auteur : V

  • Sarajevo et le soleil se couche

    Sarajevo et le soleil se couche

    La pierre de fondation

    Descendant de la montagne, j’emportai la pierre de fondation sur mon dos. Trempé de sueur, le visage radieux, j’avance vers le bûcher qui se consume et, au vu de tous les présents, – les larbins, les maîtres, la foule, les niais, les vagabonds, les meurtriers, les salauds et les voleurs – je lance la pierre que j’avais sur le dos

    droit

    au milieu du bûcher,

    c’est à dire au milieu de la haine,

    et, poussant un soupir de soulagement, je dis :

    – Ici je commence à bâtir !

    Andjelko VULETIC

  • Le vilain et les aveugles

    Le vilain et les aveugles

    Lundi 5 mai

    J’ai trouvé un travail de serveur dans le restaurant où Rosetta est employée comme plongeuse ; j’ai accepté d’y travailler sans rémunération le temps d’apprendre le métier et ce qu’il faut d’italien pour me débrouiller avec les clients. En échange j’ai droit à de copieux plats de pâtes et de viande au déjeuner et au dîner et j’échappe un peu à la généreuse hospitalité de Rosetta qui toutefois assure que c’est un plaisir de loger et prendre soin du frère de la jeune fille qui a séduit son fils, Gaetano. Je suis témoin de toute la persévérance que celui-ci met pour étudier et combattre une paresse naturelle afin d’accélérer un retour tant espéré dans notre pays et le bonheur des retrouvailles avec ma sœur.

    Pour l’instant, l’argent m’importe peu, il m’en reste en effet assez pour me payer mes cigarettes, en attendant que commence l’été et que mes services soient plus utiles à Leonardo, qui m’a déjà prévenu qu’il ne pourra pas me payer beaucoup car il avait retenu son personnel à l’avance mais que, vu l’enthousiasme que je faisais preuve dans mon travail, ce qu’il n’attendait pas d’un Latinoaméricain, il s’engageait à me garder jusqu’à l’hiver.

    Jesus VARGAS GARITA

  • De l’imposture en littérature

    De l’imposture en littérature

    E. V-M

    Il me semble que ce n’est pas une imposture qui nous lie, mais un bar. Il s’appelait El Aviador. C’était un bar de Barcelone. Un établissement décoré d’hélices et de blasons, de casquettes de la RAF, de débris d’aéroport et de catastrophes aériennes. C’est Sergi Pàmies qui nous y avait amenés, et j’ai toujours pensé qu’il était parfaitement conscient de nous introduire dans un décor qui semblait tiré d’un de tes romans. Je ne suis plus jamais retourné dans ce bar, et on m’a dit qu’il n’existait plus depuis des années ; il aura connu une existence fugace.

    Enrique VILA-MATAS et Jean ECHENOZ

  • Terre trois fois maudite

    Terre trois fois maudite

    L’ultime saison du pôle3 mars 1934

    Outre que j’ignore ton adresse, je n’ai pas le courage de t’envoyer une lettre. Je pourrais vérifier où tu habites, mais je ne veux pas m’exposer à la curiosité de nos amis communs, j’ai en effet perdu tout contact avec eux depuis que tu es parti. Pourquoi prendrais-je la peine de te faire parvenir ces quelques lignes, puisque tu n’as jamais répondu aux lettres et télégrammes que je t’ai envoyés pour savoir comment tu allais ? jamais je ne te pardonnerai ces longues années sans aucune nouvelle de toi.

    Je suis coupable de t’avoir fait venir dans ce pays qui nous a fait tant de mal. Je n’aurais jamais dû te proposer, dès notre rencontre, de m’y accompagner. Ce fut le premier de toute une série de malentendus qui allaient nous rapprocher pour ensuite nous séparer. À Paris, nos longues conversations portaient sur les voyages que nous ferions ensemble.

    César Ramiro VÁSCONEZ

  • Revue n°21 – Lima / Lisbonne

    Revue n°21 – Lima / Lisbonne

    Sommaire
    Patrick DevilleEditorial
    Présentation de Diego Trelles Paz
    Mario Vargas LlosaP’tit Pierre
    Oscar Colchado LucioLa maison du Cerro « El Pino »
    Victoria GuerreroDeux poèmes
    Guillermo Niño de GuzmánChevaux de minuit
    Antonio Gálvez RoncerosJacinto et Manfreda
    Carmen OlléUne jeune fille sous son parapluie
    Alfredo PitaExpulsés du paradis
    Goran TocilovacBeauté immobile
    Leyla BartetSans motif apparent
    Jeremías GamboaLa terre dont nous sommes faits
    Fernando AmpueroLongueurs de bassin avec Julio Ramón
    Richard ParraNecrofucker
    Présentation de José Mário Silva
    Ana Margarida de CarvalhoOn ne peut pas habiter dans les yeux d’un chat
    David MachadoLe monde silencieux de Diamantino
    Filipa LealLa ville liquide
    Gonçalo M.TavaresAutobiographie
    João TordoLudmila & Tsukuda
    María do Rosário PedreiraPoèmes
    Nuno JudicePoèmes
    José Luís PeixotoTrahison
    Lídia JorgeSurbooking
    Valter Hugo MãeLe bonheur européen
    Bruno Vieira AmaralL’extinction des papillons monarques

  • Revue n°19 – Séoul / Port-au-prince

    Revue n°19 – Séoul / Port-au-prince

    Sommaire
    Patrick DevilleEditorial
    Présentation de Jean-Noël Juttet
    Hwang Jeong-eunUne ville de chat
    Hwang Sok-yongUn monde famillier
    Jin Eun-youngQuatre poèmes
    Kim Hye-soonHorizon
    Kim Un-suL’estuaire
    Kim YeonsuMi en avril, sol en juillet
    Kwak Hyo-hwanTrois poèmes
    Lee Seung-ULa baignoire
    Park Chan-soonSix gouttes d’eau
    Pyun Hye-youngMenu A
    Shim Bo-seonDeux poèmes
    Song Sok-zeCe type, je vous jure
    Présentation de Bernard MagnierPort aux poètes
    Stéphanie BalmirTout est à recommencer
    Auguste BonelJe marche dans la ville
    Mehdi ChalmersLa ville où je suis néPas même ce qui n’a pas de mots
    Louis-Philippe DalembertBel-air
    Jacques Adler Jean PierreDidascalie d’une ville accroupie
    Syto KavéPort-au-prince dort
    Yannick LahensEt tout ce malaise
    James NoëlToutes ces villes qui se trompent de trottoirs
    Makenzy OrcelColomb guette manman w !
    Guy Régis JuniorUrinoir
    Rodney Saint-ÉloiLe poème s’appelle Port-au-prince
    Lyonel TrouillotNous sommes des villes disparues
    Gary VictorLes galets
    Evains WêcheOù se situe Port-au-prince sur le web ?, À Port-au-prince, c’est chaque jour le carnaval