Qu’elle s’en prenne au passé ou au présent, la littérature toujours est un jeu de la mémoire, personnelle ou collective. Elle remet en perspective des temps écoulés ou consigne les moments d’aujourd’hui pour servir une lecture du monde à venir. Son point de vue diffère à la fois de celui de l’historien et de celui du journaliste. Qu’elle joue ou non avec la fiction, elle tend à une mémoire juste.
Pas temps à la simple vérité ou au témoignage. Mais plutôt à la fois à la justice et à la justesse. L’idée de ce recueil, cette année, est de proposer à une vingtaine d’écrivains de langues et de pays différents, maniant des genres littéraires différents, le théâtre, la poésie, le roman graphique, de bien vouloir réfléchir par écrit, en quelques feuillets, au poids de la mémoire dans leur création respective, que cette mémoire soit intime ou historique.
Ainsi, depuis neuf ans, ces rencontres littéraires « meeting », organisées par la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs, interrogent la mémoire, pas seulement parce qu’elles se tiennent dans l’ancienne base sous-marine nazie, au cœur d’une ville rayée de la carte par la guerre, mais aussi parce qu’elles s’inscrivent dans un triple mouvement : en premier lieu, les écrivains invités acceptent d’écrire les textes rassemblés dans ces pages, ensuite, après que ceux-ci ont été lus par des critiques, acceptent de participer devant les lecteurs à des débats sur ce sujet, et enfin parce que leurs interventions, enregistrées, viennent alimenter le fonds audiovisuel de la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs, librement accessible : www.meetingsaintnazaire.com
Et les archives de cette Maison, depuis vingt-cinq ans, espèrent ainsi contribuer, de leur manière, à une mémoire de la littérature elle-même.
Patrick Deville Préface.
Sommaire
Yigit Bener
La boîte à souvenirs
Tahar Bekri
Au souvenir de la braise sans détours
Geneviève Brisac
Se souvenir de ce qu’il ne faut pas, écrire avec ce qu’on a oublié : faisons gaiement la théorie de la mémoire juste
Chhouk Roath
Je suis trop petit pour me faire entendre
Hector Feliciano
La mémoire juste ou le sentiment de la véracité
Jérôme Ferrari
Mémoire des mondes possibles
Sylvie Germain
Remuements de mémoire
Eduardo Halfon
Mémoire d’enfance
Kao Seiha
Déchet de la vie
Sophie Képès
L’avenir de la guerre
Maylis de Kerangal
Memory Game
Anna Kim
Villes fantômes
Kris
Mon arrière grand-père, mon grand-père, de Gaulle, Rachid, Belfast, et moi ou La nostalgie de la falaise
Et pourquoi, après cette période souvent un peu euphorique qui suit l’achèvement d’un livre, grimpe-t-on à nouveau à l’échelle du plongeoir, se hasarde-t-on à l’extrémité du tremplin oscillant, sans même distinguer si la piscine est remplie ? D’où viennent les livres, ceux qu’on écrit, parmi tous ceux auxquels on rêve pendant quelques secondes, quelques mois ou quelques années avant de jeter l’éponge ? (…) Patrick Deville – Extrait de la préface
La Maison des Écrivains Étrangers et des Traducteurs publie chaque année un recueil de textes sur un sujet proposé à une quinzaines d’écrivains : après Le lecteur idéal, Les Bonheurs de Babel, L’invention du Livre, Lectures Lointaines, Avoir vingt ans, voici L’Histoire ou la Géographie, manière de savoir quelle place tiennent ces deux-là dans leur vie, dans leurs livres, quelle place elles tenaient dans leur imagination d’enfant, si l’une des deux joue un rôle particulier, voire principal, dans leur travail et leur intérêt de lecteur, si les rapports qu’ils entretiennent avec elles ont évolué au fil du temps, comment leurs livres et leur vie se jouent de cet équilibre précaire, à la croisée de ces deux réalités, l’une réversible et l’autre non. Ensuite ces écrivains sont invités à se rencontrer sur le port de Saint-Nazaire, à poursuivre en commun, et devant les lecteurs, leurs réflexions, et leurs conversations sont enregistrées et filmées, conservées dans le temps, pour ceux qui n’ont pu se déplacer dans l’espace. Ces images, qui complètent ce recueil, peuvent être consultées.
Préface de Patrick Deville.
Sommaire
David Albahari
La langue est de l’histoire, et le récit est de la géographie
Arno Bertina
La carotte et le mouvement
Ying Chen
Hors les trains
Antônio Dutra
Le temps d’avant
Mathias Enard
Au dernier soir sur cette terre
Gamal Ghitany
Horizon cairote
William Gibson
Time Machine Cuba
Vassili Golovanov
Le Voyage comme Création
John Haskell
Géographie et Histoire
Chenjerai Hove
L’écrivain, le site, l’ »historico-site » et la société
Lídia Jorge
Slot machine
Alaa Khaled
Se lier avec un lieu, c’est un peu comme…rencontrer un inconnu dans un train
La frontière, the borderline,la frontera, est un objet littéraire fascinant. On entend bien que le mot dès qu’il est traduit se charge de connotations différentes. Elle attire ou elle suscite la peur, l’inquiétude. Frontière géographique, politique, économique, linguistique. Là où commence l’ailleurs, l’autre, l’autre langue, l’autre soi-même aussi, parce qu’on n’est jamais tout à fait le même avant et après le frontière. La proposition qui est faite ici à une quinzaine d’écrivains éparpillés est d’écrire un texte de quelques feuillets, fiction ou récit, invention ou souvenir, sur le passage de la frontière, ou l’impossibilité de franchir la frontière. La frontière peut être métaphorique, un obstacle épistémologique, intellectuel. Elle peut être aussi monstrueusement réelle, murs, grillages, miradors. Muraille de Chine ou no man’s land entre les États. Surveillance au limes des empires. Elle peut empêcher certains d’entrer et d’autres de sortir. Elle est ambivalente aussi, et l’on conçoit bien ce qu’il y a de contradictoire à prôner simultanément la disparition des frontières et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ces textes d’origines géographiques lointaines sont rassemblés dans ce livre qui parait à l’occasion de la huitième édition des rencontres littéraires internationales « meeting » à Saint-Nazaire, en novembre 2010, dans l’ancienne base sous-marine allemande de le Seconde Guerre mondiale, bâtie en lieu et place du quai d’embarquement des paquebots, à bord desquels on s’en allait au large franchir la frontière entre le Vieux monde et les Amériques
Préface de Patrick Deville.
Sommaire
Andreï Baldine
Le voyage et la limite
François Bon
Liste de mes frontières
Roberto Ferrucci
Frontières intimes
Stefan Hertmans
L’art du lézard
Hubert Klimko
Pieds en gelée
Caroline Lamarche
Où il est question de cohabitation dans un lit trop étroit et de patinage artistique
Håkan Lindquist
Enfance, frontières et transgressions
José Carlos Llop
Palma, la frontalière
Laurent Mauvignier
Franchir la frontière
Christine Montalbetti
La frontière inapparente
Vladislav Otrochenko
L’écrivain russe et l’espace suivi de L’espace intérieur
Anne Provoost
Cher Hans Christian Andersen
Juan Gabriel Vásquez
Histoire personnelle de la frontière
Jorge Volpi
Les crimes de Santa Teresa et les trompettes de Jéricho
Qu’avez-vous fait de vos vingt ans ? Dans quelle ville étiez-vous ? Que lisiez-vous ? Écriviez-vous ? À l’occasion des vingt ans de la Maison des Écrivains Étrangers et des Traducteurs, nous posons ces questions à une vingtaine d’écrivains de générations différentes, éparpillés autour du monde. Mais on pense à ce rêve borgésien dans lequel tous les livres de la bibliothèque seraient écrits par une seule personne. Elle change de sexe et de continent, de style et de langue. Elle passe la Révolution culturelle dans la campagne chinoise, vole comme l’ange de Wenders de Berlin-ouest à Berlin-est puis de Beyrouth-est à Beyrouth-ouest. Elle étudie la chimie ou la philosophie, collabore à des journaux canadiens puis brésiliens, crée des revues littéraires au Japon, en Iran et au Portugal. Elle est partout sur la planète, parfois douée d’ubiquité, souvent seule. Elle a toujours vingt ans. Deux fois apparaît dans ces pages Greta Garbo, l’icône de la solitude.
Qu’elle soit ou non au cœur du projet littéraire, la description du paysage emplit les romans et les poèmes, paysage naturels ou urbains, sublime des cimes et des volcans ou des forêts ou beauté périphérique, gares et voies ferrées, architectures et monuments des villes. Parfois les lieux ne sont que les cadres d’une action, parfois au contraire l’action semble un prétexte à l’entreprise de transformation en langage, en mots, de la réalité visuelle ou sonore, olfactive, où elle se déploie. Les écrivains dont les textes composent ce recueil nous confient, au plus près de leur travail d’invention et d’écriture, leur goût ou leur appréhension à saisir les paysages, la description des ciels ou des rues, des fleuves, comment un agencement de phrases parvient à installer dans notre imagination des lieux que nous n’avons jamais vus.
Patrick Deville
Sommaire
Selva Almada
Jamais rien ne cesse de s’écrire
Leandro Avalos Blacha
Le long de la suite des Triangles de Saint-Nazaire
David Diop
L’écriture du paysage
François Garde
Sur l’innocence des paysages
Einar Mar Gudmundsson
Quelques réflexions sur le paysage en littérature et en poésie
Qu’avez-vous fait de vos vingt ans ? Dans quelle ville étiez-vous ? Que lisiez-vous ? Écriviez-vous ? À l’occasion des vingt ans de la Maison des Écrivains Étrangers et des Traducteurs, nous posons ces questions à une vingtaine d’écrivains de générationsdifférentes, éparpillés autour du monde. Mais on pense à ce rêve borgésiendans lequel tous les livres de la bibliothèque seraient écrits par une seulepersonne. Elle change de sexe et de continent, de style et de langue. Elle passe laRévolution culturelle dans la campagne chinoise, vole comme l’ange de Wendersde Berlin-est à Berlin-ouest puis de Beyrouth ouest à Beyrouth-est. Elle étudiela chimie ou la philosophie, collabore à des journaux canadiens et brésiliens,crée des revues littéraires au Japon, en Iran et au Portugal. Elle est partout sur laplanète, parfois douée d’ubiquité, souvent seule. Elle a toujours vingt ans. Deuxfois apparaît dans ces pages Greta Garbo, l’icône de la solitude.
J’écrivais ces lignes en 2007 pour les vingt ans de la Meet. Elle en a trente-six. Et c’est à présent, en 2023, la vingtième édition des rencontres Meeting de novembre. En 2007, celles-ci mettaient à l’honneur les littératures japonaise et angolaise, » Tokyo / Luanda « , et cette année les littératures estonienne et sénégalaise, « Dakar / Tallinn « , et l’idée m’est venue de reprendre ces textes et d’y adjoindre les écrivains invités cette année, de leur poser les mêmes questions, de les insérer dans la chronologie de ces années où tous eurent vingt ans, éternellement, jeunes garçons et jeunes filles dans toutes ces villes, dans toutes ces époques, partageant le goût de la lecture, cette confiance et cette nécessité de la littérature, sa permanence et son infini renouvellement.