Le vélodrome
Le vélodrome survivait aux dimanches. Les spectateurs partis, seules les foules invisibles hantaient les tribunes, s’attardaient, hautaines, avec le vent pour seule plainte. Grosse bête grise endormie dans les broussailles, le vélodrome ne semblait respirer que dans la semaine, une fois rendu à son doux naufrage derrière l’enclos de bois. Au-delà des derniers potagers, le long des jours, il se tenait dans la marge ; le galbe de la piste, tendu sans déborder, soutenait calmement un ciel blanc et lavé par les saisons. Au-dessus, cela donnait simplement la voûte d’un vaste chapiteau prêt à accueillir, exact, le bruissement d’une herbe qui grandit.
Etait-ce là, le domaine ? Personne n’entrait ni ne sortait, autour de la clôture régnait seul un frileux début de lande, avec ses frissons et ses arbustes détroussés par le vent. Un poste de garde abandonné ? Il n’y avait rien à garder, un coup d’œil jeté de dehors vers la vieille tour branlante eût suffit à le révéler – si cela ne fût pas entendu d’avance d’un bout de paysage à l’autre. Non rien à garder.
auteur : K
-

Arsenal
-

Amen et autres récits
Berceuse à Jojo
Des vilains Anglais les bombes
Sur nos têtes en pluie tombent
Ne crains rien mon p’tit Jojo
Dans la cave j’t mettrai au chaud
Do do l’enfant do…
À deux au chaud à l’abri
Dans not’ cave blindée jolie
Nous serons bien protégés
De ces horribles Anglais
Do do l’enfant do…
Notre douce cave bmindée
Est très sombre et très mouillée
Mais un’ semaine a passé…
Maître Helga Bauer scrutait les yeux azurés et bienveillants de Jojo d’où perlaient de grosses larmes qui éclataient sur le plancher en éclaboussant ces souliers rouges vernis. Jojo tremblait de tout son corps sans cesser de sangloter.
-

Figure du souvenir
Vestiges d’images
À leur arrivée, les voisins sonnent, font des signes, chuchotent, quel âge a votre fille, quatre ou cinq ?, me tapent sur l’épaule, la tête, pincent bras et joues : me font cadeau d’un bélier pour mon emménagement, les cornes tournées vers la raie du milieu, le pelage noir et frisé en plastique recouvert de laine ; demandent dans un murmure si, venant du Levant, je reconnais les animaux du Couchant ? Je le jette derrière le bureau, à côté des monceaux de tartines que je n’ai pas voulu manger pendant que Papa charge ces mêmes tartines sur l’assiette et qu’Edith s’étouffe de rire. Toute en longueur, sa silhouette, pas seulement le nez et la bouche ; les cheveux sont frisés au plus près de la tête, les lunettes sont une cage pour de grands yeux, sombres et doux. On dit qu’elle est d’origine juive, fait courir le bruit qu’elle a séjourné dans un camp de concentration et que, depuis, elle craint les grandes pièces et les vastes endroits, d’où le petit appartement pour une personne. Elle parle peu, fait rouler ses yeux jusqu’au bord de ses lunettes, puis les fait repartir, un jeu de ping-pong ; mais le sourire est large lorsqu’il se pose sur moi.
-

Sous la tente du grand sacrificateur
Dans l’Anthologie rééditée
Dans l’Anthologie rééditée sont inclus tous les poètes sauf le Poète qui est tellement plus gtrand qu’eux tous même pris ensemble qu’il ne saurait jamais y entrer. Son nom avec ses myriades de pseudonymes est toujours plus que l’univers dont l’étroitesse d’esprit même finit par s’élargir grâce à lui…
Ignorant tout
Ignorant tout je suspends mon souffle lorsque je commence à lire ce qui fut au commencement selon les Saintes Écritures, tandis que le plus lettré des hommes de lettres continue à se demander si le Verbe s’est appris lui-même en autodidacte.
-

Revue n°22 – Zurich / Tirana
Sommaire
Présentation de Bernard Comment Metin Arditi Canton de Vaud, le 13 juin Saint-Saphorin, château de Pré-Vigne 10 heures Arno Camenisch Quelque part dans la pampa Nicolas Couchepin Ne plus jamais voir la mer Elisa Shua Dusapin Everland Dorothée Elmiger Et ainsi de suite Yael Inokai La vie telle qu’elle est Alberto Nessi Les enfants de Medellín Fabio Pusterla Procès-verbal des choses non dites Beat Sterchi Sur une butte dans l’Emmental Matthias Zschokke La visites Ardian Marashi La littérature albanaise : une mosaïque mouvementée Ylljet Aliçka Portrait du poète en militant Ridvan Dibra La chartreuse de Parme Bessa Myftiu En attendant… Stefan Capaliku Laisse la porte ouverte (monologue) Agron Tufa Orphi (petit poème) Virion Graçi Les hommes Ernest Koliqi L’hôte Martin Camaj Le fil retrouvé (choix de poèmes) -

Revue n°19 – Séoul / Port-au-prince
Sommaire
Patrick Deville Editorial Présentation de Jean-Noël Juttet Hwang Jeong-eun Une ville de chat Hwang Sok-yong Un monde famillier Jin Eun-young Quatre poèmes Kim Hye-soon Horizon Kim Un-su L’estuaire Kim Yeonsu Mi en avril, sol en juillet Kwak Hyo-hwan Trois poèmes Lee Seung-U La baignoire Park Chan-soon Six gouttes d’eau Pyun Hye-young Menu A Shim Bo-seon Deux poèmes Song Sok-ze Ce type, je vous jure Présentation de Bernard Magnier Port aux poètes Stéphanie Balmir Tout est à recommencer Auguste Bonel Je marche dans la ville Mehdi Chalmers La ville où je suis né–Pas même ce qui n’a pas de mots Louis-Philippe Dalembert Bel-air Jacques Adler Jean Pierre Didascalie d’une ville accroupie Syto Kavé Port-au-prince dort Yannick Lahens Et tout ce malaise James Noël Toutes ces villes qui se trompent de trottoirs Makenzy Orcel Colomb guette manman w ! Guy Régis Junior Urinoir Rodney Saint-Éloi Le poème s’appelle Port-au-prince Lyonel Trouillot Nous sommes des villes disparues Gary Victor Les galets Evains Wêche Où se situe Port-au-prince sur le web ?, À Port-au-prince, c’est chaque jour le carnaval

