La phrase paradoxale et française, l’idiotisme, est difficile à traduire : C’est reparti comme en Quatorze ! qui signifie encore aujourd’hui que, finalement, tout va pour le mieux, et, qu’après quelques inquiétudes, tout est à nouveau sur la bonne voie, et dans l’optimisme. Comme en Quatorze ! (…) Tout cela est-il reparti comme en Quatorze ? Les écrivains et les artistes d’une manière plus générale, ont-ils là-dessus leur mot à dire ? Ont-ils un devoir d’alerte ? Ou bien la littérature, à la différence du journalisme, doit-elle, de tout cela, se foutre comme de l’an Quarante ? (…) Patrick Deville
Extrait de la préface du recueil Comme en Quatorze, Meet 2013
Depuis bientôt trente ans que la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs accueillent à Saint-Nazaire des écrivains de tous les horizons, et que tout autour la ville s’est reconstruite, certains d’entre eux ont choisi de décrire des lieux nazairiens, comme l’écrivain danois Jan Sonnergaard 2, l’argentin Ricardo Piglia 3 ou l’espagnol Enrique Vila-Matas 4. Mais ce que nous imaginons cette année, c’est de rassembler en un recueil avant votre venue des déambulations urbaines un peu partout dans le monde, et que vous acceptiez de consacrer quelques feuillets à une ville qui est la vôtre ou une autre, ville habitée ou parcourue, dont le nom, ou celui d’un quartier, peut-être le titre du texte. (…) Patrick Deville
Extrait de la préface du recueil Dire la ville, Meet 2014
La Maison des écrivains étrangers et des traducteurs mettra cette année l’accent sur le T de la MeeT, mettra à l’honneur les traducteurs et la littérature traduite, et donc aussi les écrivains, puisque le titre choisi pour ces rencontres, « Traduire la vie », convoque Proust et la Recherche, et l’idée que c’est la grande entreprise de la littérature de traduire la « vraie vie » et de nous l’offrir, comme le narrateur dans Le Temps retrouvé découvrant que, « flatté d’être bien reçu chez les Guermantes, et d’ailleurs un peu grisé par leurs vins, je ne pouvais m’empêcher de dire à mi-voix, seul, en les quittant : “ Ce sont tout de même des êtres exquis avec qui il serait doux de passer la vie”, je m’apercevais que ce livre essentiel, le seul livre vrai, un grand écrivain n’a pas, dans le sens courant, à l’inventer puisqu’il existe déjà en chacun de nous, mais à le traduire. Le devoir et la tâche d’un écrivain sont ceux d’un traducteur ».
Claude Lévi-Strauss écrivait il y a soixante ans que le voyage était déjà fini – jugement très excessif sans doute aux yeux des anthropologues et archéologues d’aujourd’hui qui découvrent encore des peuplades inconnues et des civilisations englouties.
Quant à la littérature de l’Europe, qui depuis toujours se nourrit de l’ailleurs et de l’étranger, s’en va voir là-bas, comment en ce siècle est-elle confrontée à l’apparition de nouvelles barrières dressées devant l’arrivée des migrants, la question n’est pas nouvelle, et Hugo déjà depuis son exil s’élevait contre les frontières : « Etranger ?
Que signifie ce mot ? Quoi, sur ce rocher j’ai moins de droits que dans ce champ ? Quoi, j’ai passé ce fleuve, ce sentier, cette barrière, cette ligne bleue ou rouge visible seulement sur vos cartes, et les arbres, les fleurs, le soleil ne me connaissent plus ? Quelle ineptie de prétendre que je suis moins homme sur un point de la terre que sur l’autre ! » Comment vivons-nous, écrivains français, polonais ou italiens, ce terrible déséquilibre, nos si faciles aller-retour partout sur la planète, quand l’aller simple est interdit à tant d’autres ? L’aventure géographique nous est-elle interdite ou, au contraire, devons-nous plus encore continuer d’aller voir là-bas ?
Littérature italienne contemporaine Mauro Covacich, Roberto Ferrucci, José Angel Gonzalez Sainz, Simonetta Greggio, Tiziano Scarpa – 18/11/2016 – Life
Hommage à Ryszard Kapuscinski par Jean-Pierre Morel – 19/11/2016 – Life
L’aventure géographique Alain Borer, Patrice Franceschi, Jean-Marie Laclavetine – 19/11/2016 – Life
Dialogue André Velter, Ernest Pignon Ernest – 19/11/2016 – Life
Ecrire à Saint-Nazaire Wang Yin, Chantal Chen-Andro, Roberto Ferrucci, Edwin Madrid – 19/11/2016 – Life
Dialogue avec Marie Darrieusecq – 19/11/2016 – Life
Récital de poésie Par vent portant André Velter et Gaspar Claus – 19/11/2016 – Life
Dialogue Jean-Christophe Rufin, Patrick Deville – 20/11/2016 – Life
L’aventure géographique Justyna Bargielska, Mauro Covacich, Filip Springer – 20/11/2016 – Life
L’aventure géographique Horacio Castellanos Moya, Sébastien Lapaque, Wang Yin – 20/11/2016 – Life
L’aventure géographique Olga Tokarczuk, Simonetta Greggio, Tiziano Scarpa – 20/11/2016 – Life
Remise des prix Laure Bataillon, Laure Bataillon classique et jeune littérature latino américaine Gabriel Josipovici, Bernard Hœpffner, Alain van Crugten, Felipe Troya – 20/11/2016 – Life
La seizième édition du festival Meeting s’est tenue en novembre 2018 entre Saint-Nazaire et Paris. Retrouvez en intégralité les captations de l’ensemble des rencontres nazairiennes.
Qu’entendons-nous aujourd’hui lorsque nous prononçons le nom de la lointaine princesse phénicienne ?
L’an prochain se tiendront dans vingt-huit pays les élections européennes, lesquelles ne semblent pas susciter l’enthousiasme mais souvent la suspicion, voire l’hostilité, l’oubli du rêve de Hugo un siècle et demie plus tôt, cent soixante-dix ans très exactement, qui appelait à la fondation des États-Unis d’Europe dans son discours au Congrès de la Paix : « Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples ».
C’était après l’échec des révolutions européennes de 1848 durement réprimées. Déjà d’un peu partout des exilés gagnaient la Suisse, sa neutralité, qu’elle n’avait pas choisie, mais qui lui fut imposée au sortir des guerres napoléoniennes. Et malgré le rêve hugolien ç’avaient été plus tard deux guerres mondiales chaque fois déclenchées au cœur de l’Europe, une nouvelle guerre dans les Balkans encore à la toute fin du XXe siècle. Pourtant les votes, en effet, ont remplacé les boulets, la législation de cette partie du monde est l’une des plus avancées en matière de libertés publiques, et en ce mois de septembre 2018, le parlement européen impose le respect du droit d’auteur aux plateformes numériques internationales. Comment les écrivains européens voient-ils aujourd’hui l’Europe ?
Vers l’Europe ? L’une est cubaine, l’autre est argentine, toutes les deux sont venues en résidence à Saint-Nazaire : Karla Suarez et Elsa Osorio – 16/11/2018 – Alvéole 12
Vers l’Europe ? La Suisse et sa diversité linguistique Dorothée Elmiger et Alberto Nessi – 16/11/2018 – Alvéole 12
Conférence de Bernard Comment – Edelschweiz – 17/11/2018 – Alvéole 12
La littérature suisse est-elle une littérature européenne à elle toute seule ? Elisa Shua Dusapin, Metin Arditi, Matthias Zschokke – 17/11/2018 – Alvéole 12
Remise des Prix Laure Bataillon et Bernard Hœpffner – 17/11/2018 – Alvéole 12
L’appel de Saint-Nazaire littéraire Bernard Comment et Patrick Deville – 17/11/2018 – Alvéole 12
Écrire et publier à Saint-Nazaire – 17/11/2018 – Alvéole 12
Vers une littérature européenne ? – 17/11/2018 – Alvéole 12
Écrire à Saint-Nazaire – 17 /11/2018 – Alvéole 12
Jean Rolin et Patrick Deville : une littérature nazairienne et mondiale – 18/11/2018 – Alvéole 12
La poésie européenne de l’entre deux guerres – 18/11/2018 – Alvéole 12
Vers l’Europe ? Trois regards sur les convulsions européennes : Asli Erdogan, Kaouther Adimi et Jakuta – 18/11/2018 – Alvéole 12
Écrire ailleurs : Karla Suarez et Elisa Shua Dusapin – 18/11/2018 – Alvéole 12
La vingt-et-unième édition du festival Meeting s’est tenue en novembre 2025 entre Saint-Nazaire et Paris. Retrouvez en intégralité les captations de l’ensemble des rencontres nazairiennes.
Chaque année, les Rencontres littéraires internationales Meeting de la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs de Saint-Nazaire sont à la fois thématiques et géographiques. Elles mettent à l’honneur deux littératures étrangères, en novembre 2024 la suédoise et la tunisienne, autour d’un sujet commun : cette fois la mer. La Suède comme la Tunisie sont bordées par la mer, baltique et méditerranéenne, et leur histoire, pour le meilleur et pour le pire, est inscrite dans cette proximité maritime. À ces écrivains suédois et tunisiens invités en novembre pour cette vingt-et-unième édition des Rencontres, se joignent dans ce recueil d’autres écrivains qui viendront les rejoindre dans la base sous-marine de Saint-Nazaire, depuis Taïwan et le Liban, la France et jusqu’à la Bolivie, privée d’accès à la mer depuis sa guerre contre le Chili. Tous ont accepté d’écrire la place de la mer dans leurs livres et dans leur vie.
Dialogue avec Amira Ghenim et les élèves du lycée Guist’hau de Nantes – 15/11/2024 – Alvéole 12
Dialogue avec Olivier Rohe et les élèves du lycée expérimental de Saint-Nazaire – 15/11/2024 – Alvéole 12
Littérature suédoise contemporaine Björn Larsson, Daniel Gustafsson, Interprète : Françoise Sule – 15/11/2024 – Alvéole 12
Des histoires de lamer Gaëlle Obiegly, Maja Thrane 15/11/2024 – Alvéole 12
Écrire à Saint-Nazaire Rodrigo Hasbún et Patrick Deville interprète : Françoise Garnier – 16/11/2024 – Alvéole 12
Des histoires de familles Charif Majdalani et Amira Ghenim – 16/11/2024 – Alvéole 12
Remise du prix Laure Bataillon à Isabela Figueiredo, João Viegas, Prix Bernard Hœpffner à Stefano D’Arrigo Mise à l’honneur de Gérard Meudal pour ses traductions de Salman Rushdie – 16/11/2024 – Alvéole 12
Des histoires de la mer Jila Mossaed et Yunjie Liao interprétariat : Françoise Sule et Morgane Saysana- 16/11/2024 – Alvéole 12
Des histoires de la mer Bernard Comment – 16/11/2024 – Alvéole 12
Des histoires de la mer Chantal Thomas – 17/11/2024 – Alvéole 12
Des histoires de la mer Oliver Rohe, Aymen Daboussi, Daniel Gustafsson interprétariat : Françoise Sule- 17/11/2024 – Alvéole 12
Des histoires de la mer Hella Feki, Aymen Gharbi interprétariat : Françoise Sule- 17/11/2024 – Alvéole 12
Prix Laure Bataillon Isabela Figueiredo 17/11/2024 – Alvéole 12
Dialogue sur la traduction Salman Rushdie et Gérard Meudal interprétariat : Morgane Saysana 17/11/2024 – Alvéole 12
Est-il toujours là, tapi dans l’ombre, ou bien parfois se rappelle-t-il à nous de manière inattendue tel un boomerang revenu du passé ? Ce petit garçon, cette petite fille, entretenons-nous avec lui, avec elle, un dialogue au long des années, nous observe-t-il changer ? Lui même se transforme-t-il ? Est-il, est-elle, notre « lecteur idéal », un spectre, une pure « idée », lisant par-dessus notre épaule à mesure que nous écrivons ? Nous juge-t-il, nous juge-t-elle, ce petit être aux sourcils froncés, les bras croisés au milieu de notre cerveau ? Est-il, est-elle, un complice au milieu du monde des adultes ? Nous imaginait-il ainsi, l’adulte que nous sommes devenus ? Devions-nous depuis l’enfance devenir ce que nous sommes devenus ?
C’est cette grande interrogation de la liberté absolue de notre devenir mêlée à celle de la destinée de chacun, de chacune, que nous lisons dans cette phrase de Maurice Merleau-Ponty, au hasard d’une étude de la vie et de l’œuvre de Paul Cézanne : « S’il y a une liberté vraie, ce ne peut être qu’au cours de la vie, par le dépassement de notre situation de départ, et cependant sans que nous cessions d’être le même – tel est le problème. Deux choses sont sûres à propos de la liberté : que nous ne sommes jamais déterminés, et que nous ne changeons jamais, que, rétrospectivement, nous pourrons toujours trouver dans notre passé l’annonce de ce que nous sommes devenus”.