Cet enfant agit comme les petits de l’ourse : il lèche sa mère au lieu de l’embrasser. Depuis qu’il fait ça, il ne pleure plus. Mais ses yeux sont moins clairs, car un enfant doit pleurer. Alors ses larmes s’assemblent en un petit lac entre les os de son crâne. Et cette eau très doucement salée clapote entre les parois, puis se fige en une fine gelée que l’on peut appeler mercure. Le mercure afflue dans les vaisseaux superficiels qu’il saccage. Il se concentre dans la rate. L’enfant devient dur et lourd comme certains matériaux qui ne flottent pas. Il s’avère acariâtre. Sa mère ne le satisfait plus et il tente de la réduire au silence. Entre la mère et l’enfant commence une guerre longue et douloureuse.
Pendant qu’ils combattent, les fleurs et les feuilles tombent sur l’herbe qui est brûlée, le vent déterre les racines et les fondations.
Immédiatement, l’enfant que l’on peut appeler Capolican quitte l’enclos et s’installe dans la deuxième enceinte, un terrain désertique composé de tourbe.
auteur : S
-

Capolican
-

Livre pour mon frère
Va
Pile et essuie la lumière pure.
Entre dans la lumière pure.
Elle est là et claque comme un pavois.
Agenouille-toi.
Nulle refonte n’est nécessaire.
Elle est partout, dans l’humide.
Dans la blanche branchie du fil argenté.
Il existe un dicton : il te berce.
Tu peux te faire un petit nez de lumière.
Qui respirera les bateaux, les tombes et l’air,
la paroi d’un nous blanc.
-

Encore un air sinistre
Mes paupières s’écartent comme en un bâillement. Je suis vanné, les bras en croix, sur ce matelas dur.
Il est déjà huit heures vingt-trois d’après les numéros fluorescents du réveil sur la petite table près de la tête du lit. Mille particules de poussière flottent en l’air devant moi. Complètement endormi sur l’oreiller, j’aperçois des cheveux, d’une longueur kilométrique, qui ne peuvent être les miens.
Mon dos se réchauffe doucement, je le perçois peu à peu, le soleil au milieu des rideaux déteints y contribue. Je me sens lourd et me souviens à peine de la soirée d’hier, ah si, je me rappelle, encore elle, mais cette fois c’était plus…Ah j’ai mal au crâne.
Il devait être sept heures à peine, la nuit commençait à tomber. Dans la journée, on avait traîné au club, c’est pourquoi à cette heure, on était déjà lessivés. Les vagues de soleil et les cris de la mer ; des aboiements et ton prénom par intervalles pour que tu sortes de l’eau : « Viens on va boire un coup à la Roca, dépêche », j’ai dit à Paula. Non, et j’ai couru chercher la serviette sur la grève. Mes pieds se sont couverts, mouillés de sable encore tiède tandis que je filais vers la chambre louée pour le week-end.
Salvatore Maldera SATTORI
