Plaçons d’emblée ces Bonheurs de Babel sous les auspices de l’auteur de La langue sauvée, de cet enfant né à Roustchouk dans l’empire ottoman – aujourd’hui Ruse en Bulgarie – qui apprend à l’âge de huit ans sa cinquième langue, l’allemand, et celle-ci deviendra sa langue d’écrivain. C’est avec un passeport turc qu’il fuira l’Autriche pour l’Angleterre en novembre 1938 (…)
Les écrivains invités cette année ont accepté d’écrire à leur tour ce que le cosmopolitisme et le multilinguisme apportent à leur vie, à leur bonheur de lecteur et à leur travail d’écrivain (…)
Patrick Deville – Extrait de la préface.
Sommaire
Emmanuel Carrère
Voix off
Eduardo Berti
En dansant, en marchant
Nedim Gürsel
Écrire entre deux langues
Hans Christoph Buch
Interview de moi-même
Juan José Saer
Entre deux eaux
Marcel Bénabou
Le multilinguisme des miens
Zakes Mda
Bonheur de Babel
Lisa Bresner
L’homme sans l’extrême Orient ? L’homme sans l’Occident ?
Yang Lian
Tour Capella
Asli Erdogan
Le bruit des autres
Song Lin
Une lettre sur l’écriture en langue étrangère
Spôjmaï Zariâb
La magie de Babylone
Enis Batur
Langue maternelle, langue d’adoption, langue autre
Si l’on conçoit que tout écrivain fût avant tout lecteur, et le demeure, c’est qu’il est facile de concevoir que le bonheur de la lecture peut être amplifié par celui de l’écriture, tout comme on peut imaginer que le bonheur de l’interprète, en musique, est plus complet que celui du mélomane, et celui du compositeur plus grand encore que celui de l’interprète. Et si les choix des écrivains, lorsqu’ils sont lecteurs, sont parfois très éloignés de leurs propres œuvres, c’est, comme le notait avec ironie Borges, qu’ « On lit ce qu’on aime, tandis qu’on n’écrit pas ce qu’on aimerait écrire, mais ce qu’on ait capable d’écrire. » (…)
L’idée de ce recueil, et des rencontre littéraires « meeting » de Saint-Nazaire, organisées par la Maison des Écrivains Étrangers et des Traducteurs est de permettre à des écrivains de langues et de cultures diverses, maniant des genres littéraires différents, de décrire cet étrange compagnon qui, parfois, dans la solitude de leur cabinet, vient se poser sur une épaule. Ou piétine leur clavier. Parfois met chapeau bas devant une phrase réussie. Parfois ricane sur l’un des rayonnages de la bibliothèque. Et peut-être vient troubler leur sommeil. Patrick Deville – Extrait de la préface.
Et pourquoi, après cette période souvent un peu euphorique qui suit l’achèvement d’un livre, grimpe-t-on à nouveau à l’échelle du plongeoir, se hasarde-t-on à l’extrémité du tremplin oscillant, sans même distinguer si la piscine est remplie ? D’où viennent les livres, ceux qu’on écrit, parmi tous ceux auxquels on rêve pendant quelques secondes, quelques mois ou quelques années avant de jeter l’éponge ? (…) Patrick Deville – Extrait de la préface
La Maison des Écrivains Étrangers et des Traducteurs publie chaque année un recueil de textes sur un sujet proposé à une quinzaines d’écrivains : après Le lecteur idéal, Les Bonheurs de Babel, L’invention du Livre, Lectures Lointaines, Avoir vingt ans, voici L’Histoire ou la Géographie, manière de savoir quelle place tiennent ces deux-là dans leur vie, dans leurs livres, quelle place elles tenaient dans leur imagination d’enfant, si l’une des deux joue un rôle particulier, voire principal, dans leur travail et leur intérêt de lecteur, si les rapports qu’ils entretiennent avec elles ont évolué au fil du temps, comment leurs livres et leur vie se jouent de cet équilibre précaire, à la croisée de ces deux réalités, l’une réversible et l’autre non. Ensuite ces écrivains sont invités à se rencontrer sur le port de Saint-Nazaire, à poursuivre en commun, et devant les lecteurs, leurs réflexions, et leurs conversations sont enregistrées et filmées, conservées dans le temps, pour ceux qui n’ont pu se déplacer dans l’espace. Ces images, qui complètent ce recueil, peuvent être consultées.
Préface de Patrick Deville.
Sommaire
David Albahari
La langue est de l’histoire, et le récit est de la géographie
Arno Bertina
La carotte et le mouvement
Ying Chen
Hors les trains
Antônio Dutra
Le temps d’avant
Mathias Enard
Au dernier soir sur cette terre
Gamal Ghitany
Horizon cairote
William Gibson
Time Machine Cuba
Vassili Golovanov
Le Voyage comme Création
John Haskell
Géographie et Histoire
Chenjerai Hove
L’écrivain, le site, l’ »historico-site » et la société
Lídia Jorge
Slot machine
Alaa Khaled
Se lier avec un lieu, c’est un peu comme…rencontrer un inconnu dans un train
La frontière, the borderline,la frontera, est un objet littéraire fascinant. On entend bien que le mot dès qu’il est traduit se charge de connotations différentes. Elle attire ou elle suscite la peur, l’inquiétude. Frontière géographique, politique, économique, linguistique. Là où commence l’ailleurs, l’autre, l’autre langue, l’autre soi-même aussi, parce qu’on n’est jamais tout à fait le même avant et après le frontière. La proposition qui est faite ici à une quinzaine d’écrivains éparpillés est d’écrire un texte de quelques feuillets, fiction ou récit, invention ou souvenir, sur le passage de la frontière, ou l’impossibilité de franchir la frontière. La frontière peut être métaphorique, un obstacle épistémologique, intellectuel. Elle peut être aussi monstrueusement réelle, murs, grillages, miradors. Muraille de Chine ou no man’s land entre les États. Surveillance au limes des empires. Elle peut empêcher certains d’entrer et d’autres de sortir. Elle est ambivalente aussi, et l’on conçoit bien ce qu’il y a de contradictoire à prôner simultanément la disparition des frontières et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ces textes d’origines géographiques lointaines sont rassemblés dans ce livre qui parait à l’occasion de la huitième édition des rencontres littéraires internationales « meeting » à Saint-Nazaire, en novembre 2010, dans l’ancienne base sous-marine allemande de le Seconde Guerre mondiale, bâtie en lieu et place du quai d’embarquement des paquebots, à bord desquels on s’en allait au large franchir la frontière entre le Vieux monde et les Amériques
Préface de Patrick Deville.
Sommaire
Andreï Baldine
Le voyage et la limite
François Bon
Liste de mes frontières
Roberto Ferrucci
Frontières intimes
Stefan Hertmans
L’art du lézard
Hubert Klimko
Pieds en gelée
Caroline Lamarche
Où il est question de cohabitation dans un lit trop étroit et de patinage artistique
Håkan Lindquist
Enfance, frontières et transgressions
José Carlos Llop
Palma, la frontalière
Laurent Mauvignier
Franchir la frontière
Christine Montalbetti
La frontière inapparente
Vladislav Otrochenko
L’écrivain russe et l’espace suivi de L’espace intérieur
Anne Provoost
Cher Hans Christian Andersen
Juan Gabriel Vásquez
Histoire personnelle de la frontière
Jorge Volpi
Les crimes de Santa Teresa et les trompettes de Jéricho
Depuis bientôt trente ans que la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs accueillent à Saint-Nazaire des écrivains de tous les horizons, et que tout autour la ville s’est reconstruite, certains d’entre eux ont choisi de décrire des lieux nazairiens, comme l’écrivain danois Jan Sonnergaard 2, l’argentin Ricardo Piglia 3 ou l’espagnol Enrique Vila-Matas 4. Mais ce que nous imaginons cette année, c’est de rassembler en un recueil avant votre venue des déambulations urbaines un peu partout dans le monde, et que vous acceptiez de consacrer quelques feuillets à une ville qui est la vôtre ou une autre, ville habitée ou parcourue, dont le nom, ou celui d’un quartier, peut-être le titre du texte. (…) Patrick Deville Extrait de la préface
La phrase paradoxale et française, l’idiotisme, est difficile à traduire : C’est reparti comme en Quatorze ! qui signifie encore aujourd’hui que, finalement, tout va pour le mieux, et, qu’après quelques inquiétudes, tout est à nouveau sur la bonne voie, et dans l’optimisme. Comme en Quatorze ! (…) Tout cela est-il reparti comme en Quatorze ? Les écrivains et les artistes d’une manière plus générale, ont-ils là-dessus leur mot à dire ? Ont-ils un devoir d’alerte ? Ou bien la littérature, à la différence du journalisme, doit-elle, de tout cela, se foutre comme de l’an Quarante ? (…) Patrick Deville Extrait de la préface
Sommaire
Marianne Alphant
De choses et d’autres
Jean-Christophe Bailly
14, 40, et maintenant, et après ?
Chrìstos Chryssòpoulos
À la première personne. L’écrivain et la responsabilité individuelle