auteur : K

  • Arsenal

    Arsenal

    Le vélodrome

    Le vélodrome survivait aux dimanches. Les spectateurs partis, seules les foules invisibles hantaient les tribunes, s’attardaient, hautaines, avec le vent pour seule plainte. Grosse bête grise endormie dans les broussailles, le vélodrome ne semblait respirer que dans la semaine, une fois rendu à son doux naufrage derrière l’enclos de bois. Au-delà des derniers potagers, le long des jours, il se tenait dans la marge ; le galbe de la piste, tendu sans déborder, soutenait calmement un ciel blanc et lavé par les saisons. Au-dessus, cela donnait simplement la voûte d’un vaste chapiteau prêt à accueillir, exact, le bruissement d’une herbe qui grandit.

    Etait-ce là, le domaine ? Personne n’entrait ni ne sortait, autour de la clôture régnait seul un frileux début de lande, avec ses frissons et ses arbustes détroussés par le vent. Un poste de garde abandonné ? Il n’y avait rien à garder, un coup d’œil jeté de dehors vers la vieille tour branlante eût suffit à le révéler – si cela ne fût pas entendu d’avance d’un bout de paysage à l’autre. Non rien à garder.

    Petr KRAL

  • Amen et autres récits

    Amen et autres récits

    Berceuse à Jojo

    Des vilains Anglais les bombes

    Sur nos têtes en pluie tombent

    Ne crains rien mon p’tit Jojo

    Dans la cave j’t mettrai au chaud

    Do do l’enfant do…

    À deux au chaud à l’abri

    Dans not’ cave blindée jolie

    Nous serons bien protégés

    De ces horribles Anglais

    Do do l’enfant do…

    Notre douce cave bmindée

    Est très sombre et très mouillée

    Mais un’ semaine a passé…

    Maître Helga Bauer scrutait les yeux azurés et bienveillants de Jojo d’où perlaient de grosses larmes qui éclataient sur le plancher en éclaboussant ces souliers rouges vernis. Jojo tremblait de tout son corps sans cesser de sangloter.

    Hubert KLIMKO

  • Figure du souvenir

    Figure du souvenir

    Vestiges d’images

    À leur arrivée, les voisins sonnent, font des signes, chuchotent, quel âge a votre fille, quatre ou cinq ?, me tapent sur l’épaule, la tête, pincent bras et joues : me font cadeau d’un bélier pour mon emménagement, les cornes tournées vers la raie du milieu, le pelage noir et frisé en plastique recouvert de laine ; demandent dans un murmure si, venant du Levant, je reconnais les animaux du Couchant ? Je le jette derrière le bureau, à côté des monceaux de tartines que je n’ai pas voulu manger pendant que Papa charge ces mêmes tartines sur l’assiette et qu’Edith s’étouffe de rire. Toute en longueur, sa silhouette, pas seulement le nez et la bouche ; les cheveux sont frisés au plus près de la tête, les lunettes sont une cage pour de grands yeux, sombres et doux. On dit qu’elle est d’origine juive, fait courir le bruit qu’elle a séjourné dans un camp de concentration et que, depuis, elle craint les grandes pièces et les vastes endroits, d’où le petit appartement pour une personne. Elle parle peu, fait rouler ses yeux jusqu’au bord de ses lunettes, puis les fait repartir, un jeu de ping-pong ; mais le sourire est large lorsqu’il se pose sur moi.

    Anna KIM

  • Sous la tente du grand sacrificateur

    Sous la tente du grand sacrificateur

    Dans l’Anthologie rééditée

    Dans l’Anthologie rééditée sont inclus tous les poètes sauf le Poète qui est tellement plus gtrand qu’eux tous même pris ensemble qu’il ne saurait jamais y entrer. Son nom avec ses myriades de pseudonymes est toujours plus que l’univers dont l’étroitesse d’esprit même finit par s’élargir grâce à lui…

    Ignorant tout

    Ignorant tout je suspends mon souffle lorsque je commence à lire ce qui fut au commencement selon les Saintes Écritures, tandis que le plus lettré des hommes de lettres continue à se demander si le Verbe s’est appris lui-même en autodidacte.

    Nikolai KANTCHEV

  • Revue n°22 – Zurich / Tirana

    Revue n°22 – Zurich / Tirana

    Sommaire
    Présentation de Bernard Comment
    Metin ArditiCanton de Vaud, le 13 juin Saint-Saphorin, château de Pré-Vigne 10 heures
    Arno CamenischQuelque part dans la pampa
    Nicolas CouchepinNe plus jamais voir la mer
    Elisa Shua DusapinEverland
    Dorothée ElmigerEt ainsi de suite
    Yael InokaiLa vie telle qu’elle est
    Alberto NessiLes enfants de Medellín
    Fabio PusterlaProcès-verbal des choses non dites
    Beat SterchiSur une butte dans l’Emmental
    Matthias ZschokkeLa visites
    Ardian MarashiLa littérature albanaise : une mosaïque mouvementée
    Ylljet AliçkaPortrait du poète en militant
    Ridvan DibraLa chartreuse de Parme
    Bessa MyftiuEn attendant…
    Stefan CapalikuLaisse la porte ouverte (monologue)
    Agron TufaOrphi (petit poème)
    Virion GraçiLes hommes
    Ernest KoliqiL’hôte
    Martin CamajLe fil retrouvé (choix de poèmes)

  • Revue n°20 – Venise / Varsovie

    Revue n°20 – Venise / Varsovie

    Sommaire
    Patrick DevilleEditorial
    Présentation de Agnieszka Zuk
    Dorota MaslowskaBien plus que tu ne peux manger – chroniques paraculinaires
    Magdalena TulliLes escarpins italiens
    Wojciech NowickiGreniers
    Olga TokarczukLes livres de Jacób
    Filip SpringerFerment
    Justyna BargielskaNudelman
    Tomasz RózyckiStation 1 : La rencontre
    Marcin SwietlickiOpérationnel sauf avis contraire
    Bozena KeffLa mère et la patrie. Opus
    Piotr SommerDes jours et des nuits
    Présentation de Roberto Ferrucci
    Gianfranco BettinFantasia
    Giovanni MontanaroLivre V
    J.A. González SainzVenise ou l’art d’exposer
    Marco FranzosoClaudia
    Marilia MazzeoAcqua alta
    Mauro CovacichTintorello
    Romolo BugaroÉté
    Simonetta GreggioRivages
    Tiziano ScarpaL’immersion

  • Revue n°19 – Séoul / Port-au-prince

    Revue n°19 – Séoul / Port-au-prince

    Sommaire
    Patrick DevilleEditorial
    Présentation de Jean-Noël Juttet
    Hwang Jeong-eunUne ville de chat
    Hwang Sok-yongUn monde famillier
    Jin Eun-youngQuatre poèmes
    Kim Hye-soonHorizon
    Kim Un-suL’estuaire
    Kim YeonsuMi en avril, sol en juillet
    Kwak Hyo-hwanTrois poèmes
    Lee Seung-ULa baignoire
    Park Chan-soonSix gouttes d’eau
    Pyun Hye-youngMenu A
    Shim Bo-seonDeux poèmes
    Song Sok-zeCe type, je vous jure
    Présentation de Bernard MagnierPort aux poètes
    Stéphanie BalmirTout est à recommencer
    Auguste BonelJe marche dans la ville
    Mehdi ChalmersLa ville où je suis né–Pas même ce qui n’a pas de mots
    Louis-Philippe DalembertBel-air
    Jacques Adler Jean PierreDidascalie d’une ville accroupie
    Syto KavéPort-au-prince dort
    Yannick LahensEt tout ce malaise
    James NoëlToutes ces villes qui se trompent de trottoirs
    Makenzy OrcelColomb guette manman w !
    Guy Régis JuniorUrinoir
    Rodney Saint-ÉloiLe poème s’appelle Port-au-prince
    Lyonel TrouillotNous sommes des villes disparues
    Gary VictorLes galets
    Evains WêcheOù se situe Port-au-prince sur le web ?, À Port-au-prince, c’est chaque jour le carnaval

  • Revue n°18 – Bogotá / Beyrouth

    Revue n°18 – Bogotá / Beyrouth

    Sommaire
    Patrick DevilleEditorial
    Présentation de Juan Gabriel VásquezLa danse des genres
    Héctor AbadEmma et Teresa
    Piedad BonnettCe qui n’a pas de nom (extrait)
    Santiago GamboaUne maison à Bogotá
    Tomás GonzálezMiel
    Nahum MonttL’Eskimo et le papillon (extrait)
    Julio ParedesLa. arte de la réalité
    Laura RestrepoHot Sur (extrait)
    Evelio RoseroTrois contes
    Alberto Salcedo RamosMémoires du dernier brave
    Miguel TorresL’incendie d’avril (extrait)
    Présentation de Charif Majdalani
    Elias KhouryLe royaume des étrangers
    Abbas BeydounSept poèmes
    Hoda BarakatLe goût des nèfles
    Hassan DaoudAucun chemin ne mène au paradis
    Jabbour DouaihyRayya-la-rivière (extrait)
    Rabee JaberBeyrouth, ville monde
    Yasmine KlatVous me direz au crépuscule
    Sahar MandouMina
    Rasha al-AtrashSavon