Chaque fois que je reviens ici au dixième étage du Building, la vieille table est coincée entre la colonne et le mur de la terrasse, son plateau replié en deux. Elle porte la saleté du temps, dont je suis maintenant convaincu qu’il correspond à celui de mes absences. Malgré ses dimensions elle est très lourde, ce qui vaut plutôt mieux vu le vent qui souffle par ici, sauf quand vient le moment de la déplacer. Chaque fois que je reviens ici, je prends cette petite table, je l’ouvre, je la nettoie, je la redouvre avec la natte de plage que j’ai trouvée dans le placard de l’entrée, et je transforme l’ensemble en un parfait bureau que j’utilise le plus souvent possible, chaque fois que je reviens ici. Mais la première fois c’était en hiver et cette petite table, je l’ai seulement nettoyée et je ne m’en suis jamais servie. pas sur la terrasse, en tout cas. J’ai toujours voulu avoir une terrasse où écrire et celle-ci, en plein en face de la Loire, en pllein à côté de l’Océan, en plein au-dessus du port de Saint-Nazaire, tellement haute et avec le monde entier autour ressemble exactement à l’idéal de toutes les terrasses.
auteur : F
-

Sentiments subversifs
-

La consultation
La clé que m’avait remise Olga était la bonne. Tandis que la porte s’ouvrait en grinçant, ma main se posa d’elle-même sur le commutateur. Ma main se souvenait parfaitement. J’étais souvent venu en visite avec la nièce de Hilda, à une époque que rien ne peut plus rappeler. Pas même un nom.
Et pourtant : bribes de souvenirs, brassages, remous, chemin perdu au milieu des broussailles, au-delà de la barrière de l’oubli, du café et des gâteaux, superpositions multiples, stratifications, café et gâteaux, maté et factura, le café léger et la tarte au sucre, le maté sucré et la pâtisserie fine recouverte de paillettes multicolores, des paillettes de sucre minuscules ; comme si c’était exprès, comme si elle, Hilda obéissait à un instinct d’autodestruction, juste un petit morceau de gâteau rien qu’un, puis un autre, puis un troisième, gourmande comme elle était, comme elle l’avait aussi été enfant, et aujourd’hui, autrefois et maintenant, diabétique et gourmande. Sa mauvaise conscience venait-elle de là ? Parce qu’elle se détruisait elle-même ? Et que ça n’est pas permis non plus, se détruire, s’anéantir. Dios te castigó
