traducteur : Garnier, Françoise

  • La gare des rêves

    La gare des rêves

    Je ne veux pas laisser à Saint-Nazaire le souvenir d’une canaille. Je sais que je pourrais me taire. Il suffirait de bazarder ces aveux concernant ma responsabilité dans la mort de Gérard que je n’ai connu qu’en rêve et dont la véritable existence ne m’a été révélée qu’après sa mort. Seule ma conscience m’oblige à me faire connaître. Finalement cet ancien héros de la Seconde Guerre mondiale est mort de mort naturelle. Cependant je me sens responsable de ce qui lui est arrivé tout comme la tragédie de la gare des rêves de cette ville bretonne.

    Je me suis engagé auprès de la Maison des Écrivains Étrangers et des Traducteurs (meet) à produire une œuvre qui sera publiée dans la collection bilingue des écrivains invités. Laisser une vingtaine de poèmes, les uns composés sur place, d’autres dans mon pays serait la façon la plus simple de tenir mes engagements et au passage une astuce pour me dispenser d’écrire ces pages que je crois devoir laisser aux habitants de la ville et en général à tous ceux qui désirent connaître l’histoire de mon infamie, si tant est que j’aspire à un peu de compréhension et à quelque réconfort pour soulager ma conscience.

    Orlando SIERRA HERNANDEZ

  • Saturne

    Saturne

    Vos lettres, père, me parvenaient deux fois par an. J’étais loin, à l’université, mais vous, vous étiez plus loin de moi encore. Au début, naïvement, j’ouvrais l’enveloppe avec une émotion retenue. Et, toujours, immanquablement, une page pliée en trois. Une simple page à l’en-tête de votre entreprise. Mal pliée, à la va vite, j’imagine. Je guettais vos mots, père, j’en avais besoin et je la dépliais cette page, avec impatience. Et telle une feuille morte se balançant dans la brise, lentement, le chèque tombait à terre. Je l’y laissais, n’y attachant pas plus d’importance qu’à mes pieds, car ce qui m’intéressait avant tout, ce n »était pas votre argent, père, mais vos mots. Naïvement je guettais vos mots. Et au milieu de cette feuille, écrit à l’encre noire, je trouvais toujours la même chose : votre nom. Rien d’autre. Juste votre nom, signé à la hâte. Un mot. Juste un mot. Le père est un nom.

    Eduardo HALFON

  • Avant ils arrivaient en train

    Avant ils arrivaient en train

    La nuit tombait. Nous avions fini de jouer, tout le monde regagnait en hâte sa maison et moi, en sueur, je rentrais chez mes grands-parents quand j’entendis éclater des cris violents. Je vis au loin, sous la tache de lumière du réverbère le plus proche du stade, une foule qui se déplaçait en tous sens, d’un côté et de l’autre, dans l’obscurité environnante, devant la maison des Cenrenoi, des Ibarra et des Dainsy. C’est un endroit chaud. Il s’y passait toujours quelque chose, quelque chose de furtif, qui avait à coup sûr à voir avec le vieux Ibarra, mince comme un jonc, sec et ridé, qui semblait indestructible. Il était rebouteux ; les gens entraient et sortaient de chez lui, bras ou jambes déboités, cassés ou tordus, ce qui rendait tout naturel ce va-et-vient d’hommes pressés. En entendant et voyant cette agitation, curieux, je décidai de m’approcher, saisi d’un mauvais pressentiment, avec mes sandales bruyantes, trop grandes pour moi, et avec mon tee-shirt froissé et mouillé à la main.

    Mario CAMPANA

  • Estuaire

    Estuaire

    Denise compara les cartes anciennes du livre à un plan récent. Là où maintenant se trouvait le lycée expérimental de Saint-Nazaire était mentionné l’Académie des miracles. Elle prit une photo de la carte, appliqua un filtre à l’image et la partagea. Elle reçut aussitôt quantité de messages et des questions. Elle ne raconta pas très honnêtement comment le livre s’était retrouvé entre ses mains. Ce matin-là, elle était sortie du lycée comme d’habitude. Elle rentrait chez elle quand elle vit une créature étrange adossée à la façade du Grand Café. Denise présuma qu’il s’agissait d’une Vierge en voyant son mateau rouge, son auréole brillante et le cœur sanglant sur sa poitrine. Elle fut un peu plus décontenancée par la couleur verte de sa peau et les tentacules autour du cœur d’où s’échappait une fumée noire. En guise de salut, la Vierge agita une tentacule et se présenta : elle était Marie de l’Étrange.

  • La guerre n’est pas finie

    La guerre n’est pas finie

    La mort, pour Orlando, c’est comme être couché au fond d’un cratère lunaire, à regarder l’espace noir, très noir, sans jamais pouvoir se lever, être pour l’éternité derrière toutes les fenêtres, s’ouvrir à la nuit noire sans étoiles, glace noire qui gèle les artères, alors il sent la chair de poule envahir ses jambes et le vertige le gagner, lui comprimant l’aine et il serre le fusil qui maintenant fait partie de son corps un second cœur qui le maintient en vie, une dimension supérieure à la sexualité mise à l’épreuve dans chaque parcelle de sueur et de peur que répriment tous les hommes de la brigade, même les chefs, et il se demande ce que, putain, il est venu faire ici, comment du jour au lendemain on a pu lui arracher sa liberté – comme un vêtement déchiré en pleine rue – ces rues fantômes peuplées de nébuleux amis aux cheveux longs et de jeunes filles hivernales dans le cinéma Yara, que le hasard plaçait à côté de lui, qui brandissait des guitares imaginaires, battant la mesure à grands coups de tignasse….

    Raul AGUIAR

  • Revue n°21 – Lima / Lisbonne

    Revue n°21 – Lima / Lisbonne

    Sommaire
    Patrick DevilleEditorial
    Présentation de Diego Trelles Paz
    Mario Vargas LlosaP’tit Pierre
    Oscar Colchado LucioLa maison du Cerro « El Pino »
    Victoria GuerreroDeux poèmes
    Guillermo Niño de GuzmánChevaux de minuit
    Antonio Gálvez RoncerosJacinto et Manfreda
    Carmen OlléUne jeune fille sous son parapluie
    Alfredo PitaExpulsés du paradis
    Goran TocilovacBeauté immobile
    Leyla BartetSans motif apparent
    Jeremías GamboaLa terre dont nous sommes faits
    Fernando AmpueroLongueurs de bassin avec Julio Ramón
    Richard ParraNecrofucker
    Présentation de José Mário Silva
    Ana Margarida de CarvalhoOn ne peut pas habiter dans les yeux d’un chat
    David MachadoLe monde silencieux de Diamantino
    Filipa LealLa ville liquide
    Gonçalo M.TavaresAutobiographie
    João TordoLudmila & Tsukuda
    María do Rosário PedreiraPoèmes
    Nuno JudicePoèmes
    José Luís PeixotoTrahison
    Lídia JorgeSurbooking
    Valter Hugo MãeLe bonheur européen
    Bruno Vieira AmaralL’extinction des papillons monarques

  • Revue n°20 – Venise / Varsovie

    Revue n°20 – Venise / Varsovie

    Sommaire
    Patrick DevilleEditorial
    Présentation de Agnieszka Zuk
    Dorota MaslowskaBien plus que tu ne peux mangerchroniques paraculinaires
    Magdalena TulliLes escarpins italiens
    Wojciech NowickiGreniers
    Olga TokarczukLes livres de Jacób
    Filip SpringerFerment
    Justyna BargielskaNudelman
    Tomasz RózyckiStation 1 : La rencontre
    Marcin SwietlickiOpérationnel sauf avis contraire
    Bozena KeffLa mère et la patrie. Opus
    Piotr SommerDes jours et des nuits
    Présentation de Roberto Ferrucci
    Gianfranco BettinFantasia
    Giovanni MontanaroLivre V
    J.A. González SainzVenise ou l’art d’exposer
    Marco FranzosoClaudia
    Marilia MazzeoAcqua alta
    Mauro CovacichTintorello
    Romolo BugaroÉté
    Simonetta GreggioRivages
    Tiziano ScarpaL’immersion

  • Revue n°18 – Bogotá / Beyrouth

    Revue n°18 – Bogotá / Beyrouth

    Sommaire
    Patrick DevilleEditorial
    Présentation de Juan Gabriel VásquezLa danse des genres
    Héctor AbadEmma et Teresa
    Piedad BonnettCe qui n’a pas de nom (extrait)
    Santiago GamboaUne maison à Bogotá
    Tomás GonzálezMiel
    Nahum MonttL’Eskimo et le papillon (extrait)
    Julio ParedesLa. arte de la réalité
    Laura RestrepoHot Sur (extrait)
    Evelio RoseroTrois contes
    Alberto Salcedo RamosMémoires du dernier brave
    Miguel TorresL’incendie d’avril (extrait)
    Présentation de Charif Majdalani
    Elias KhouryLe royaume des étrangers
    Abbas BeydounSept poèmes
    Hoda BarakatLe goût des nèfles
    Hassan DaoudAucun chemin ne mène au paradis
    Jabbour DouaihyRayya-la-rivière (extrait)
    Rabee JaberBeyrouth, ville monde
    Yasmine KlatVous me direz au crépuscule
    Sahar MandouMina
    Rasha al-AtrashSavon

  • Revue n°17 – Athènes / Santiago

    Revue n°17 – Athènes / Santiago

    Sommaire
    Patrick DevilleEditorial
    Présentation d’Olivier DescotesGénération X
    Chrìstos IkonòmouLe petit soldat de plomb
    Chrìstos AsterìouLe vide encore
    Chrìstos ChryssòpoulosLe mythe de Février Martinidis
    Dìmìtris StefanàkisL’été en toutes lettres
    Yànnis Doùkas
    Yànnis MakridàkisLe chant du merle
    Yànnis MavritsàkisDéplacement vers le rouge
    Yànnis PalavosLa croix
    Ionnà BourazopoùlouNadir
    Thanàssis HatzòpoulosVisite de temps
    Présentation de Felipe Tupper
    Carlos FranzEspagnols perdus en Amérique
    Mauricio ElectoratMonsieur M
    Jorge EdwardsDécouverte de la peinture
    Lina MeruaneLames de rasoir
    Leonardo SanhuezaJe me souviens de Clifford
    Alejandro ZambraFantaisie
    Raúl ZuritaTrois songes avec Shakespeare, une nuit d’été
    Nicanor ParraPoèmes
    Damiela EltitMême si je me lavais à l’eau de neige
    Diego ZúñigaLe langage des oiseaux
    Diego MaquieiraLe poulailler

  • Revue n°16 – Quito / Dublin

    Revue n°16 – Quito / Dublin

    Sommaire
    Patrick DevilleEditorial
    Présentation de César Vásconez Romero
    Adolfo Macías HuertaL’arbre et le cerf-volant
    Huilo Ruales HualcaMécanique de l’orange
    Alexis Naranjo Atténuantes / Aggravantes
    Edwin MadridChocolats, poésie et rébellion
    Gabriela AlemánLa crise I
    Ernesto QuiñonezLe feu, la dernière fois
    Efraín Jara IdrovoTrace de mots
    Leonardo ValenciaDécoupe parfaite
    César Eduardo CarríonPoèmes dans une cage de Faraday
    Ernesto CarriønBilly the kid s’obstine à vouloir vieillir – Wanted
    Juanjo Rodríguez SantamaríaTerritoire pour une toile de Soutine
    Isquierdo SalvatorTomás Gutiérrez Alea
    Présentation de Hadrien Laroche
    Aidan HigginsLe baron qui venait du Balticum
    Colm TóibínBarcelone 1975
    Dermot BolgerLes rue de Martha
    Anne EnrightLe week-end de la mauvaise baise
    John BanvilleLupins et papillons de nuit à Rosslare
    Claire KilroyThe devil i know (extrait)
    Seamus HeaneyPoèmes
    Colum McCannComme s’il y avait des arbres
    Robert McLiam WilsonLe Duc d’Enghein