En novembre 2005 les rencontres littéraires internationales n’étaient pas encore filmées.
Comment est-ce qu’on s’y met finalement ?
Et pourquoi, après cette période souvent un peu euphorique qui suit l’achèvement d’un livre, grimpe-t-on à nouveau à l’échelle du plongeoir, se hasarde-t-on à l’extrémité du tremplin oscillant, sans même distinguer si la piscine est remplie ? D’où viennent les livres, ceux qu’on écrit, parmi tous ceux auxquels on rêve pendant quelques secondes, quelques mois ou quelques années avant de jeter l’éponge ? (…) Patrick Deville
Extrait de la préface du recueil L’invention du livre, meet 2005
En novembre 2004 les rencontres littéraires internationales n’étaient pas encore filmées.
Plaçons d’emblée ces Bonheurs de Babel sous les auspices de l’auteur de La langue sauvée, de cet enfant né à Roustchouk dans l’empire ottoman – aujourd’hui Ruse en Bulgarie – qui apprend à l’âge de huit ans sa cinquième langue, l’allemand, et celle-ci deviendra sa langue d’écrivain. C’est avec un passeport turc qu’il fuira l’Autriche pour l’Angleterre en novembre 1938 (…)
Les écrivains invités cette année ont accepté d’écrire à leur tour ce que le cosmopolitisme et le multilinguisme apportent à leur vie, à leur bonheur de lecteur et à leur travail d’écrivain (…)
Patrick Deville – Extrait de la préface du recueil Les Bonheurs de Babel, meet 2004
La phrase paradoxale et française, l’idiotisme, est difficile à traduire : C’est reparti comme en Quatorze ! qui signifie encore aujourd’hui que, finalement, tout va pour le mieux, et, qu’après quelques inquiétudes, tout est à nouveau sur la bonne voie, et dans l’optimisme. Comme en Quatorze ! (…) Tout cela est-il reparti comme en Quatorze ? Les écrivains et les artistes d’une manière plus générale, ont-ils là-dessus leur mot à dire ? Ont-ils un devoir d’alerte ? Ou bien la littérature, à la différence du journalisme, doit-elle, de tout cela, se foutre comme de l’an Quarante ? (…) Patrick Deville
Extrait de la préface du recueil Comme en Quatorze, Meet 2013
Depuis bientôt trente ans que la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs accueillent à Saint-Nazaire des écrivains de tous les horizons, et que tout autour la ville s’est reconstruite, certains d’entre eux ont choisi de décrire des lieux nazairiens, comme l’écrivain danois Jan Sonnergaard 2, l’argentin Ricardo Piglia 3 ou l’espagnol Enrique Vila-Matas 4. Mais ce que nous imaginons cette année, c’est de rassembler en un recueil avant votre venue des déambulations urbaines un peu partout dans le monde, et que vous acceptiez de consacrer quelques feuillets à une ville qui est la vôtre ou une autre, ville habitée ou parcourue, dont le nom, ou celui d’un quartier, peut-être le titre du texte. (…) Patrick Deville
Extrait de la préface du recueil Dire la ville, Meet 2014
La Maison des écrivains étrangers et des traducteurs mettra cette année l’accent sur le T de la MeeT, mettra à l’honneur les traducteurs et la littérature traduite, et donc aussi les écrivains, puisque le titre choisi pour ces rencontres, « Traduire la vie », convoque Proust et la Recherche, et l’idée que c’est la grande entreprise de la littérature de traduire la « vraie vie » et de nous l’offrir, comme le narrateur dans Le Temps retrouvé découvrant que, « flatté d’être bien reçu chez les Guermantes, et d’ailleurs un peu grisé par leurs vins, je ne pouvais m’empêcher de dire à mi-voix, seul, en les quittant : “ Ce sont tout de même des êtres exquis avec qui il serait doux de passer la vie”, je m’apercevais que ce livre essentiel, le seul livre vrai, un grand écrivain n’a pas, dans le sens courant, à l’inventer puisqu’il existe déjà en chacun de nous, mais à le traduire. Le devoir et la tâche d’un écrivain sont ceux d’un traducteur ».
Claude Lévi-Strauss écrivait il y a soixante ans que le voyage était déjà fini – jugement très excessif sans doute aux yeux des anthropologues et archéologues d’aujourd’hui qui découvrent encore des peuplades inconnues et des civilisations englouties.
Quant à la littérature de l’Europe, qui depuis toujours se nourrit de l’ailleurs et de l’étranger, s’en va voir là-bas, comment en ce siècle est-elle confrontée à l’apparition de nouvelles barrières dressées devant l’arrivée des migrants, la question n’est pas nouvelle, et Hugo déjà depuis son exil s’élevait contre les frontières : « Etranger ?
Que signifie ce mot ? Quoi, sur ce rocher j’ai moins de droits que dans ce champ ? Quoi, j’ai passé ce fleuve, ce sentier, cette barrière, cette ligne bleue ou rouge visible seulement sur vos cartes, et les arbres, les fleurs, le soleil ne me connaissent plus ? Quelle ineptie de prétendre que je suis moins homme sur un point de la terre que sur l’autre ! » Comment vivons-nous, écrivains français, polonais ou italiens, ce terrible déséquilibre, nos si faciles aller-retour partout sur la planète, quand l’aller simple est interdit à tant d’autres ? L’aventure géographique nous est-elle interdite ou, au contraire, devons-nous plus encore continuer d’aller voir là-bas ?
Littérature italienne contemporaine Mauro Covacich, Roberto Ferrucci, José Angel Gonzalez Sainz, Simonetta Greggio, Tiziano Scarpa – 18/11/2016 – Life
Hommage à Ryszard Kapuscinski par Jean-Pierre Morel – 19/11/2016 – Life
L’aventure géographique Alain Borer, Patrice Franceschi, Jean-Marie Laclavetine – 19/11/2016 – Life
Dialogue André Velter, Ernest Pignon Ernest – 19/11/2016 – Life
Ecrire à Saint-Nazaire Wang Yin, Chantal Chen-Andro, Roberto Ferrucci, Edwin Madrid – 19/11/2016 – Life
Dialogue avec Marie Darrieusecq – 19/11/2016 – Life
Récital de poésie Par vent portant André Velter et Gaspar Claus – 19/11/2016 – Life
Dialogue Jean-Christophe Rufin, Patrick Deville – 20/11/2016 – Life
L’aventure géographique Justyna Bargielska, Mauro Covacich, Filip Springer – 20/11/2016 – Life
L’aventure géographique Horacio Castellanos Moya, Sébastien Lapaque, Wang Yin – 20/11/2016 – Life
L’aventure géographique Olga Tokarczuk, Simonetta Greggio, Tiziano Scarpa – 20/11/2016 – Life
Remise des prix Laure Bataillon, Laure Bataillon classique et jeune littérature latino américaine Gabriel Josipovici, Bernard Hœpffner, Alain van Crugten, Felipe Troya – 20/11/2016 – Life
La Maison des Écrivains Étrangers et des Traducteurs, la MEET, créée en 1987, fêtera ses trente ans d’existence en novembre prochain, pendant les rencontres internationales Meeting, avec la parution d’un livre, « Saint-Nazaire est littéraire », photographies, portraits, et textes d’écrivains venus à Saint-Nazaire depuis un siècle et demi comme Jules Verne et Stendhal, et des écrivains du monde entier invités depuis trente ans par la Meet. Elle mettra cette année à l’honneur les littératures du Pérou et du Portugal, éditera le panorama bilingue Lima/Lisbonne, vingt-et-unième de la série. Les rencontres auront pour titre « Vers l’Avenir », et imagineront les trente ans qui viennent et les trente prochaines années de la Meet. C’est le voeu que nous formulons.
La dix-huitième édition du festival Meeting s’est tenue en novembre 2021 entre Saint-Nazaire et Paris. Retrouvez en intégralité les captations de l’ensemble des rencontres nazairiennes.
Si on ne souscrit pas au mythe de Babel, leur apparition est énigmatique : elles naissent, croissent, se déploient, rayonnent, puis s’éteignent. Nous savons tous que nous parlons, écrivons surtout, de futures langues mortes. Le passé de notre propre langue, le temps passant, se dérobe : la plupart des lecteurs français lisent aujourd’hui les œuvres de Rabelais ou de Montaigne dans des versions modernisées. Cette vie des langues, leur évolution, leur fragilité, sera le thème des rencontres internationales Meeting de cette année 2020.
Nous avons demandé aux écrivains invités de se pencher sur l’histoire de leur propre langue d’écriture et de lecture.