocilovacBeauté immobile
    Leyla BartetSans motif apparent
    Jeremías GamboaLa terre dont nous sommes faits
    Fernando AmpueroLongueurs de bassin avec Julio Ramón
    Richard ParraNecrofucker
    Présentation de José Mário Silva
    Ana Margarida de CarvalhoOn ne peut pas habiter dans les yeux d’un chat
    David MachadoLe monde silencieux de Diamantino
    Filipa LealLa ville liquide
    Gonçalo M.TavaresAutobiographie
    João TordoLudmila & Tsukuda
    María do Rosário PedreiraPoèmes
    Nuno JudicePoèmes
    José Luís PeixotoTrahison
    Lídia JorgeSurbooking
    Valter Hugo MãeLe bonheur européen
    Bruno Vieira AmaralL’extinction des papillons monarques

  • Revue n°19 – Séoul / Port-au-prince

    Revue n°19 – Séoul / Port-au-prince

    Sommaire
    Patrick DevilleEditorial
    Présentation de Jean-Noël Juttet
    Hwang Jeong-eunUne ville de chat
    Hwang Sok-yongUn monde famillier
    Jin Eun-youngQuatre poèmes
    Kim Hye-soonHorizon
    Kim Un-suL’estuaire
    Kim YeonsuMi en avril, sol en juillet
    Kwak Hyo-hwanTrois poèmes
    Lee Seung-ULa baignoire
    Park Chan-soonSix gouttes d’eau
    Pyun Hye-youngMenu A
    Shim Bo-seonDeux poèmes
    Song Sok-zeCe type, je vous jure
    Présentation de Bernard MagnierPort aux poètes
    Stéphanie BalmirTout est à recommencer
    Auguste BonelJe marche dans la ville
    Mehdi ChalmersLa ville où je suis néPas même ce qui n’a pas de mots
    Louis-Philippe DalembertBel-air
    Jacques Adler Jean PierreDidascalie d’une ville accroupie
    Syto KavéPort-au-prince dort
    Yannick LahensEt tout ce malaise
    James NoëlToutes ces villes qui se trompent de trottoirs
    Makenzy OrcelColomb guette manman w !
    Guy Régis JuniorUrinoir
    Rodney Saint-ÉloiLe poème s’appelle Port-au-prince
    Lyonel TrouillotNous sommes des villes disparues
    Gary VictorLes galets
    Evains WêcheOù se situe Port-au-prince sur le web ?, À Port-au-prince, c’est chaque jour le carnaval

  • Revue n°18 – Bogotá / Beyrouth

    Revue n°18 – Bogotá / Beyrouth

    Sommaire
    Patrick DevilleEditorial
    Présentation de Juan Gabriel VásquezLa danse des genres
    Héctor AbadEmma et Teresa
    Piedad BonnettCe qui n’a pas de nom (extrait)
    Santiago GamboaUne maison à Bogotá
    Tomás GonzálezMiel
    Nahum MonttL’Eskimo et le papillon (extrait)
    Julio ParedesLa. arte de la réalité
    Laura RestrepoHot Sur (extrait)
    Evelio RoseroTrois contes
    Alberto Salcedo RamosMémoires du dernier brave
    Miguel TorresL’incendie d’avril (extrait)
    Présentation de Charif Majdalani
    Elias KhouryLe royaume des étrangers
    Abbas BeydounSept poèmes
    Hoda BarakatLe goût des nèfles
    Hassan DaoudAucun chemin ne mène au paradis
    Jabbour DouaihyRayya-la-rivière (extrait)
    Rabee JaberBeyrouth, ville monde
    Yasmine KlatVous me direz au crépuscule
    Sahar MandouMina
    Rasha al-AtrashSavon